Camelot d’un jour: Bertrand Derome redonne au suivant

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Par Vincent Lambert
Camelot d’un jour: Bertrand Derome redonne au suivant
Sur la photo: L'animateur Jean-Marie Lapointe, le camelot Bertrand Derome tenant sa médaille de l'Assemblée nationale et le Gémeaux de M. Lapointe, et le conseiller municipal, Robert Riel, lors de l'activité Camelot d'un jour, jeudi dernier. (Photo : Granby Express-Vincent Lambert)

COMMUNAUTÉ. Bien connu dans la région, le camelot du magazine l’itinéraire, Bertrand Derome, aussi appelé «Monsieur Sutton», a reçu de la grande visite hier à son point de vente au Metro Plouffe de Granby. L’animateur Jean-Marie Lapointe et le conseiller municipal Robert Riel ont joint leur voix pour aider l’homme sympathique à vendre sa pile de publications bimensuelles dans le cadre de l’activité Camelot d’un jour.

Sobre depuis une dizaine d’années, Bertrand Derome illustre la joie de vivre quand il distribue L’Itinéraire. Dans son sac à dos, on retrouve son histoire immortalisée sur des photos plastifiées. La panoplie d’objets qu’il traîne lui permet de ne pas oublier le chemin qu’il a parcouru. Si dans le passé, il avait de la difficulté à se mettre de quoi sous la dent, aujourd’hui, il peut subvenir à ses besoins.

«Il faut que je me rappelle où j’étais parce que si je ne m’en rappelle pas et que j’oublie, c’est là que je vais planter, a confié jeudi le camelot, qui a la discussion facile. Mon but […], c’est de pouvoir sortir d’autre monde [de la rue], de donner au suivant et de sensibiliser les gens.»

L’Itinéraire permet aux itinérants de se trouver un logement, de se faire un budget, d’arrêter la consommation, bref, de se prendre en main. Parlez-en à «Monsieur Sutton», qui ne compte pas prendre de sitôt sa retraite de camelot.

«Je fais quelque chose de ma peau au lieu de rester chez moi et ne pas savoir quoi faire, a-t-il fait remarquer. Le plus longtemps que je vais être en santé, je vais le faire.  Je suis libre de faire ce que je veux, quand je veux. Je suis boss de moi-même. J’ai vécu dans la rue, j’ai été dans la misère, je connais ça. Aujourd’hui, je suis capable de redonner. Quand je viens à Granby, c’est une sortie pour moi.»

Bertrand Derome reçoit tous les mois des coupons de L’Itinéraire pour manger quatre repas gratuits au Partage Notre-Dame. Parce qu’il a maintenant les moyens de bien manger, le camelot préfère donner ses billets aux gens qui se retrouvent dans la même situation qu’il a été il y a plusieurs années.

Il est d’ailleurs déjà venu en aide à plusieurs personnes en les envoyant au Centre l’Envolée de Granby pour demander de l’aide. «Le monde compatit beaucoup avec moi, a souligné M. Derome. C’est toujours donner au suivant. Ce monde-là vient me voir et me remercie. Pour moi, c’est bien normal [de les aider]. C’est une fierté, c’est gratifiant.»

Se libérer des «prisons intérieures»

Pour l’animateur Jean-Marie Lapointe, Bertrand Derome est un symbole de résilience, voire même de renaissance. Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années, et ont même collaboré dans la série, Face à la rue.

«[Bertrand] n’est plus juste vu comme le gars qui bomme dans la rue, il est vu comme un gars qui te vend quelque chose et ce qu’il vend, ça lui donne une raison d’être, de la visibilité. Moi, je trouve ça extraordinaire. Ça ne lui a pas juste donné un emploi, mais une dignité. Il est reconnu comme étant une personne qui est un incontournable dans le paysage. Tu le regardes, lui, il fait tout sauf pitié. Il est valorisé là-dedans, il aime le monde, les gens le reconnaissent. Je pense que c’est ça sa rédemption. Bertrand, c’est un miracle.»

Depuis quatre ans maintenant, Jean-Marie Lapointe participe à l’activité Camelot d’un jour. Selon lui, il est important d’accorder de son temps aux personnes en situation d’itinérance parce que personne n’est à l’abri d’une telle situation.

«C’est difficile de vivre dans une grande ville comme Montréal et de ne pas côtoyer les gens en situation d’itinérance, a rappelé Jean-Marie Lapointe. Il y en a partout où tu veux regarder ou tu oses regarder parce que des fois, tu peux aussi vouloir faire semblant de ne pas les voir parce que ça te met mal à l’aise. Un moment donné, à force de côtoyer des gens, de prendre le temps de leur parler, je me suis demandé où est la ligne entre [eux] dans la rue et moi, en appartement. Tu réalises que ça peut être fragile.»

Cette année, c’est le 25e anniversaire de L’Itinéraire, donc, «on veut célébrer en grand cette dignité-là parce que c’est ça aussi qu’on veut, c’est de traiter les gens en situation d’itinérance avec dignité. Cette réinsertion possible dans la société en tant qu’être humain à part entière passe aussi par l’emploi. [L’Itinéraire] leur donne une chance de se trouver aussi une valorisation.»

«Chapeau pour ce gars-là»

Bertrand Derome se réjouit de pouvoir vendre partout sur le territoire de Granby. D’ailleurs, il aimerait prochainement recruter d’autres camelots. Éventuellement, il pourrait même prendre les paiements par carte de crédit et carte de débit pour ceux qui n’ont pas de monnaie pour eux.

Si auparavant M. Derome était restreint dans sa vente, le conseiller municipal Robert Riel a proposé aux élus de permettre au camelot de vendre partout dans la ville, ce qui a été accepté.

«Normalement, les gens n’ont pas le droit de vendre, ça te prend un permis, a souligné M. Riel. Il y a quatre ans, on avait ouvert le territoire de Bertrand  à trois endroits pour pouvoir vendre près de la rue, sur le trottoir. Dernièrement, ce printemps, j’ai demandé qu’on ouvre le territoire de la ville de Granby au complet pour Bertrand. Ça veut dire qu’il peut se promener n’importe où et la police ne l’achalera pas. Il n’a pas besoin de permis, il a le droit de vendre L’Itinéraire.»

Robert Riel est régulièrement en contact avec Bertrand Derome, son histoire l’a touché.

«J’ai voulu m’impliquer quand j’ai choisi les dossiers communautaires, a expliqué M. Riel. C’est ça que j’avais à cœur, la pauvreté, nos aînés et tout ça. Ça fait partie de ma vision à moi. Son parcours m’a touché beaucoup. Il y a 11 ans, il était couché sur le trottoir, mendiait, il était carrément gelé à longueur de journée. Là, il s’est pris en main, il a réussi à se relever debout. Chapeau pour ce gars-là, c’est vraiment une belle image pour certains qui pourraient se prendre en main comme lui. Il a un parcours étonnant.»

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