Attention aux «fauxtographes»

Par Ugo Giguere
Attention aux «fauxtographes»
Stefany McLean et Mélissa Lussier triment dur pour gagner leur vie comme photographe et dénoncent les pratiques malhonnêtes dans l'industrie.

VOL. Le fléau du téléchargement illégal est bien connu dans le domaine de la musique et du cinéma, mais ces deux disciplines n’ont pas le monopole du vol en culture. Des photographes d’ici ont fait une sortie remarquée sur les réseaux sociaux pour dénoncer le phénomène des «fauxtographes».

Mélissa Lussier et Stéfany McLean ont été au cœur d’une discussion animée sur Facebook en lien avec la fausse représentation d’une photographe de Granby. Les deux professionnelles de la lentille dénoncent qu’une collègue s’accapare des images glanées sur le web et y ajoute sa signature en laissant croire qu’il s’agissait de son propre travail.

Avec les réseaux sociaux et l’accessibilité du web, les photographes sont devenus vulnérables au vol de leur matériel. Les deux femmes ne s’attendaient toutefois pas à ce que ce genre de comportement se produise ici dans la région.

Depuis le dévoilement au grand jour de la supercherie, ladite photographe a fait disparaître son profil Facebook professionnel.

«Ici, c’est tout petit comme milieu. Ça fait environ un an et demi que ça dure, mais je gardais ça pour moi, je ne voulais pas que ça passe pour de la jalousie», raconte Stéfany McLean.

La page Facebook de la photographe, dont nous avons choisi de taire le nom, était tapissée d’images volées sur le web auxquelles elle ajoutait sa signature professionnelle.

«Dès le début, le premier mois, elle a volé des photos de quelqu’un de Saint-Hyacinthe, je l’ai avisé et la personne a demandé que les photos soient retirées», se souvient la dénonciatrice.

Pour entretenir le mensonge et faire croire à ses réalisations, la personne derrière la page inventait de fausses histoires à propos des sujets sur la photo. «Smash cake d’Amélia & Judith», peut-on lire par exemple dans la légende d’une image noire et blanc trafiquée à partir d’une photo couleur trouvée sur le web.

Sous une autre image de grande qualité d’un portrait de visage féminin, la «fauxtographe» a inscrit «Audrey ton DVD est prêt, voici un preview». Le magnifique portrait a malheureusement été lui aussi volé à un autre artiste.

Au-delà des violations de droits d’auteur, Mélissa Lussier tient surtout à mettre en garde le public dans le choix de leur photographe. «Les gens voient les photos et s’attendent à un niveau de qualité, mais ce n’est pas le résultat qu’ils reçoivent», prévient-elle.

Défendre ses droits

Des logiciels comme TinEye et Google permettent de rechercher une photo afin de vérifier si celle-ci est une œuvre originale ou si elle a été copiée d’un autre site. Ces outils ont permis de démasquer la photographe au cœur de la controverse.

Me Pierre-Marc Gendron, du cabinet Therrien Couture avocats, connaît bien la Loi sur les droits d’auteur. Selon, lui il existe deux moyens pour un photographe de faire cesser l’utilisation non autorisée de ses images, soit l’envoie d’une mise en demeure ou le recours à une injonction.

«Si nos droits sont entachés, il faut les faire respecter. On peut faire fermer la page pour violation de droits d’auteur», mentionne-t-il. Toutefois, il n’est pas facile d’obtenir compensation pour une utilisation frauduleuse d’une œuvre visuelle. «On a tout le fardeau de faire la preuve du dommage. Il faut voir comment c’est quantifiable, mais c’est difficile d’établir un chiffre», convient Me Gendron.

La loi sur le droit d’auteur prévoit tout de même des compensations statutaires, variant entre 500$ et 20 000$, à la discrétion du tribunal. Avant d’entreprendre des procédures, il faut par contre s’assurer que les honoraires d’avocat ne seront pas plus onéreux que l’hypothétique dédommagement.

Comment démasquer un «fauxtographe»?*

Le style. Les images dans son portfolio web ou sa page Facebook présentent des écarts importants de qualité. Est-ce que les couleurs, les décors ont une constance?

Le prix. Un photographe professionnel connait la valeur de son talent, de son temps, paye des impôts, a du matériel de qualité, des assurances, etc. Quand les images sont magiques et le prix ridicule, vous avez affaire à quelqu’un qui n’y connait pas grand-chose.

L’entreprise. Un photographe sérieux a un numéro d’entreprise, il fournit une facture avec des numéros de taxes, a un site web, a des assurances, etc.

La rencontre. Rencontrer le photographe en personne et demander à voir des images imprimées. Une excellente façon de savoir si vous avez confiance en cette personne, de voir son environnement, etc.

La série. Si vous aimez une photo en particulier, demandez à voir plusieurs images d’une même série ou d’un même évènement.

L’instinct. Si vous ressentez un malaise ou si vous doutez du photographe devant vous, passez au suivant.

*Source: Karine Huard, photographe. www.karinehuard.com.

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