Le retour des visites fait «une énorme différence» aux aidés

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Par Vincent Lambert
Le retour des visites fait «une énorme différence» aux aidés
Le retour de proches aidants dans les résidences permet à des aidés de renouer avec certaines habitudes perdues à cause du confinement. (Photo : Deposit photos)

SOUTIEN. Le retour des visites de proches aidants dans les résidences a fait «une énorme différence» puisque cela a permis à des personnes souffrant de maladies cognitives comme l’Alzheimer de retrouver certaines aptitudes qui avaient été perdues en raison du confinement dû à la pandémie.

La récente annonce du gouvernement du Québec autorisant les proches aidants à renouer avec leurs aidés s’est avérée un soulagement pour plusieurs, dont Johanne Dubord, qui s’occupe de sa mère, laquelle est en résidence. Elle ne cache pas qu’elle a pleuré de joie et que ça a été «une espèce de reprise de contrôle».

«L’Alzheimer ou les troubles cognitifs nous amènent à ressentir un grand sentiment d’impuissance et on n’a pas le choix de s’adapter, a confié la proche aidante. Et cette nouvelle-là, ça [a permis de] reprendre un peu de pouvoir sur ma relation avec ma mère.»

Au moment où Mme Dubord est allée de nouveau rendre visite à sa mère, cela faisait deux semaines qu’elle ne souriait plus et qu’elle ne se levait plus de son lit.

«Son appartement était complètement à l’envers, a-t-elle fait remarquer. Ma mère vivait dans cet environnement-là de plus en plus dépaysé. J’ai été extrêmement respectueuse; je me suis désinfecté les mains, je portais un masque et je ne m’approchais de personne d’autre. Je suis entrée avec l’idée de faire le ménage du printemps. Ça, pour ma mère, ça fait référence à du connu, des habitudes. On chantait, on avait de la musique et on faisait le ménage. Je pense avoir réussi à ne pas la faire sentir mal d’avoir été à l’envers ou tout ça.»

Cette visite a fait du bien à la mère de Mme Dubord. Elle lui a dit «mille mercis» et depuis ce temps, elle se lève maintenant tous les matins.

«Il y a quelque chose qui s’est passé au plan affectif, a raconté Johanne Dubord.  Ma mère va mieux. On a refait des mots croisés. Ça a fait une énorme différence.»

Retrouver un rythme

Intervenante à la Société Alzheimer de Granby et région, Marion Mutin confirme que le retour des visites des proches aidants permet aux aidés en stade modéré de retrouver une routine ou de renouer avec certaines habiletés qui avait été perdues en raison du confinement.

«Ça va permettre de retrouver un rythme, a-t-elle expliqué. En gros, dans la maladie d’Alzheimer, ils perdent toutes les mémoires. Mais la mémoire émotive, tu as le cœur qui  grandi. Cette mémoire-là prend plus de place. En stade modéré, tu peux remettre en place de petites choses. Je vois bien la différence. Il y en a pour qui ça va être critique et il y en a pour qui ils ont juste le temps de rattraper.»

Ce que remarque la Société Alzheimer de Granby et région, c’est qu’il pourrait y avoir un manque de formation dans l’approche personnalisée des aidés au niveau du personnel des résidences.

«À la place de faire plein de détours, [les proches aidants] vont aller au but et ça va faire des effets bénéfiques, a fait valoir la directrice générale, Sophie Foisy. Le personnel est là, mais il  va faire des activités quand il va le savoir. C’est important que le personnel soit formé sur plus que juste offrir des soins, mais qu’il offre aussi ces moments pour tous ceux qui n’auront pas de proches aidants ou qui n’en ont plus.»

Des capsules ont été pensées pour aider les préposés et la Société Alzheimer de Granby et région est aussi à leur disposition pour les accompagner dans les différentes démarches auprès des personnes atteintes de maladies cognitives.

«On n’allonge pas le temps; on fait en sorte que le temps est bon et qu’il est plaisant, a mentionné Mme Foisy.  De pouvoir revenir à des activités normales pour eux et pour le proche, c’est rassurant. Le personnel ne pourra jamais remplacer un proche aidant par rapport à [la mémoire affective]. On souhaite qu’avec la pandémie, on puisse encore plus mettre en avant cette importance-là de travailler avec l’être, la personne d’abord et avant tout. Les proches aidants amènent énormément cette dimension-là.»

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