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Grande pauvreté pour la communauté du centre-ville de Granby


Publié le 8 juillet 2017

Le Groupe Actions Solutions Pauvreté se penche sur la situation du logement et de l'habitation. L'organisme souhaite mobiliser les acteurs du milieu autour des enjeux et des priorités de Granby. Sur la photo, le représentant du GASP, Nicolas Luppens.

©TC Media - Mathieu Majeau

ÉTUDE. Les gens qui habitent au centre-ville de Granby sont parmi les plus pauvres de l'Estrie. C'est du moins ce qui ressort d'une étude réalisée par la Santé publique de l'Estrie.
 

Intitulée État de situation sur la population du centre-ville de Granby, le document a été produit par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l'Estrie – Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CIUSSS de l'Estrie – CHUS). La communauté du centre-ville de Granby compte près 4 910 habitants et est l'une des 12 communautés de cette municipalité. L'étude souligne «qu'il est démontré qu'en Estrie, la population qui vit dans les communautés les plus défavorisées a une espérance de vie inférieure par rapport à la population qui réside dans les communautés les plus favorisées. L'écart est de six ans pour les hommes et de quatre ans chez les femmes».

On doit adapter nos interventions pour le secteur du centre-ville. Surtout au niveau du logement.

Nicolas Luppens, coordonnateur du GASP

Plusieurs caractéristiques socioéconomiques sont particulières à la communauté du centre-ville de Granby. Parmi elles, notons que la population est globalement plus âgée que celle de l'Estrie (âgé médian de 46 ans vs 44 ans en Estrie). 38 % des gens vivants au centre-ville de Granby sont seules contre 18 % pour la région de l'Estrie. En incluant tous les types de ménages, près de trois ménages sur dix sont monoparentaux. Il s'agit de la plus forte proportion en Estrie. De plus, la moitié des hommes âgés de 25 à 64 ans ont une faible scolarité et 40 % n'ont pas d'emploi.

Sur le plan des maladies chroniques physiques, la population de la communauté du centre-ville de Granby compte près de 30 % d'obèses, alors que la proportion est de 21 % en Estrie. La direction de la Santé publique de l'Estrie mentionne «cette différence se traduit dans la prévalence des maladies cardiométaboliques (maladies cardiaques, hypertension, diabète et obésité). 45 % des adultes en sont atteints dans le centre-ville de Granby contre 37 % des adultes estriens.   

Densité résidentielle et logement

La communauté du centre-ville de Granby compte près de 3 400 habitants par kilomètres carrés, ce qui en fait la quatrième communauté la plus densément peuplée de l'Estrie. L'étude souligne que la forte densité de population est souvent accompagnée d'avantages comme des trottoirs, du transport en commun et divers bâtiments commerciaux, institutionnels et résidentiels.

La communauté du centre-ville de Granby compte 2 800 ménages et de ce nombre, 78 % sont des locataires. C'est la troisième plus forte proportion de locataires observées parmi les 96 communautés de l'Estrie.

Près d'un ménage locataire sur deux débourse 30 % ou plus de son revenu annuel brut au logement et un sur cinq en consacre plus de 50 %. L'étude mentionne que 10 % des logements sont de taille insuffisante.

La population du centre-ville de Granby a déménagé à plusieurs occasions ces dernières années. «28 % des personnes âgées de un an ou plus ont déménagé dans la dernière année et plus de la moitié des personnes âgées de cinq ans ou plus ont déménagé au cours des cinq dernières années. Ce fort mouvement de population ne favorise pas un renforcement du tissu social qui s'avère important pour la santé», souligne-t-on dans l'étude.

Le GASP interpellé

Le coordonnateur du Groupe actions soutiens pauvreté (GASP), Nicolas Luppens, se dit touché par l'étude. «On connaît la situation des locataires à faibles revenus pour avoir collaboré sur un projet de recherche avec l'ACEF. Ça montre les défis des locataires avec un faible revenu», laisse entendre M. Luppens.

Afin de mettre en lumière la situation du logement à Granby, le GASP a réalisé diverses tables de concertation en compagnie de groupes locaux. Des pistes de solution ont été trouvées. «Il y avait la structure d'intervention en matière d'habitation. Il n'y a pas de portrait détaillé en matière d'habitation. On remarque que l'offre de logements pour les personnes seules n'est pas suffisante. L'idée d'une politique d'habitation fait son chemin», reconnaît le responsable du GASP.

Ce dernier salut la bonne écoute des élus de Granby. «L'actuel conseil est très engagé au niveau du logement social et on souhaite que ça continue. Le projet de 96 logements sur la rue St-Jacques en est la preuve. Il y a des efforts qui sont déployés et ça doit demeurer ainsi», conclut-il.

Granby n'a pas les bras croisés

Pour le maire suppléant, Jocelyn Dupuis, le constat de l'étude en est un bien triste. «C'est comme si Granby est montrée du doigt. Certaines infos de l'étude datent de 2011. Il s'en est passé des choses depuis six ans. Différentes politiques ont été modifiées ou créées pour la population et le centre-ville. Selon moi, ce sont des données vérifiables», lance-t-il.

Ce dernier ne cache pas qu'il y a de la pauvreté sur le territoire de Granby. «On travaille fort pour enrayer tout ça. C'est dur à prendre d'être considéré comme les pires en Estrie», ajoute M. Dupuis.

Le conseiller municipal voit d'un bon œil l'arrivée possible d'une politique du logement. «L'idée est intéressante. C'est un comité qui se chargerait de tout ça. L'ensemble des élus, on est conscient de ce qui se passe et on va prendre les moyens en conséquence», conclut Jocelyn Dupuis.