Sur la route des coursières

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Par Sarah Villemaire
Sur la route des coursières
Toutes droit venu de Montréal, Mélanie Binette et Karine Galarneau ont mises sur pied le projet Les coursières de l'Outlet Road aujourd'hui la Route 112 afin d'offrir un retour aux sources des moyens de communication au 20e siècle. (Photo : Granby Express_Sarah Villemaire)

CULTURE.C’est muni de leur diligence que les deux artistes Mélanie Binette et Karine Galarneau ont parcouru la semaine dernière les rues de Granby à la rencontre de leurs correspondants. Cette étape symbolique a marqué la fin du projet Les coursières de l’Outlet Road visant à remettre au goût du jour le lien de correspondance vivant tout en incitant à la réflexion sur notre rapport au temps à travers la communauté granbyenne.  

Cela fait plus d’un an et demi que les deux femmes ont déposé leur projet d’art infiltrant au 3e impérial, un centre d’essai en art visuel. Candidature retenue, Mélanie Binette et Karine Galarneau ont entamé en juin 2019 leur résidence de prospection. L’idée de départ était claire; reconstituer le modèle de diligence grandement présent au 20e siècle. Au fil des années, la pratique de correspondance par la poste s’est perdue, entre autres, par l’avancée technologique des moyens de communication. Un médium, qui selon elles, mérite encore une attention particulière à une  époque où le temps nous file parfois entre les doigts. «On trouvait intéressant de ramener l’idée du début de la diligence, car, il fallait attendre une semaine avant de recevoir une lettre. Avec la révolution des communications et de l’évolution des moyens de transport, on est rendu déconnecté de la territorialité de la communication. On veut ramener l’idée qu’un message, ça se transporte sur un long territoire», explique Mélanie Binette. Après de nombreuses recherches à ce sujet, les deux artistes se sont lancées dans le processus créatif. S’improvisant coursières sur le plan artistique, les deux filles ont proposé un projet de correspondance intergénérationnel. Au courant des derniers mois, quelques aînés des Résidences Soleil Manoir Granby ont correspondu avec des employés de travaillant dans l’ancienne usine Imperial Tobacco de Granby. En tout, neuf duos de correspondants se sont formés. Entre deux aquarelles, les coursières ont procédé à des ateliers d’écriture avec les aînés et ont acheminé les lettres aux destinataires

Une belle adaptation en temps de crise

Une situation à laquelle les deux artistes n’avaient pas pensé dans leur processus de création est bien entendu l’arrivée de la COVID-19. Bien qu’imprévisible, la pandémie a quelque peu modifié le processus créatif des artistes tout au long du parcours. Ayant débuté le projet avec les aînés et travailleurs avant la crise sanitaire, les liens étaient alors créés entre les correspondants. Après une pause printanière, les correspondances ont repris de plus belle cet été pour se rendre au sprint final de la semaine dernière. Pour clore le tout sur une bonne note, les coursières ont repensé autrement le dévoilement du projet final.  «On a réfléchi le projet autrement. La fin du parcours n’aurait pu être la même s’il n’avait pas eu la pandémie. Comme il n’y a pas de rassemblement possible, on va visiter avec notre chariot tous les gens qui ont été dans le projet. Il y a quelque chose d’assez incroyable, car les gens ne reçoivent pas beaucoup de visites ces derniers temps et ils sont vraiment contents de nous voir accoutrés en factrice», souligne Karine Galarneau. Encore sur leur nuage, les deux artistes sont grandement satisfaites du résultat final sur le plan artistique, mais d’autant plus sur le plan humaniste. «Pour nous, la fin du projet a tellement de sens. Le fait de faire des visites un à un a tellement apporté de beaux moments. En ce moment, les gens ont besoin de ce genre de projets là, car l’année a été rough, affirme Mélanie Binette. Terre d’accueil des derniers mois, les deux artistes gardent de très bons souvenirs de la Ville de Granby. «On réside dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal et il y a un parallèle à faire entre les deux endroits à cause de son passé ouvrier, la densité du centre-ville et le côté chaleureux des gens. On se sent comme à la maison ici», explique Karine Galarneau.

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