Une enquête sur les travailleurs de la santé atteints par la COVID-19 au printemps 2020 révèle des résultats inquiétants

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Par Stéphane Lévesque | Initiative de journalisme local
Une enquête sur les travailleurs de la santé atteints par la COVID-19 au printemps 2020 révèle des résultats inquiétants
(Photo : GranbyExpress-archives)

SANTÉ. Entre le 1er mars et le 14 juin 2020, 13 581 travailleurs de la santé ont été atteints de COVID-19 confirmée, ce qui représente le quart des cas rapportés au Québec lors de la première vague de COVID-19. Leur risque de contracter la COVID-19 a été environ 10 fois plus élevé que celui estimé dans le reste de la population. Afin d’en apprendre davantage, l’Institut national de la Santé publique du Québec a conduit une enquête.

Voici les principaux résultats tirés des réponses des 5 074 (37,4 %) travailleurs de la santé avec COVID-19 qui ont accepté de participer au questionnaire épidémiologique:

  • Quarante-huit pour cent (48 %) travaillent en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) et 34 % en centre hospitalier (CH); 70 % sont soit des préposés aux bénéficiaires, des infirmières ou des infirmières auxiliaires, alors que les médecins représentent 3 % des malades.
  • Quatre-vingt-trois pour cent (83 %) pensent avoir été infectés dans leur milieu de travail, soit par les patients (33 %), par leurs collègues (10 %) ou ont été exposés à la fois à des collègues et des patients infectés et n’ont pas été en mesure d’identifier la source exacte de leur maladie (40 %).
  • Alors que 75 % de tous les participants rapportent un contact avec des patients suspectés ou confirmés COVID-19, 48 % ont été exposés dans des unités qui n’étaient pas dédiées exclusivement à la COVID-19.
  • Les travailleurs de la santé qui ont fourni des commentaires pensaient avoir été contaminés à l’occasion du transfert de patients ou avant la confirmation diagnostique d’un patient, lors de rassemblements de plusieurs travailleurs dans des locaux étroits ou lors de mouvements de personnel, en raison d’une surcharge de travail et d’un manque de personnel. L’environnement physique est également considéré comme une source possible de contamination.

Plusieurs éléments déficients de l’organisation du travail liés à la prévention et au contrôle des infections (PCI) ont été rapportés par les participants :

  • Une forte proportion (44 %) n’a reçu aucune formation ou a seulement reçu de l’information écrite ou affichée sur la PCI.
  • De nombreux participants ont signalé dans leurs commentaires avoir reçu des recommandations incohérentes et confuses en raison des changements fréquents, de problèmes d’harmonisation entre services et installations, rendant difficile le respect des mesures en PCI.
  • Entre 20 % à 30 % rapportent avoir travaillé dans plus d’une installation durant la période étudiée, et 10 % ont travaillé dans 3 installations différentes et plus. Ce mouvement de personnel était notamment associé à la précarité de certains emplois et au manque de personnel.
  • Lors de soins à des patients suspectés ou confirmés COVID-19, 40 % d’entre eux n’ont pas toujours porté l’équipement de protection individuelle (ÉPI) durant les premières semaines de la pandémie. Ce pourcentage diminue à 10 % à la fin de la période étudiée.
  • Les principales raisons évoquées pour ne pas porter l’équipement de protection individuelle sont le manque d’équipement ou la difficulté d’accès à l’équipement. Il est également arrivé que l’équipement soit inadapté ou de mauvaise qualité.
  • Quatre-vingt-huit pour cent (88 %) rapportent se laver de façon systématique les mains après chaque contact avec un patient. Pour ceux qui rapportent ne pas l’avoir toujours fait, les principales raisons évoquées sont le manque de matériel (ex. lavabo ou solution hydroalcoolique), la charge de travail et le manque de temps.
  • Les participants ont relevé des problèmes d’accès aux tests diagnostiques, de manque de fiabilité des résultats et des délais de réponses ayant, selon eux, contribué à la transmission du virus.
  • Des problèmes de leadership et de gestion locale de la pandémie ont été déplorés par de nombreux participants en raison d’un manque de transparence, de communication, d’écoute, de soutien.
  • En début de pandémie, moins du tiers pratiquent systématiquement la distanciation physique avec les autres travailleurs de la santé durant les repas ou portent toujours un masque s’ils sont à moins de 2 mètres de leurs collègues. Ce pourcentage demeure en bas de 60 % à la fin de la période étudiée. Le non-respect de la distanciation physique était expliqué dans certains commentaires par les contraintes de l’environnement physique (ex. : travail collectif dans un local étroit).

Autres résultats 

  • 2,5 % des participants ont été hospitalisés à cause de leur COVID-19. Près des deux tiers ont subi une perte d’odorat ou de goût. L’arrêt de travail dû à la COVID-19 a duré environ un mois.
  • La COVID-19 s’est transmise à près d’un tiers des membres des ménages des travailleurs ayant participé à l’étude.
  • La pandémie de COVID-19 et les problèmes rencontrés par les travailleurs de la santé ont eu un impact émotionnel sur ces travailleurs qui s’est traduit par un sentiment d’abandon, de la détresse psychologique, de la culpabilité d’avoir infecté une personne de l’entourage professionnel ou personnel (parfois décédé), de la frustration et aussi de la colère.

Par voie d’un communiqué de presse, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a dit prendre acte du rapport d’enquête en rappelant que «d’importantes leçons ont été tirées de la première vague de la pandémie. C’est pourquoi il appert important de rappeler que de nombreuses actions ont été déployées au cours des derniers mois afin de préparer efficacement le réseau pour la deuxième vague qui affecte présentement le Québec et d’assurer la sécurité du personnel».

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