L’achat en vrac: le mode de vie «zéro déchet» gagne du terrain chez nous

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Par Vincent Lambert
L’achat en vrac: le mode de vie «zéro déchet» gagne du terrain chez nous
Plusieurs grandes chaînes comme Bulk Barn à Granby offre de l'achat en vrac pour réduire la production de déchets. (Photo : GranbyExpress-Vincent Lambert)

ENVIRONNEMENT. À l’heure où les sacs de plastique, le recyclage et la collecte de matières organiques sont au cœur des discussions pour la préservation de la qualité de l’environnement, voilà que l’achat en vrac semble aussi susciter un intérêt auprès de plus en plus de gens. 

À Granby, cette tendance a la cote puisque plusieurs commerces ont déjà emboîté le pas alors que d’autres souhaitent aussi suivre le mouvement prochainement.

C’est le cas notamment d’Orange Coco, qui ouvrira ses portes ce mois-ci, et offrira la possibilité aux gens d’amener leurs contenants pour acheter une grande variété de produits. Conscientes de la popularité de l’achat en vrac, les copropriétaires Catherine Girard et Isabelle Guilmain ont décidé de se lancer dans l’aventure, voyant ainsi une opportunité intéressante de faire des affaires et de contribuer à leur façon, à la préservation de l’environnement.

«On le sait, notre planète souffre, indique Catherine Girard. On voulait faire quelque chose à valeur ajoutée. Oui, on ouvre un commerce, mais on voulait faire une différence. Honnêtement, je pense que [l’achat en vrac] est un mode de vie. C’est la direction vers laquelle les gens veulent aller. On veut les accompagner et les éduquer là-dedans.»

Les copropriétaires d’Orange Coco, Isabelle Guilmain et Catherine Girard, ont observé un intérêt chez les Granbyens quant à l’achat en vrac. Photo: GranbyExpress-Vincent Lambert

Déjà entrepreneure, Isabelle Guilmain avait commencé à vendre en vrac. Rapidement, elle s’est rendu compte que la demande était croissante. «C’est de là que m’est venue l’idée,  confirme-t-elle. J’ai vu l’intérêt des gens. Ça se vendait vraiment bien et la demande était de plus en plus vers le zéro déchet.»

Selon les deux femmes d’affaires, acheter en vrac  permet d’éliminer une grande quantité de déchets, de réduire le gaspillage alimentaire, de contribuer à la lutte contre les changements climatiques pour ne pas que «nos enfants et petits-enfants aient un futur sans porter de masque.»

Elles saluent d’ailleurs les grandes chaînes qui ont aussi elles aussi décidé d’opter pour ce virage environnemental.

«On est super contentes que les grandes chaînes fassent le virage; on voit ça positivement, souligne Mme Girard. Plus les commerçants vont aller vers le zéro déchet, plus les gens vont changer leurs habitudes.»

Une réalité chez les grandes chaînes

L’intérêt pour l’achat en vrac ne se voit pas seulement dans les petits commerces de la région; il est tout aussi présent dans les grandes chaînes comme Bulk Barn, IGA et Metro.

Directrice depuis cinq ans au Bulk Barn de la rue Principale, Patricia Demers confirme également que l’achat en vrac est rendu «un mode de vie».

«Depuis qu’on est zéro déchet, les gens peuvent apporter leurs contenants réutilisables, explique-t-elle. C’est sûr qu’il y a eu une augmentation énorme. Je pense même que des clients ne venaient pas à cause de ça. Ça faisait beaucoup de sacs jetés à la poubelle. Depuis qu’on a ce programme, on a de nouveaux clients qui viennent.»

La popularité du vrac s’illustre dans toute la population en général. Selon Mme Demers, autant les personnes âgées que les petites familles affichent un intérêt.

«Les gens sont beaucoup plus sensibilisés à ça, fait-elle remarquer. On voit une augmentation considérable depuis nos débuts. Ils n’ont plus besoin d’acheter en grande quantité. Il n’y a donc pas de gaspillage dans les armoires à la maison.»

Bien que le IGA extra Marché Gaouette n’ait pas encore emboîté le pas pour la vente de vrac, ce projet pourrait bientôt se mettre en branle puisque la demande est là, comme l’explique le propriétaire, Jason Gaouette.

«Avant, on avait du vrac et on l’a enlevé pour aller vers du préemballé pour la simple et bonne raison que c’était moins consommé. Les  gens étaient moins intéressés, mais il y a un retour à ça. J’ai des petits projets pour le magasin et c’est sûr que je veux introduire le vrac.»

«Déjà depuis un petit bout, j’y pensais, ajoute M. Gaouette. On voulait l’introduire. J’ai racheté [l’épicerie] à mes parents en décembre. C’était plus le projet de transition avant les projets du magasin. Ça fait une demi-année que j’ai acheté, je peux donc mettre un peu plus de l’avant mes projets.»

Le Marché Gaouette offre déjà du café en vrac. Malgré tout, il souhaite continuer dans cette optique et prochainement, il pourrait intégrer les produits secs et les produits de base comme la farine, le blé, etc.

Parce que la superficie du Metro Plouffe de Granby ne le permet pas, le vrac ne sera donc pas introduit à court terme. Cependant, le Groupe Plouffe confirme avoir «vraiment ça en tête» et que «c’est super important [pour lui] la réduction des emballages à usage unique».

«À Granby, ce n’est pas possible pour le moment, mais ça ne veut pas dire que ce ne sera jamais le cas», précise Geneviève Grégoire, chef aux communications chez Metro Richelieu.

Précisons toutefois que les gens peuvent apporter leurs contenants au comptoir de service pour acheter ce qu’ils ont besoin, comme c’est le cas d’ailleurs depuis le 22 avril dans tous les Metro du Québec.

Rappelons que le Groupe Plouffe offre déjà des produits en vrac à Bromont, Farnham et Fleurimont puisque «la superficie le permet».

Une plus grande conscience

La professeure titulaire au département de marketing de l’Université de Sherbrooke, Caroline Boivin, confirme qu’il y a en effet une popularité notable en ce qui concerne l’achat en vrac. Mais cet intérêt ne date toutefois pas d’hier.

«Je pense que le vrac l’a toujours été un peu [populaire], explique celle qui est aussi cofondatrice  de l’Observatoire de la consommation responsable de l’UdeS. Surtout dans les aliments secs. On en voyait toujours dans les épiceries. Là, ce qu’on voit plus, c’est la tendance à inclure le vrac plus liquide. On revient un peu à des pratiques qu’on avait auparavant comme les bouteilles de lait en verre. Il y a des choses qui reviennent.»

Cette mobilisation pour l’achat en vrac est d’autant plus significative aujourd’hui dans la perspective de réduire les déchets.

«Dans l’idée du vrac, c’est aussi de réduire notre quantité de déchets, commente Mme Boivin. Je pense que les gens sont conscients de ça, et du moins, ça leur fait plaisir. Il y a le vrac, mais il y a aussi différentes manières d’arriver à cet objectif-là de réduire le plastique.»

La professeure Boivin souligne également les initiatives d’entreprises dans cette démarche «où les consommateurs réagissent aussi de façon positive par rapport à ça.»

Évidemment, il n’est pas facile de changer des habitudes déjà ancrées, mais les grandes bannières ont décidé d’emboîter le pas.

«Je souhaite très fort que ça ne soit pas juste une mode, affirme Caroline Boivin. Je pense qu’il y a une conscience de plus en plus grande sur la quantité de déchets qu’on produit.»

Portrait de la consommation en vrac au Québec

-Le vrac sec: 9,0 % à 14,9 % des Québécois achètent  des produits alimentaires comme les noix et arachides, les épices et les fruits séchés.

-Le vrac liquide (alimentaire et non alimentaire):6,5 % à 10,5 % des Québécois consomment des produits de soins corporels et des produits ménagers.

 

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