La dernière enquête policière de Denis Gagnon

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Par Eric Patenaude
La dernière enquête policière de Denis Gagnon
L'inspecteur-chef au Service de police de Granby, Denis Gagnon. (Photo : GranbyExpress-Éric Patenaude)

POLICE. Appelé à côtoyer des procureurs, des criminels de tout acabit, des victimes, des informateurs et des confrères policiers sur une base quotidienne depuis 35 ans, l’inspecteur-chef au Service de police de Granby (SPG), Denis Gagnon, s’apprête à clore ses derniers dossiers. Entré en fonction en mai 1986, le policier partira pour la retraite dans les prochains jours.

Le matin du 26 février 2020 aura une signification particulière pour l’inspecteur-chef au SPG. Denis Gagnon entrera au quartier général de la rue Simonds Sud en tant qu’homme de loi et en ressortira à titre de simple citoyen. À quelques jours de remettre son insigne et son arme de service à son patron, le policier est revenu sur son parcours en compagnie de représentants des médias locaux.

De policier temporaire à ses débuts. M. Gagnon fait tranquillement ses classes avec l’équipe de soir. Une bonne école de police, selon le principal intéressé. «Sur le quart de travail de soir, c’est là que ça se passait.» «Toutes les sortes d’appels se passent le soir autant en nombre qu’au niveau de la nature. Ça m’a permis d’apprendre assez rapidement sur le tas.»

Avide de connaissances et prêt à gravir les échelons, Denis Gagnon aura occupé sept postes différents au sein du SPG: agent, sergent de patrouille, enquêteur, détective, sergent-détective, capitaine à la surveillance du territoire et inspecteur-chef aux enquêtes criminelles. «Humblement, je pense que c’est un record», raconte le policier.

La piqûre des enquêtes

C’est finalement aux enquêtes criminelles que Denis Gagnon passera une bonne partie de sa carrière. Pour le policier, la résolution de crimes devient son leitmotiv.

«J’ai fait le travail de patrouilleur sauf que rapidement, j’ai constaté que je voulais être enquêteur. Pourquoi enquêteur? Parce que j’ai développé, et les gens me le disent, une certaine facilité à mener à bien mes enquêtes et une grande facilité à interroger les suspects. J’aimais le contact autant avec les victimes, les plaignants que les suspects. Même le suspect qui avait commis le pire crime (…). Si tu es prêt à l’écouter, il va te parler. Ça, ça me touchait beaucoup de pouvoir comprendre pourquoi il a fait tel geste. Le métier d’enquêteur me permettait d’avoir cette relation particulière avec ces gens-là», confie l’inspecteur-chef.

Les dossiers les plus durs à traiter? «Tous les crimes avec les enfants.Ça m’a tout le temps touché au point d’éviter de les faire (les dossiers)», révèle le policier.  «Aujourd’hui, je lève mon chapeau à nos quatre enquêteurs (spécialisés en agressions sexuelles) qui font ce travail quotidiennement. Moi, je ne serais pas capable de le faire.»

À travers quelques anecdotes, Denis Gagnon revient sur une affaire de violence conjugale survenue en début de carrière. Appelé à intervenir sur les lieux, le jeune patrouilleur de l’époque trouve un enfant recroquevillé sur lui-même dans une chambre. Une intervention qui le marque à tout jamais. «Ça fait 30 ans et je ne suis jamais repassé sur cette rue.»

Comme tout bon enquêteur, Denis Gagnon connaît sa part d’heureux dénouements d’enquête.  Il se souvient, entre autres, d’un individu au lourd passé qui décide finalement de vider son sac après avoir réussi à gagner sa confiance.

«Je traitais souvent avec cette personne et je lui ai demandé: ça ne tenterait pas de te mettre à table, de me dire ce que tu as fait dans les dernières années pour repartir sur une ère nouvelle. Je lui ai dit de mettre sur papier tous les crimes qu’il avait commis et que la police ne savait pas.» «Il m’est arrivé avec quatre ou cinq feuilles de cartable recto, verso», illustre l’enquêteur.

La stratégie porte fruit. Durant deux semaines, l’enquêteur récupère le suspect au pénitencier tous les matins pour faire la tournée des sites qu’il a dévalisés dans la grande région de Granby. Bilan final de l’opération: 200 crimes résolus.

De 2000 à 2005, le policier Gagnon goûte à une nouvelle expérience: la lutte au crime organisé chez les motards à titre de membre de l’escouade Carcajou.

«On m’a demandé d’interroger un criminel qui avait fait de l’importation et de l’exportation (de stupéfiants) au niveau international. Je ne savais pas à quoi m’attendre parce que ça peut finir-là dès que tu te présentes. Il se peut que l’individu ne veuille pas te parler.»

«Ç’a été mon plus long interrogatoire vidéo.»  «Neuf heures plus tard, il m’a tout avoué.»

Des départs et une relève

D’ici 2023, le Service de police de Granby devra gérer un important mouvement de personnel avec le départ de 29 policiers. Denis Gagnon est l’un de ceux-là. Bien qu’il s’ennuiera de la «gang du poste», l’inspecteur-chef prend soin de rappeler qu’il a confiance aux effectifs en place aux enquêtes criminelles (13 enquêteurs, un agent de liaison, un agent de renseignements, deux enquêteurs Accès-Cannabis et du personnel civil).

Après avoir vu de vieux routiers de la scène policière délaisser l’uniforme, c’est au tour de Denis Gagnon de franchir cette nouvelle étape de vie. «C’est drôle à dire, mais ça va me manquer d’interroger des suspects.»

Des projets? «Pour les deux, trois prochains mois, c’est le calme plat», conclut le policier de 56 ans.

 

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