Du Mexique à Granby: Omar Bernal peint sa nouvelle histoire

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Par Vincent Lambert
Du Mexique à Granby: Omar Bernal peint sa nouvelle histoire
Omar Bernal est installé à Granby depuis 2016 et il collabore avec l'Atelier 19 pour illustrer tout son talent artistique. (Photo : Granby Express-Vincent Lambert)

CULTURE. Omar Bernal est originaire du Mexique. Il est venu s’installer à Granby il y a trois ans pour entreprendre une nouvelle vie. Dans son pays, il travaillait pour le ministère de la Culture. Maintenant, il expose son talent d’artiste-graffiteur sur des murales de la ville.

À son arrivée dans la région, le Granbyen d’adoption ne parlait pas un mot français. L’espagnol était sa principale façon de communiquer. Depuis le début de l’année, l’artiste-graffiteur suit des cours de francisation. Son français n’est pas encore parfait, mais le désir d’apprendre la langue est bien là.

L’adaptation de cet homme fort sympathique n’a pas été facile, au contraire, mais il a réussi à tracer son chemin. «Ça a été difficile à cause de l’hiver, lance le principal intéressé en riant. Je suis arrivé avec un permis de travail, mais pas de résidence permanente. Je n’étais donc pas capable de faire la francisation. C’est au début de cette année que j’ai commencé [à apprendre le français]. Je pratique beaucoup [dans la communauté].»

Omar Bernal en compagnie de personnes impliquées avec l’Atelier 19. (Photo: Granby Express-Vincent Lambert)

Au Mexique, Omar Bernal travaillait dans la bureaucratie et «ce n’était pas pour moi», confie-t-il. La forme d’art que prend le graffiti est une passion pour lui et il a toujours aimé ça, se plaît-il à dire.

Si le graffiti était autrefois lié au vandalisme, maintenant, cet art urbain est «considéré comme une forme d’expression démocratique à travers laquelle des artistes peuvent faire valoir leur talent et leurs préoccupations», explique l’Atelier 19. «Pratiqué de façon légale, l’art du graffiti permet à des créateurs de se dépasser en réalisant des œuvres visibles dans l’espace public, donnant ainsi un caractère singulier aux villes», ajoute-t-il.

Pour Omar Bernal,qui est aussi graphiste de temps à autre, le graffiti (en toute légalité) n’est pas un symbole de vandalisme, mais est plutôt une façon de s’exprimer et de faire sortir ce qu’il ressent à travers une canette de peinture. «J’aime beaucoup l’expérimentation, souligne le maître de la canette, qui fait aussi des vidéos et des tableaux. Dans l’histoire, les murales permettent aux gens de dire les choses qu’ils ne peuvent pas exprimer.»

Depuis qu’il est arrivé à Granby, l’artiste-graffiteur, qui recevra bientôt sa résidence permanente, a réalisé trois murales en collaboration avec l’Atelier 19 au skatepark de la rue Saint-Urbain. Il a aussi étendu son talent sur des murs du Marché aux puces de Bromont.

Si auparavant Omar Bernal créait ses œuvres avec seulement de la peinture et des pinceaux, il a appris à maîtriser la canette grâce notamment à la chaîne YouTube et à une connaissance dans le milieu qui affectionne aussi cette forme d’art.

Omar Bernal aime ce qu’il fait. «Je suis très content [de faire ce qui me passionne]. Dans mon pays, j’ai vécu une histoire, maintenant, j’en commence une nouvelle.»

Inspiré par son pays

Tout attire l’attention d’Omar Bernal; il essaie de tout retenir. Dans son pays, la stimulation sensorielle est constamment présente dans le quotidien, ce qui «constitue la richesse de notre culture», fait-il remarquer.

Le parcours du Granbyen d’adoption a toujours été marqué par une passion pour la diversité et par une grande soif de toute sorte de stimuli, que ce soit par une éternelle recherche d’identité ou du sens de la vie.

L’artiste s’inspire beaucoup de son pays d’origine pour réaliser ses œuvres. (Photo: Granby Express-Vincent Lambert)

«Ceci m’amène à une observation très attentive des autres, commente l’artiste. Je collectionne des identités, j’étudie les personnalités. Je porte aussi une grande attention aux choses qui m’entourent, à leurs formes, à leurs couleurs, à leurs arômes et à leurs saveurs.»

«Au Mexique, il y a des gens qui passent dans les rues avec des charrettes et qui annoncent en criant qu’ils achètent des objets usagés : des vêtements, des électroménagers, des jouets, etc. Je crois que je suis comme eux : je récupère et je collectionne tout ce qui s’offre à moi, ajoute Omar Bernal. Je recueille, j’observe, j’analyse, j’étudie, j’admire et je chéris des objets, des images, des matières divers, pour ensuite les classifier et les présenter de différentes façons, avec l’objectif de générer des dialogues, des réflexions, même des polémiques. À cet effet, je crée des listes, des peintures, des photos, des vidéos, des installations, ou un mélange de tout cela.»

Dans sa démarche artistique, Omar Bernal cherche, entre autres, la multiplicité des discours, les croisements disciplinaires et des lectures cachées. Il s’intéresse à intégrer son travail selon un processus empathique.
«Je souhaite rassembler autant d’éléments variés que possible et les mêler dans un nouvel ensemble, où chacun pourra se reconnaître, souligne celui au grand talent. Mon travail est comme une grande fête entre amis dans laquelle je suis l’hôte. On mange, on danse, on parle et tout le monde passe du bon temps. [Puisque] je suis un peu introverti, j’écoute, j’apprends et je favorise la convivialité. Nous nous amusons tous et nous apprenons quelque chose qu’on ne savait pas… ou au moins, on a le ventre plein.»

Omar Bernal aime regrouper des éléments de diverses origines dans son travail artistique. «Je cherche à gorger le public avec ces stimuli, mais aussi, à susciter une réflexion autour de la diversité des autres et de ce qui nous entoure. Et je le fais d’une façon expérimentale, en m’amusant, comme s’il s’agissait d’un jeu.»

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