Commotions cérébrales: la LHJAAAQ ne comptabilise pas de statistiques

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Par Vincent Lambert
Commotions cérébrales: la LHJAAAQ ne comptabilise pas de statistiques
Bien que la LHJAAAQ ne comptabilise pas les commotions et n'impose pas de protocole précis, les Inouk, eux, ont de leur côté établi un plan de match pour gérer les coups à la tête. (Photo : Granby Express-Nicolas Racine)

HOCKEY. Bien malins ceux qui pourraient deviner combien de joueurs sont victimes de commotions cérébrales, cette année, dans la Ligue de hockey junior AAA du Québec (LHJAAAQ). Récemment, le Granby Express a appris que la ligue ne tenait pas de statistiques sur la problématique, lors d’un court entretien téléphonique avec l’adjoint au commissaire, Yves Bolduc. Sollicité pour expliquer la situation, le commissaire Jacques Laporte, qui a remis sa démission peu de temps après l’entrevue, a confirmé l’information, précisant toutefois que le dossier chemine.

«L’objectif a été mis sur la table lors de la dernière réunion annuelle, a fait valoir l’ancien commissaire de la ligue, Jacques Laporte. C’est dans les projets d’en arriver là. Sauf qu’actuellement, c’est géré par chacune des équipes à leur façon. Il n’y a pas de protocole de ligue comme tel. Idéalement, il y en aurait un dans les prochains mois pour l’année suivante. Il n’y en a pas pour le moment. Ça va être suggéré effectivement.»

Comment peut-on expliquer ce retard dans la gestion des commotions cérébrales dans la LHJAAAQ alors que la Ligue de hockey midget AAA du Québec (LHMAAAQ) et la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) comptabilisent des données et suivent des protocoles bien précis?

«Je ne sais pas, ça ne fait pas tellement d’années que je suis là, a commenté M. Laporte. Chaque année, c’est remis en question. Dans les autres ligues, il y a du personnel à temps plein pour travailler avec leurs équipes, ce qui n’est pas le cas avec nous. Souvent, c’est plus difficile de trouver du monde qui va rester là d’année en année et qui va se prêter à ça. Maintenant, il y a une plus grande responsabilité de chacune des équipes […] L’important, c’est que ça s’en aille dans la bonne direction.»

La Ligue de hockey junior AAA du Québec se tourne donc notamment vers les thérapeutes certifiés de chacune des équipes pour gérer la situation quand un joueur reçoit un coup à la tête. «Ce n’est pas le trainer qui va faire compter le nombre de doigts quand il arrive un accident; on en est plus là, a assuré le principal intéressé. Il y a quand même des responsables et des professionnels dans chacune des équipes qui sont souvent rattachés à des bureaux de médecine, de physiothérapeute ou de kinésiologie et qui ont les compétences pour pouvoir le faire.»

Le circuit souhaite s’appuyer sur le protocole HeadCheck, qui est en train de se développer à travers la Ligue canadienne de hockey junior, pour traiter les commotions cérébrales. «On devrait avoir les mêmes standards d’ici peu de temps», a affirmé M. Laporte.

«Les équipes ont été informées de ça, a ajouté M. Laporte. Ça se fait là. Lorsqu’on adhère, on peut aller dans la même direction ou on peut varier certaines choses selon nos besoins à nous. Au moins, tout le monde est au courant de ça. Mais il est prévu qu’à la prochaine réunion annuelle du mois de juin, il y ait un regroupement qui s’occupe de ce côté. Il y aura une réunion spéciale pour ça.»

L’ancien commissaire Jacques Laporte l’a confirmé en entrevue avant de remettre sa démission: pour le moment, il n’y a pas de statistiques quant au nombre de commotions cérébrales dans la LHJAAAQ, mais c’est en cours de route.

Pas la même chose ailleurs

Si présentement la LHJAAAQ ne tient pas de données sur le nombre de commotions cérébrales survenues dans son circuit, c’est tout le contraire dans la LHJMQ, qui les comptabilise sans toutefois les rendre publiques.

«Nous prenons le dossier des commotions cérébrales très au sérieux à la ligue, soutient le directeur des communications, Maxime Blouin, qui rappelle que le junior majeur suit le protocole basé sur le 5e consensus international sur les commotions dans le sport. C’est pourquoi nous comptabilisons les données dans l’optique de savoir si les protocoles et les initiatives mises en place portent leurs fruits ».

«Nous sommes toujours à l’avant-garde en ce qui a trait aux commotions cérébrales, poursuit-il dans un échange de courriels. Dès qu’il y a une nouvelle avancée scientifique, nous sommes à l’affût. Un membre de la ligue assiste aux différents forums internationaux pour connaître les plus récents développements dans cette matière. Cela nous permet de modifier nos pratiques dans le but d’améliorer la sécurité de nos joueurs.»

La LHMAAAQ, de son côté, dresse aussi un portrait des commotions en s’appuyant de chiffres. Elle suit de près par ailleurs le protocole établi par le Ministère pour le retour au jeu et envoie ses directives aux thérapeutes des équipes en début de saison.

Dossier pris au sérieux chez les Inouk

Le président des Inouk de Granby, Richard Morasse, est d’accord pour dire qu’on doit apporter plus d’attention concernant la gestion des commotions cérébrales dans la LHJAAAQ. Bien qu’il n’ait pas été mêlé aux discussions des gouverneurs, il assure que son équipe a un processus bien en place pour gérer les coups à la tête.

«Pour nous, c’est très important, indique-t-il. C’est la confidentialité qui vient un peu mêler les cartes parce que les joueurs ne veulent pas faire partie des statistiques pour ne pas nuire à leur développement. J’aime rencontrer le joueur parce que je veux lui apporter une autre dimension. Au-delà du joueur de hockey, il y a l’être humain. J’aime apporter mon opinion là-dessus.»

Au moment d’écrire ces lignes, trois cas de commotion cérébrale étaient répertoriés au sein de l’organisation depuis le début de la saison. Bien que la ligue «n’impose pas» un protocole, les Inouk ont décidé d’utiliser l’outil HeadCheck développé dans la Ligue canadienne de hockey junior et de se tourner vers leur thérapeute Alexandre Groleau pour évaluer les incidents.

«Quand est venu le temps de regarder le dossier des commotions, on a mis en place un protocole, une procédure, explique le président de l’organisation. Je pense que c’est laissé à chacune des équipes d’établir sa façon de faire. Ça prend les ressources, ça prend l’expérience. Il ne faut pas prendre ça à la légère.»

Pour M. Morasse, il est nécessaire de faire un suivi tout au long de l’année auprès des joueurs victimes de commotions cérébrales. Même si les Inouk aiment gagner des parties, il assure que l’équipe priorise la santé des athlètes étudiants avant tout.

«Ce ne serait pas honnête de dire que je me sens bien encadré par la ligue, note-t-il. Je me fais un devoir de protéger les jeunes.»

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