Natation: déterminer à performer malgré son handicap visuel

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Par Vincent Lambert
Natation: déterminer à performer malgré son handicap visuel
Antoine Saint-Germain s’est joint aux Loutres de Granby il y a un an et il souhaite gravir les échelons pour atteindre les hauts sommets. (Photo : Gracieuseté-Loutres de Granby)

NATATION. Né avec un handicap visuel, Antoine Saint-Germain mord tout de même dans la vie. Sa situation ne l’empêche pas de savourer sa passion pour la natation. Sa détermination et son engagement lui permettent d’apprendre rapidement. Il ne vise rien de moins que d’atteindre les plus hauts sommets dans son sport d’ici quelques années.

«J’aimerais ça gravir les échelons, confie le jeune nageur de 16 ans. C’est un projet à long terme la natation. J’aimerais ça en faire pour l’université. J’aimerais ça me rendre aux paralympiques. […] Nadine [Rolland] pense que ça va être faisable dans quelques années, donc ça m’encourage encore plus.»

Ses entraîneurs Nadine Rolland (spécialiste de la technique) et Frédérick Asselin (responsable du volet entraînement hors piscine) travaillent avec lui depuis maintenant un an. Et plus il se développe, plus ils sont impressionnés.

«Je l’ai rencontré et la connexion s’est faite, indique l’ex-olympienne. On savait qu’Antoine serait bien accueilli parmi les Loutres. J’ai découvert un jeune homme complètement wow, au-delà de mes attentes au niveau de l’autonomie. Il se débrouille vraiment super bien. Il prend ses repères. Souvent, je le matche avec un autre pour aller plus vite ou pour l’amener au vestiaire. Il s’est vraiment bien intégré dans l’équipe.»

«Antoine, on apprend encore à le connaître, ajoute pour sa part Frédérick Asselin. Plus j’en vois, plus je suis impressionné […]. Je dois donner le crédit à lui-même parce que c’est un jeune homme passionné. Il aime toucher à tout. Il fait les choses à la perfection.  Ça m’a grandement frappé. Il a un problème visuel alors la proprioception est problématique évidemment. Mais il a un sens corporel vraiment affûté.»

Quand il parle des Loutres, Antoine Saint-Germain a un sourire dans la voix. Il apprécie son expérience et les personnes qui l’entourent.

«Sérieusement, c’est vraiment exceptionnel comme équipe, relate-t-il. On a vraiment un bel esprit d’équipe, toute la gang ensemble. Tout le monde s’entend bien. Les coaches sont vraiment géniaux. Je m’améliore vraiment rapidement avec eux. C’est sûr que je vais rester le plus longtemps possible dans l’équipe.»

Pas de limite

Parce que son nerf optique est atrophié, Antoine Saint-Germain doit vivre au quotidien avec une vision qui est très faible. Il ne voit presque rien de l’œil gauche alors que sa vision de l’œil droit est à 20 sur 200 environ.

«Je suis capable de voir les formes, les couleurs, mais je ne suis pas capable de voir de détails, explique le principal intéressé. Je ne vois pas de loin.»

Lorsqu’il nage sur le ventre, Antoine Saint-Germain peut voir la ligne du fond, mais quand il est sur le dos, il manque parfois les drapeaux et ne voit pas bien les autres nageurs autour de lui. Malgré tout, cela ne l’empêche pas de s’amuser et de poursuivre son développement. Ses entraîneurs trouvent des façons personnalisées pour l’aider.

«C’est un jeune qui écoute beaucoup, note Nadine Rolland, qui lui trouve des similitudes avec le nageur Benoît Huot au niveau physiologique. Ce qui est vraiment fantastique pour un entraîneur. Parce qu’il n’a pas la vision, son sens de l’ouïe est très développé. C’est très agréable parce que lorsque je parle de technique, son cerveau est capable de le conceptualiser et après ça de l’appliquer dans l’eau. Et c’est vraiment au cours de l’année que j’ai vu des améliorations notables. Ce que je lui demande de faire, il le fait très bien.»

Les Loutres ont permis à Antoine Saint-Germain, qui se trouve dans la catégorie S13, d’améliorer sa technique. Et son avenir est prometteur avancent les deux entraîneurs.

«Je pense que c’est le temps qu’il va passer dans l’eau et ce qu’il apprend qui va faire qu’il va nager de plus en plus vite, affirme Nadine Rolland. À ses yeux, il n’y a pas de limites. À mes yeux non plus. Ça dépend de lui comment il veut s’investir et combien d’années il veut nager.  Mais je pense qu’il peut nager très vite, d’ici quatre ans je dirais. Je pense que s’il continuer à nager, il y a de belles portes qui vont s’ouvrir pour lui. Je pense que c’est un jeune qui a une motivation intrinsèque importante. Ce n’est pas tous les jeunes qui ont ça. Il est très déterminé et il n’a pas peur de faire des efforts.»

«On pense qu’Antoine a quand même du potentiel, poursuit Frédérick Asselin. Dans sa catégorie, ça roule très vite au monde. Est-ce que c’est possible? Je pense que oui, surtout avec la volonté qu’il a et [son] amour de la natation.»

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