Rejet d’eaux usées: Granby figure au 40e rang des municipalités les moins performantes de la province

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Par Eric Patenaude
Rejet d’eaux usées: Granby figure au 40e rang des municipalités les moins performantes de la province
Selon la Fondation Rivières, la Ville de Granby décroche la 20e position sur les 50 municipalités scrutées au chapitre de l'indice d'intensité des déversements. Cette mesure est basée sur le débit de la station d’épuration, de la taille de l’ouvrage et de la durée de chaque déversement. (Photo : GranbyExpress-Éric Patenaude)

ENVIRONNEMENT. Malgré les améliorations apportées au réseau d’infrastructures ces dernières années, les déversements d’eaux usées dans la nature se poursuivent à la ville de Granby. Seulement en 2019, pas moins de 372 surverses ont été comptabilisées, selon le palmarès annuel de la Fondation Rivières.

D’après les données publiées récemment par la Fondation, Granby occupe le 40e échelon du recueil des 50 municipalités qui se sont démarquées en matière de déversements, l’an dernier.

La Fondation a par ailleurs classé les municipalités du Québec selon l’indice d’intensité des déversements. Les responsables de cette démarche expliquent qu’il n’existe pas de données sur la quantité d’eaux usées qui s’échappe dans les plans d’eau en cas de déversement et qu’il leur paraissait pertinent de développer un indice basé sur le débit de la station d’épuration, de la taille de l’ouvrage et de la durée de chaque déversement. À ce chapitre, la Ville de Granby décroche la 20e position sur les 50 municipalités scrutées.

«On aurait aimé faire un palmarès sur l’amélioration de la situation. Le problème, c’est que la qualité des données est manquante encore. On n’est pas capable de comparer parce qu’il y a beaucoup de données qui se glissent entre les craques du plancher en ce moment», explique André Bélanger, directeur général à la Fondation Rivières.

Mais au-delà du positionnement au classement des pires localités en termes de déversements, André Bélanger accorde toutefois plus d’importance à l’indice d’intensité.

«Moi, je préfère parler d’intensité parce qu’elle est plus représentative de la quantité d’eau qui aurait pu se retrouver dans l’environnement (…). «Pour l’ensemble du Québec, de voir Granby au top 20 de l’indice d’intensité, c’est pas acceptable. Granby et Saint-Jérôme (44e avec 348 surverses, 15e au classement de l’indice d’intensité) ont sensiblement le même problème, c’est-à-dire qu’elles ont eu peu de déversements en nombre, mais ça touche des stations plus importantes», soutient M. Bélanger, de la Fondation Rivières.

Selon la Fondation Rivières, plus 60 000 déversements ont eu lieu dans la province entre janvier et décembre 2019.

Pas une surprise

Pour le directeur de l’Organisme du bassin versant de la Yamaska (OBVY), Alex Martin, l’exercice réalisé par la Fondation Rivières doit être pris dans son contexte.

«Si on se rapporte 40 ans en arrière, on n’aurait pu parler de 100 % de déversement puisqu’il n’y avait pas d’usine (d’épuration des eaux). 40 ans plus tard, les consciences environnementales ne sont plus les mêmes. On est maintenant outré par ces déversements.»

Avec l’émancipation des villes et le vieillissement du réseau d’infrastructures, il ne faut pas s’étonner d’observer autant de surverses, selon M. Martin.

«Les réseaux ont été conçus pour traiter l’eau résidentielle, commerciale et industrielle. On parle ici d’un volume d’eau régulier, mais pas pour d’immenses coups d’eau (forte pluie, fonte des neiges) (…).» «Et dans bien des cas, les réseaux sont combinés (pluvial et sanitaire) et c’est ça l’enjeu. Quand il pleut, l’eau se mélange aux eaux usées et se rend ensuite à la rivière parce que c’est prévu comme ça. Maintenant quand les villes refont des rues, elles en profitent pour les séparer (les conduites).»

Alex Martin croit par ailleurs qu’il est aussi du devoir du citoyen de faire sa part, entre autres, en débranchant les gouttières de sa résidence. «À qui appartient cette eau? C’est notre eau à nous. On peut donc jouer un rôle pour réduire les surverses.»

Modernisation en cours

Enclenché depuis déjà quelques années, le processus de modernisation du réseau d’infrastructures continue à la Ville de Granby. Seulement cet été, la Ville a notamment procédé au remplacement des conduites dans le secteur des rues Young et Rutherford. Et l’an prochain, ce sera une partie de la rue Principale qui fera peau neuve dans le cadre de la revitalisation du centre-ville.

«Avec les années, on essaie de rattraper comme le font beaucoup de villes en faisant des séparations de réseaux. Chaque année, on investit énormément pour enlever des puisards de notre réseau qui sont envoyés directement à des points où l’on sait qu’il va y avoir des déversements», mentionne Benoit Carbonneau, directeur du service de la planification et de la gestion du territoire à la Ville de Granby.

Du côté de la Ville, on précise qu’il reste environ 50 % du réseau combiné à diviser.

«Notre plan de gestion des débordements est fait pour les développements à venir. On sait que pour les cinq prochaines années, on ne débordera pas plus qu’aujourd’hui. Même que ça devrait diminuer», conclut M. Carbonneau. Avec la collaboration de Claude Hébert.

Nombre de déversements à Granby

-2015: 286

-2016: 222

-2017: 314

-2018: 403

-2019: 372

Source: Fondation Rivières

 

Durée des déversements à Granby

-2015: 762h

-2016: 927h

-2017: 1348h

-2018: 1398h

-2019: 1590h

Source: Fondation Rivières

 

 

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