Covoiturage: un prototype d’Eva lancé sous peu

Photo de Roxanne Langlois
Par Roxanne Langlois
Covoiturage: un prototype d’Eva lancé sous peu
Dardan Isufi, de Granby et Raphaël Gaudreault, du Saguenay, sont derrière l'application Eva. (Photo : (Photo: Gracieuseté- Laurianne Gervais C.))

TECHNOLOGIE. Le Granbyen à l’origine de la toute première application de covoiturage basée sur la chaîne de blocs, Dardan Isufi, en a marre de rester les bras croisés devant l’engouement suscité par Eva. Si lui et son collègue Raphaël Gaudreault ne détiennent pas encore l’autorisation gouvernementale d’aller de l’avant, ils lanceront néanmoins leur projet dans sa forme bêta lundi prochain à Montréal.

Voilà un an que le duo parfait son innovation; croyant que celle-ci serait à même de révolutionner l’économie coopérative et de concurrencer le monopole du géant américain Uber, ses deux membres ont tenté en vain d’obtenir l’aval du ministère des Transports (MTQ) au cours des derniers mois. Selon les deux jeunes hommes, c’est le projet-pilote d’Uber qui contrecarre leurs aspirations.

Si le permis qui a été renouvelé pour une année supplémentaire lors de son échéance le 14 octobre en l’absence d’un conseil des ministres désigné, M. Isufi croit que le vent a tourné lors des élections du 1er octobre, laissant place à un contexte plus favorable pour l’initiative.

«La Coalition avenir Québec a toujours été en faveur d’un encadrement spécifique pour ce marché-là. […] On considère que le blocage au niveau politique n’est plus là. Le changement de cabinet nous a donné beaucoup d’espoir», explique M. Isufi.

De plus, des médias de partout dans le monde ont jusqu’ici raconté le combat d’Eva, qui compte, une fois en opérations, empocher 15 % à chaque course (contre 25 % pour Uber), une part qui sera réinvestie dans la coopérative enregistrée localement.

Si cet engouement semble de bon augure pour les futures activités du tandem, M. Isufi admet qu’une certaine pression en découle. Il souhaite arrêter de «vendre du vent» et se lancer à pieds joints dans le concret. «On doit faire un choix stratégique, parce qu’en un an, une entreprise similaire aux États-Unis serait déjà dans trois ou quatre villes différentes», ajoute-t-il.

Sur la ligne de départ

Eva propose une offre de services similaire à celle de l’application étatsunienne Uber, mais ses visées sont entièrement locales.

Un tout premier prototype d’Eva sera lancé dans la Métropole le 29 octobre. «Une version bêta, c’est une version test dans laquelle les développeurs reconnaissent qu’il risque d’y avoir encore des bogues mineurs dans leur technologie», vulgarise Dardan Isufi. Une vingtaine de partenaires-chauffeurs d’Uber, répondant aux critères du projet-pilote en vigueur, seront sur la ligne de départ à cette date pour les premiers pas –et kilomètres– d’Eva.

Un problème persiste néanmoins: l’initiative n’avait pas encore, au moment d’écrire ces lignes, obtenu l’aval lui permettant d’opérer en toute légalité. «Advienne que pourra. Peu importe ce qui va arriver, cette décision-là on la maintient», lance le chef d’orchestre opérationnel. Terre-à-terre, celui-ci demeure conscient qu’Eva s’expose à plusieurs scénarios, dont des injonctions déposées par le gouvernement, l’industrie du taxi et Uber. Des amendes imposées par le Bureau du taxi de Montréal ne sont pas non plus exclues. Pas question, toutefois, de mettre les conducteurs dans l’embarras, assure-t-il: «S’il y a des amendes, ce sera Eva qui va les acquitter».

Le Montréalais d’adoption espère néanmoins que la situation d’Eva se régularisera rapidement. Il se réjouit d’ailleurs de la récente nomination du député caquiste de Granby, François Bonnardel, à titre de ministre des Transports.  Bien au fait du dossier, l’élu pourrait contribuer à un dénouement positif, croit le cofondateur d’Eva. «On a quelqu’un qui comprend ce que l’on fait. […] C’est un avantage incroyable», se réjouit-il.

En raison de la tournure des dernières élections, le démarrage prévu en Ontario a été mis sur la glace afin de prioriser le Québec. L’équipe derrière la coopérative de transport compte éventuellement, après Montréal, s’implanter dans les centres urbains de 60 000 habitants et plus, dont Granby. Les liaisons interurbaines sont également dans sa mire, tout comme une implantation au Burundi, en Algérie et aux États-Unis.

Partager cet article