Entretien avec un (faux) monstre

Par Ugo Giguere

Connaissez-vous Marc-André Boulanger? Probablement pas, mais si je vous dis «Franky the Mobster» peut-être que si… En fait, vous allez savoir de qui je parle si par hasard vous êtes un amateur de lutte ou si vous avez lu notre dossier sur le récent gala tenu à Granby. Marc-André Boulanger a toujours rêvé d’être un monstre et il a réussi. Mais derrière des apparences de bête féroce se cache un gars étonnement lucide qui commence à en avoir marre d’être un monstre.

À l’entracte du gala Up Rising de la GEW, je rejoins mon contact qui doit me guider dans les coulisses. Franky the Mobster est une véritable rockstar de la lutte et le gars vient de donner tout un show qui a enflammé le public.

Pendant les 20 minutes où il a occupé le ring on avait l’impression que Dr Jekyll s’était effacé pour laisser Mr Hyde se déchaîner! Alors le journaliste qui ne connaît pas trop le personnage n’est pas trop sûr de comment est l’état mental du tas de muscles.

Je retrouve donc Franky, essoufflé et en sueur, assis à une table en train de signer des autographes et de prendre des photos avec les fans. Il se s’assure de contenter tout le monde, ne néglige personne et il quitte la table seulement lorsque le spectacle recommence dans le ring.

Au moment où il se lève, je l’attrape pour lui proposer l’entrevue. «Pas de problème, qu’il me répond de sa voix de caverne. Suis-moi on va aller dans un coin plus calme.»

Au bout de quelques minutes à se faufiler entre rideaux et fils d’éclairage, on se retrouve près des vestiaires des lutteurs. Il se retourne alors brusquement et me lance:

– Ton nom?

– Ugo…

– Enchanté Ugo, moi c’est Marc-André!

 

Ok… Méchant contraste avec le malade mental qui vient de terroriser un pauvre lutteur local. Bien sûr, «Franky» c’est le personnage. Marc-André, c’est le gars. Mais pourquoi la lutte? Pourquoi s’accrocher? Qu’est-ce tu fais là?

 

Il a commencé quand il avait quelque chose comme 16 ans. Il faisait des études en théâtre et il était toujours le petit maigrichon de l’école. Rien à voir avec Hulk Hogan et Ultimate Warrior mettons… Sauf qu’il a une passion pour la lutte. «Je trippais sur les monstres. Les gros lutteurs. Pour moi, si tu croise un lutteur dans la rue et que tu ne sais pas tout de suite que c’est un lutteur, c’est que ce n’est pas un vrai lutteur.»

 

Disons qu’il s’est mis à l’entraînement intensif, ce qui lui a réussi. Il s’est aussi mis aux tatouages. Le look est efficace. D’ailleurs, il ne s’en cache pas, la plus grande partie du travail est dans l’apparence. «Il faut que tu capte l’attention avant même d’embarquer», résume-t-il. Après, il suffit de connaître la technique et de jouer le personnage.

 

S’il a roulé sa bosse un peu partout en Amérique, Franky ou plutôt Marc-André n’a pas atteint la fameuse élite de la WWE. Et à 32 ans, il commence à en avoir assez. Les plongeons, les projections, les voltiges, tout ça commence à lui rentrer dans le corps.

 

Pour sortir du ring, il tente de mettre à profit son physique hors de l’ordinaire et sa voix caverneuse. Marc-André a obtenu quelques rôles dans des films de «bum» et espère se livrer à du doublage grâce à son timbre particulier.

 

– Je suis fatigué Ugo… Je me suis toujours dit que la lutte ne deviendrait jamais un travail. Que si je n’avais plus de plaisir j’arrêterais…

 

Il se donne deux ans pour quitter les feux de la rampe. «T’as vu le film (Le Lutteur) avec Mickey Rourke? Je n’ai pas envie de ressembler à ça. Quelqu’un qui s’accroche.»

 

D’autres événements plus tragiques ont aussi miné son moral au cours des dernières années.

 

– J’ai des cicatrices de tatouées ici, confie-t-il en montrant son poignet gauche. C’est mon frère qui s’est suicidé. Je l’aimais mon frère et j’aurais aimé avoir plus de temps avec lui.

 

Il a aussi perdu son père dans cette même période. Deux coups durs qui l’ont ramené sur terre. Aujourd’hui, il a envie de se rapprocher de son autre frère. D’avoir une famille à lui. Une vraie vie.

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