«Ma vie tient à un fil» – Cendrina Boucher, ex-itinérante

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Par Eric Patenaude
«Ma vie tient à un fil» – Cendrina Boucher, ex-itinérante
«J’ai enfin une stabilité et je ne suis plus dans une bulle de solitude. Mais rien n’est facile. Ma vie tient à un fil et je me bats chaque jour pour être à mon affaire»

La Nuit des sans-abri de ce vendredi 19 octobre, à Granby, rappelle la présence de la pauvreté dans notre milieu le temps d’un événement symbolique à la belle étoile. Les conditions de vie et les problématiques liées notamment à la pauvreté ne s’améliorent pas pour autant à l’issue de cette soirée. Mais il y a une lumière au bout de la rue pour ceux et celles qui souhaitent une vie meilleure. Cendrina Boucher en est la preuve vivante. La Granbyenne d’adoption s’est sortie de l’enfer de l’itinérance après un long parcours. Récit d’une ex-itinérante.

Née à Sudbury, en Ontario, orpheline à la naissance et recueillie par une dame âgée qui la prend sous son aile, Cendrina Boucher entame un début de vie dans des conditions peu favorables à son développement. Elle goûte pour une première fois à l’itinérance à l’adolescence. À 15 ans, elle laisse tout derrière elle pour se rendre à Montréal.

«J’ai fait une fugue. Je voulais voir c’était quoi la vie et vivre dehors. C’est le fun quand on est jeune», affirme la dame aujourd’hui âgée de 46 ans.

Le séjour dans la grande ville tourne rapidement au cauchemar. L’adolescente se retrouve dans l’univers des bars de danseuses nues, de l’alcool et de la drogue en plein centre-ville. Début de la descente vers les bas-fonds. «On ne réalise pas ce que l’on est en train de vivre. Mais on le vit parce que ça sort de l’ordinaire. On boit, on tripe et on dépense de l’argent», confie-t-elle.

«Je n’avais pas d’identité. Je recherchais ce que c’était le bien et le mal. J’étais naïve», avoue Cendrina Boucher.

Analphabète, l’adolescente maintient sa tête hors de l’eau en apprenant à l’école de la vie comme elle le mentionne lors de l’entrevue.

Une quinzaine d’années s’écoule. Au tournant des années 80, la dame devenue mère de famille ne vit pas dans le plus grand confort. Sur un coup de tête, la résidente de Magog quitte son appartement avec ses enfants de 6 et 9 ans pour la rue. Direction Colombie-Britannique en autostop. «J’ai fait une vente de garage et j’ai tout vendu», dit-elle en toute franchise.

Une fois arrivée dans l’Ouest canadien, Cendrina Boucher se promène d’un organisme d’aide à un autre sans voir sa situation s’améliorer. Le périple sur la côte ouest se termine par un retour dans l’est du pays «sur le pouce». La Gaspésie se veut le point d’arrivée de la grande traversée.

Ce nouveau départ dans le Bas-du-Fleuve marque le début de la réhabilitation de Mme Boucher. La mère monoparentale fait le choix de rester à la maison pour veiller sur ses enfants. «J’ai travaillé sur moi-même et j’ai reçu de l’aide de pasteurs qui m’ont soutenu dans ma désintoxication. À travers toutes ces épreuves, j’ai été chanceuse. Je n’ai pas perdu la garde de mes enfants malgré ma dépendance à la drogue. Il y avait une mère protectrice pour moi.»

De la Gaspésie à Granby

Après trois ans en Gaspésie, elle met le cap sur les régions de la Mauricie et de Portneuf avec son baluchon. Pour subvenir à ses besoins, elle décroche des emplois de production dans différentes usines et fait appel à des organisations comme l’Armée du salut et la Saint-Vincent-de Paul.

Installée à Shawinigan, seule à la maison après le départ de ses enfants, Cendrina Boucher frappe un mur. Elle perd son emploi et sombre dans une dépression. La quadragénaire abandonne tout à la recherche encore une fois du vrai bonheur. Et comme par hasard, Granby se retrouve sur son chemin.

«Je recherchais une région où tout était à la portée de main et à Granby, les portes se sont ouvertes», avoue la dame.

En octobre 2010, Mme Boucher arrive donc dans la région. Une première semaine où elle élit domicile dans sa voiture.

«Avec 575$ par mois (chèque d’aide sociale), tu ne peux pas vivre et c’est encore plus difficile sans scolarité. Mais j’ai rencontré un travailleur de rue et il m’a tendu la main.»

La chance sourit enfin pour Cendrina Boucher. Elle se déniche un logement avec comme preuve de solvabilité deux factures payées. Au Partage Notre-Dame, une bénévole lui paie son repas du midi (1,50$) tous les jours de la semaine. Un geste de générosité qui fait du bien au corps et au moral.

La persévérance finit par payer pour l’ex-itinérante. La Coop Autonomie Chez-soi de Granby lui offre un emploi de préposée à domicile pour personnes en perte d’autonomie. Un poste qu’elle occupe depuis un peu plus d’un mois.

«Grâce à des cours d’alphabétisation, je suis aujourd’hui en mesure de lire, d’écrire et d’acquérir des compétences. J’ai enfin une stabilité et je ne suis plus dans une bulle de solitude. Mais rien n’est facile. Ma vie tient à un fil et je me bats chaque jour pour être à mon affaire», confie Cendrina Boucher.

 

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