L’itinérant devenu député

Par Ugo Giguere
L’itinérant devenu député
Réjean Genest

Un matin d’été 1993, Réjean Genest s’est retrouvé à la rue. Une rupture qui tourne mal et le voilà sans repères avec quelques effets personnels dans des sacs verts et une poignée de dollars en poche. Il va passer les semaines suivantes à dormir dans sa voiture ou dehors. À échanger des bouteilles vides pour manger et à chercher de l’aide.

Aujourd’hui Réjean Genest est député fédéral de Shefford. Sur les banquettes de l’opposition officielle, sous la bannière du NPD, il siège en tant qu’élu dans la capitale fédérale. Pourtant, les choses n’ont pas toujours été roses dans la vie de l’homme de 66 ans. Pas une, mais deux fois, il s’est retrouvé à la rue, sans-abri.

 

La première fois, c’était autour de 1983, à Montréal. Une histoire de divorce et il se retrouve dehors. «À Montréal, c’est quelque chose être dans la rue. Il y a des territoires… c’est rock’n roll», confie-t-il. Au cours de l’entrevue de près d’une heure qu’il a accordée à GranbyExpress.com, Réjean Genest est demeuré plutôt discret sur cette première période sombre.

 

Remis sur pied, l’horticulteur met le cap vers Granby. Une ville dont il connaît bien peu de choses au départ, mais dont le charme l’attire. Dix ans plus tard, en 1993, alors qu’il vit dans une maison du Canton de Granby avec sa nouvelle épouse, l’histoire se répète. Un deuxième divorce.

 

«Je me suis retrouvé dans la rue avec mes sacs, ma voiture et à peu près pas d’argent, confie-t-il. C’est comme si on venait de me donner un coup de bâton en arrière de la tête.» Désorienté, sans ressources, il va dormir dans sa voiture, dans des recoins tranquilles de la ville, sous des ponts.

 

Sans trop donner de détails, on comprend qu’il n’avait pas accès à ses économies, ni même à ses outils de travail. «J’avais ma voiture, mais quand t’as pas d’argent, tu ne peux pas mettre du gaz», ajoute le politicien qui s’est mis à ramasser des bouteilles vides pour acheter à manger.

 

«Ça a duré quelques semaines…», précise-t-il. Jusqu’à ce qu’il apprenne l’existence du refuge Le Passant. «Là-bas, on m’a accueilli à bras ouverts. Ils m’ont dit que je pouvais aller manger au Partage Notre-Dame.»

 

Réjean Genest peine à retenir ses émotions lorsqu’il évoque ses visites au sous-sol de l’église Notre-Dame. «Ces gens-là m’ont sauvé la vie», laisse-t-il tomber. Souvent, on lui a remis une portion supplémentaire pour souper. D’autres personnes rencontrées sur place lui sont venues en aide.

 

Pourtant, même sans famille dans la région n’avait-il pas des amis pour l’aider? «Quand t’es dans la merde, tes amis disparaissent», répond-il amèrement.

 

Ce n’est pas la seule chose qui le rend amer lorsqu’il pense à cette douloureuse époque. Il s’indigne du peu de ressources pour venir en aide aux hommes dans le besoin.

 

«Des organismes pour les femmes, il y en a plein et elles peuvent être hébergées des semaines, voire des mois. Pour un homme au Passant, c’est 10 jours», compare-t-il.

 

L’accueil qu’on lui a réservé à sa première visite aux bureaux de l’assistance sociale l’a aussi ébranlé. «Ils te reçoivent comme si t’étais un abuseur du système. Sans savoir qui tu es et si t’as réellement besoin d’aide», peste le député.

 

D’ailleurs, il garde une piètre opinion des services sociaux. «Les fonctionnaires s’arrangent pour t’en donner le moins possible que ça coûte moins cher au gouvernement au lieu de tout faire pour t’aider.»

 

Le député néo-démocrate a tout de même réussi à glaner l’aide dont il avait besoin du côté des organismes. Entre autres, grâce à l’équipe de SOS Dépannage. «Ils m’ont donné plus que je ne pourrai jamais leur remettre. Ils ont rempli mes armoires pour presque un an», se souvient-il.

 

Aujourd’hui, Réjean Genest profite de ses expériences passées pour en faire la base de sa mission politique. Son premier geste en ce sens a été d’octroyer des subventions d’emplois étudiants à SOS Dépannage et au Partage Notre-Dame plutôt qu’aux organismes de tourisme.

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