L’itinérance cachée, «c’est quelque chose dont on ne parle pas suffisamment»

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Par Vincent Lambert
L’itinérance cachée, «c’est quelque chose dont on ne parle pas suffisamment»
Kim Verreault est intervenante dans le milieu communautaire depuis une vingtaine d'années. (Photo : Granby Express-Vincent Lambert)

ITINÉRANCE. L’image préconçue d’une personne itinérante est souvent celle d’un homme qui dort à l’intérieur d’une boîte de carton à l’entrée d’un commerce ou qui quémande sur le bord de la rue. Le phénomène va bien au-delà de cette représentation. Aujourd’hui, il n’est pas rare que de jeunes femmes ou même de jeunes hommes vivent sans adresse fixe et se déplacent d’un endroit à l’autre. C’est ce qu’on appelle l’itinérance cachée.

«Quand on parle d’itinérance cachée, là, ça peut-être autant des jeunes filles, des jeunes garçons ou des personnes âgées, explique Kim Verreault, intervenante au Groupe action solutions pauvreté. C’est des personnes qui vont aller d’une ressource à l’autre. Ça peut être des personnes qui vont se louer un espace de rangement pour leurs meubles et vont dormir là. C’est tous ces gens qui n’ont pas d’adresse fixe.»

Bien souvent, les personnes qui se retrouvent dans cette situation ne se considèrent pas comme des itinérants «parce qu’ils ne cadrent pas dans l’image qu’on se fait du gars avec sa boîte de carton». Par contre, Mme Verreault confirme que c’est bel et bien une forme d’itinérance qui passe sous le silence. Et différentes raisons comme les dépendances ou même une séparation peuvent «faire que ça dégringole et que tu te ramasses à la rue».

«Ces gens-là ne sont pas si différents de nous, rappelle Mme Verreault. Ils ont fait partie d’une famille un moment donné; ils ont un bagage. C’est tortueux. C’est difficile tout le processus et les types d’itinérance. C’est tellement multiple les causes qui peuvent mener à la rue. On ne s’en sort pas.»

Mme Verreault ne peut avancer de chiffres concernant l’itinérance cachée puisque les gens qui vivent dans cette situation sont difficilement visibles.

«C’est des gens qui font très peu confiance au système, indique celle qui a vingt ans de bagages comme intervenante. Donc, c’est dur d’aller les chercher. Faire confiance aux gens, pour eux, c’est quelque chose. Ils n’ont pas le goût de se ramasser dans le système. Ils se  cachent, se font discrets et ne prennent pas de place. C’est pour ça que quand ils sont dans la rue, on ne les voit pas.»

Pas seulement les hommes

Selon Kim Verreault, quand on parle d’itinérance, l’accent est surtout mis sur les hommes, mais «il ne faut pas oublier qu’il y a des femmes qui sont en grande difficulté». «Pour elles, ça se complique tout le temps parce qu’il […] peut y avoir une question de violence physique ou sexuelle, fait-elle remarquer. Ce qui fait d’elles des personnes encore plus vulnérables. Un gars dans la rue, il va se battre s’il est mal pris.»

«Des femmes vont même accepter de retourner chez des ex-conjoints violents plutôt que d’être dans la rue», admet Mme Verreault.

L’itinérance cachée chez les femmes est trop peu abordée aux yeux du GASP. «Parce qu’on ne le voit pas, ça n’existe pas; il faut défaire les préjugés, insiste Kim Verreault. C’est complexe et ce n’est pas si simple que ça de régler l’itinérance.»

Si certaines personnes n’hésitent pas à lever la main pour demander de l’aide, d’autres sont plus réticentes et doivent être poussées à le faire.

«La façon dont le système est fait tu peux cogner à bien des portes avant que quelqu’un ouvre. Le communautaire, c’est vraiment ce qui est de plus rapide. On va faire ce qu’on peut avec l’expertise qu’on a pour pouvoir venir en aide à ces gens-là. Des fois, c’est suffisant, des fois, ça demande plus.»

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