Le recrutement est-il à la baisse dans le sport scolaire?

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Par Vincent Lambert
Le recrutement est-il à la baisse dans le sport scolaire?
Chaque année, les responsables de sport doivent faire face au défi qu'est le recrutement d'athlètes dans les écoles. (Photo : Granby Express-archives)

SPORT SCOLAIRE. Deux programmes de football ne disputeront pas de matchs compétitifs cette saison au Collège Mont-Sacré-Cœur. Il s’agit de ceux de niveau cadet et juvénile. Recrutement difficile, assiduité moins présente; plusieurs sports scolaires vivent le même défi, a appris le Granby Express en s’entretenant avec différents intervenants du milieu sportif.

Responsable des sports au Collège Mont-Sacré-Cœur, Réal Brunelle confirme qu’il y a une baisse du nombre de joueurs au football. Ce n’est pas la première fois que l’institution scolaire doit vivre avec une telle situation. Mais comment expliquer cette baisse de recrutement alors que le sport, dit-on, accroche souvent les jeunes à l’école?

«C’est peut-être la publicité négative dans les journaux ou les commotions, lance d’entrée de jeu le principal intéressé. Les parents ont peur des commotions. Ce n’est pas facile aussi, l’engagement des jeunes. S’engager dans une équipe de football, c’est trois pratiques par semaine, c’est apprendre un cahier de jeu et c’est un entraînement quand même assez physique. Alors, les jeunes sont peut-être un peu moins intéressés à ça actuellement.»

«Je ne pense pas qu’il y ait juste les jeunes là-dedans [par contre], poursuit M. Brunelle. Ça implique que le parent doit venir chercher son jeune. C’est un facteur. On a beaucoup de parents qui [pratiquent des] activités familiales. Alors, ça compromet un peu les fins de semaine.»

Cette saison, le Collège Mont-Sacré-Cœur offrira tout de même du football cadet, mais sous forme de parties intramurales avec les joueurs en place. Au mois de mars, l’école privée tentera de refaire une équipe compétitive si les inscriptions sont de la partie. Au moment d’écrire ces lignes, huit athlètes se sont tournés vers le civil pour pratiquer le sport plus régulièrement.

Réal Brunelle a bon espoir que le nombre d’inscriptions dans le football augmente l’année prochaine, du moins, en ce qui concerne le niveau cadet. «On verra par la suite si ça va continuer. J’espère bien, il y a 7-8 ans de travail là-dedans.»

Le Collège Mont-Sacré-Cœur essaie de faire du recrutement à l’interne, mais ce n’est pas toujours chose facile. «On ne peut pas faire du recrutement à l’externe, commente M. Brunelle. Cette année, les groupes de secondaire 1, 4 et 5 sont déjà complets. On ne peut pas aller chercher des joueurs à l’extérieur, on n’a pas de place pour les mettre dans la classe. J’ai les deux mains attachées. Quand il y a de la place, c’est facile, mais si je n’ai pas de place, je ne peux pas rien faire.»

Et les autres sports, dans tout ça?

Le Réseau du sport étudiant du Québec estime que la baisse d’inscriptions au football est un «creux de vague» puisque plusieurs efforts ont été déployés dans les dernières années pour assurer la sécurité des athlètes. Le Réseau croit que c’est «un temps d’arrêt pour mieux repartir». D’ailleurs, il compte retravailler la promotion du sport, qui souvent, augmente le sentiment d’appartenance et le taux de diplomation chez les jeunes.

Ce défi de recrutement dans le football n’est pas un cas isolé. Le RSEQ confirme que les autres disciplines doivent aussi travailler fort pour susciter l’intérêt des jeunes athlètes.

«C’est sûr que c’est un défi pour les responsables, chaque année, dans les écoles pour la promotion de leurs activités, reconnaît Sylvie Cornellier, directrice générale du RSEQ Montérégie. Des fois, on a l’équipe et on a de la difficulté à faire du recrutement d’entraîneur. Dépendamment des milieux [c’est] une question de coûts parce qu’ils augmentent. Les écoles, de plus en plus, ont moins de budgets ou partent avec un budget de pratiquement zéro. C’est plusieurs défis pour certaines écoles. Des fois, c’est le coût qu’elles vont charger aux athlètes ou c’est la capacité de payer pour les parents; ça devient un frein à l’inscription.»

La directrice générale du RSEQ Montérégie ne le cache pas, les jeunes sont de plus en plus sollicités avec une offre de services très grande au niveau sportif, électronique ou bien culturel. «Il y a un éventail de choix qui se présente à eux, note-t-elle. C’est un  autre défi pour les responsables de les amener dans le gym pour qu’ils puissent bouger davantage. C’est un petit casse-tête qu’ils ont.»

Un développement fragile

Bien que le Cégep de Granby n’offre pas de programme de football, le responsable des sports, René Morin, remarque que «cette discipline écope actuellement» au niveau provincial. Si les commotions cérébrales ont été régulièrement abordées, M. Morin rappelle toutefois que d’autres disciplines n’en sont également pas à l’abri. «Il va avoir du travail à refaire pour rebâtir un peu la confiance des jeunes», confie-t-il.

René Morin l’affirme: il y a des moments où le recrutement est plus difficile que d’autres en raison de différents facteurs. Cette année, le Cégep de Granby a une «très bonne année», mais ne cache pas que dans certaines disciplines, il est plus difficile d’attirer des athlètes comme au basketball ou bien au badminton où «ça grafigne un peu».

«Il y a des endroits où c’est plus difficile, mais pas de là à mettre nos programmes en péril, explique le responsable des sports. Ce qu’on voit dans d’autres collèges, les gens se prononcent pour partir des équipes et quand on arrive à l’automne, malheureusement, les calendriers sont faits et ils déclarent forfait. Ce n’est pas notre cas. On n’est pas en situation de panique ici.»

Malgré tout, le Cégep de Granby est préoccupé par la baisse du nombre d’équipes sportives dans les écoles de la région.

«Les commissions scolaires ont coupé beaucoup dans nos programmes dans le parascolaire, note M. Morin. Donc, les programmes sportifs ont écopé. Bien évidemment, s’il n’y a pas de développement en dessous, les gens arrivent ici et s’ils n’ont pas joué au basket, ça ne marche pas. On est un petit collège, donc, on se bute à des collèges comme Sherbrooke, Trois-Rivières et Saint-Hyacinthe. On n’a pas les mêmes camps de sélection.»

«Le développement en dessous est fragile, poursuit René Morin. Il y a comme un changement de la génération actuelle sur  les loisirs, ses préoccupations. Oui, il y a beaucoup de vidéos, mais il ne faut pas généraliser avec ça. On a quand même 250 athlètes qui sont dans nos 14 équipes sportives [chez les Inouk]. Ce n’est pas rien. C’est sûr qu’on en prendrait toujours plus, mais il reste qu’on réussit à tirer notre épingle du jeu malgré tout.»

Le Cégep de Granby est conscient qu’il y a «quand même de belles choses qui sont faites en dessous», mais il aimerait voir davantage de développement et d’activités sportives.

«On est tous préoccupés, même au niveau provincial. Dans mes réunions, comme responsable du sport au niveau du RSEQ, à l’ordre du jour, il y a constamment un point qui est sur le recrutement et le développement des disciplines sportives. On en voudrait plus. C’est toujours une question de sous aussi. C’est souvent le nerf de la guerre. Il faut travailler avec les gens du scolaire.»

Le Granby Express a tenté d’avoir les commentaires de Football Québec sur la situation du recrutement au football, mais il n’a pas reçu de retour concernant ledit dossier avant de mettre sous presse.

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