Opération Nez rouge, comme si vous y étiez

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Par Roxanne Langlois
Opération Nez rouge, comme si vous y étiez
Alors que le chauffeur conduit la voiture du client, le partenaire, assis à ses côtés, agit comme copilote et prend en charge les dons reçus. À bord 'un deuxième véhicule, l'escorte motorisée les suit afin de les ramener à bon port une fois le raccompagnement complété. (Photo : (Photo: GranbyExpress-Roxanne Langlois))

BÉNÉVOLAT. Participer à une soirée de raccompagnements avec Opération Nez rouge (ONR), c’est faire une bonne action et contribuer à rendre les routes plus sécuritaires. C’est aussi, tous les habitués vous le diront, en voir de toutes les couleurs. Le GranbyExpress a porté le fameux dossard rouge le temps d’une nuit, de vendredi à samedi dernier: il vous livre le carnet de bord de son expérience.

 20h45: ARRIVÉE. Le trio du GranbyExpress débarque au quartier général, c’est-à-dire à  l’Unité de sauvetage Haute-Yamaska, rue Rutherford. Comme les équipes sont nombreuses à affluer au même moment, on patiente avec un jeu de Skip-Bo.

21h15: FORMATION. On nous fait suivre un cours obligatoire pour les apprentis. La formation constitue «l’ABC du bon bénévole»: on leur apprend, par exemple, quoi faire avec un malheureux qui régurgite son party ou comment réagir si on ne trouve pas son client dans un party de bureau endiablé. On leur rappelle l’importance de respecter le Code de la route… et la règle principale, celle de la sobriété!

21:45: ENREGISTREMENT. Au bureau de l’enregistrement, le GranbyExpress est officiellement sacré ”Équipe 11”; on récupère la trousse nécessaire à la soirée (qui contient entre autres des sacs de plastique), nos fameux dossards, notre épinglette ainsi que les dernières consignes pour la soirée. On nous apprend également le fonctionnement de la toute nouvelle application d’ONR; Granby est la deuxième région du Québec à tester cette technologie, qui fait en sorte qu’il n’est plus nécessaire de remplir la moindre paperasse.

La centrale fourmillait, vendredi soir dernier, avant que les premiers appels ne soient logés.

22h15: PREMIER APPEL. Le cellulaire résonne: le devoir nous appelle pour la première fois dans un établissement licencié bien connu de la rue Principale. Si la soirée est jeune, celle de notre premier client, un véritable pilier de taverne qui ne tient plus à grand-chose, tire à sa fin. Le barman du bar nous pointe l’homme au manteau de cuir pour qui il a fait appel aux services d’ONR. Il nous faudra l’aide d’un client pour que Marcel (non fictif) parvienne à traverser la rue et à monter à bord de son propre camion.

Assis entre les deux bénévoles sur le banc en cuirette de son truck, l’homme au look de rocker y va d’anecdotes principalement composés de sacres. «Où est-ce que tu serais allé tout seul, Marcel?», lui demande la journaliste à ses côtés. «D’après moi, pas tant loin. Je sais pas comment loin», lance-t-il  avant de s’esclaffer, tandis qu’au même moment, le conducteur se demande sérieusement si l’essence du réservoir sera suffisante pour se rendre à bon port. L’histoire se termine bien, si ce n’est que Marcel tombe en bas de son Dodge Ram une fois rendu chez lui. Une fois qu’il est sécurité à l’intérieur, les volontaires se disent mission accomplie: ils se demanderont toujours, toutefois, si Marcel est parvenu à se rendre jusqu’à son lit.

23h: Retour à la centrale du trio, ébahi par ce départ canon. Encore beaucoup d’équipes sont sur place; pas étonnant, puisqu’elles sont 22 à répondre aux appels. Les bénévoles, sans évidemment révéler les identités des personnes raccompagnées (les règles l’interdisent), se racontent les anecdotes qui, déjà, se multiplient.

23h45: DEUXIÈME APPEL. Une cliente nous attend à l’adresse d’une résidence privée du secteur canton. Sur place, on constate qu’une soirée de cartes s’est avérée festive. Comble de l’ironie; on prend place dans un véhicule lettré aux couleurs d’une compagnie de boissons alcoolisées. L’un des deux passagers, représentant pour l’entreprise, nous offre de nous faire livrer une caisse de douze  à domicile pour nous remercier. Sur le party, mais très lucides, les deux clients disent vouloir prôner l’exemple pour leurs adolescents. «Dans mon jeune temps, j’aurais conduit ce soir», confie la dame du couple. Arrivés à la maison, les deux joyeux lurons se lancent littéralement dans les bras des bénévoles qui les ont reconduits, heureux d’être rentrés à la maison.

00h25: Encore surpris d’avoir reçu une si grande dose d’amour, les trois bénévoles reprennent la route et frappent un barrage policier, à l’angle de Principale et de Saint-Jude Nord. Comme ils sont à jeun, le moment qui se veut angoissant pour plusieurs ne sera qu’anecdotique.

00:30: TROISIÈME APPEL. On nous demande de nous rendre dans un restaurant familial de la Principale; arrivés sur place, une dame ayant vécu une soirée difficile est échouée sur une banquette. Soulagés, nous constatons que notre client est plutôt un Granbyen attablé avec ses amis: ils ont (un peu trop) célébré après la partie de hockey.

«On s’est un peu lâché lousse», admet Nicolas (nom fictif). Avant de quitter, on recommande aux clients sur place de prendre les moyens pour revenir à la maison de façon sécuritaire, leur indiquant qu’un barrage routier est en cours. Le client, qui donne tout son petit change à l’équipe, prend finalement place dans son véhicule à côté du siège pour bébé.

00h40: QUATRIÈME APPEL. L’équipe No. 11, prête pour un nouveau défi, se pointe à l’adresse d’un restaurant huppé de Granby. Le client demeure introuvable après de longues recherches qui couvrent également les établissements voisins. Au téléphone, il se révèle être plutôt à l’autre bout de la ville; comme il ne vient pas du coin, il n’est pas convaincu de l’endroit précis où il se trouve. Le GranbyExpress parvient à localiser le jeune professionnel consciencieux. Celui-ci pose mille et une questions aux bénévoles sur la route qui les mène à Saint-Cécile-de-Milton, en vue d’un transfert à l’extérieur de la région. Une seconde équipe vient prendre le relais à l’heure : la livraison, même si elle s’est avérée plus compliquée qu’anticipé, est exécutée avec succès.

02h05: CINQUIÈME APPEL.Retour à la centrale, beaucoup plus désertée que précédemment, signe que les raccompagnements vont bon train. On n’y reste que quelques minutes.

02h15: Dans un bar bien connu de Granby, on cueille Kevin (non fictif), dont la voiture est stationnée à cinq minutes de marche du stationnement principal. Constatant que le conducteur  bénévole peine à reculer sa Volkswagen manuelle, il s’impatiente. «Au pire, je chauffe et tu me donnes ton dossard», lance-t-il, éméché.

Vraisemblablement craintif que son état d’intoxication avancé nuise à sa réputation, le jeune homme refuse de mentionner quelconque détail sur sa vie professionnelle ou personnelle. Un réel mystère plane d’ailleurs sur sa soirée, durant laquelle il dit avoir perdu toutes ses cartes d’identité. Celui-ci ne croit d’ailleurs pas les deux bénévoles à bord lorsqu’ils lui disent qu’ils écrivent tous les deux dans un journal. «Vous êtes des méchants fous, vous autres!», ajoute-t-il en riant, avant de débarquer chez lui, une vingtaine de minutes plus tard.

02h55: SIXIÈME APPEL. En quête d’un dernier raccompagnement, l’équipe de votre hebdomadaire est pour le moins servie: elle retourne au même bar, où elle récupère un duo inoubliable. À bord d’un camion de compagnie, les bénévoles comprennent rapidement qu’ils ont affaire à un patron et à son employé. La route se veut plus longue qu’escompté: il faut aller porter le passager dans une autre municipalité avant de finaliser le raccompagnement dans l’agglomération voisine. Sur la route, les deux hommes se chamaillent à savoir qui demeure «dans le pire trou».

«Je vais leur demander de te débarquer au onzième rang, tu marcheras pour te rendre chez vous», menace le propriétaire de l’impressionnant véhicule. Le premier descend finalement après un généreux don, tandis que l’autre s’endort presque instantanément sur la banquette arrière. Même si les acolytes sont dorénavant séparés, le calme ne revient pas  pour autant dans l’habitacle, puisqu’il ronflera pour le reste du trajet.

03h57: RETOUR. Le GranbyExpress rentre au quartier général et procède à la dissolution de son équipe: 180 kilomètres auront été parcourus pour réaliser les six raccompagnements. Le trio remet les 71.25 $ reçus en dons aux responsables avant de promettre de récidiver l’an prochain…

Vous souhaitez vous aussi être bénévole? Visitez le www.operationnezrouge.com. Vous n’êtes pas en mesure de prendre le volant? Téléphonez, entre 9h et 3h, au 450 777-2611. Encore huit nuits de raccompagnements sont à l’horaire à Granby: les 20, 21,22, 27, 28, 29, 30 et le 31 décembre.

*Ce texte a été produit grâce à la collaboration d’Éric Patenaude, chef de contenu (chauffeur) et de Benjamin Paradis-Goulet, conseiller en solutions média (escorte motorisée). 

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