«C’est un accident» – le conjoint de la victime

«C’est un accident» – le conjoint de la victime
Le chariot élévateur conduit par Cynthia Hardy s’est renversé latéralement. La victime s'est retrouvée coincée sous l'engin.

«Je leur en voulais au début, mais je ne les blâme pas pour l’accident. C’est un accident». En entrevue avec GranbyExpress.com, Martin Gosselin, le conjoint de Cynthia Hardy qui a perdu la vie, en janvier chez Sani-Eco, est serein avec les conclusions du rapport que la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST)  rendu public mercredi, même s’il sait que cela ne ramènera pas son amoureuse. Dans le document, l’organisme ne blâme ni l’employée, ni l’entreprise.

Le 23 janvier 2013 est une date qui restera gravée dans la mémoire de Martin Gosselin, qui s’en souvient comme si c’était hier. Par un heureux hasard, le froid polaire annoncé cette journée-là a fait en sorte que Martin Gosselin s’est levé plus tôt qu’à l’habitude. «J’ai pu la serrer dans mes bras, l’embrasser et lui dire que je l’aimais», raconte-t-il, les yeux dans l’eau. «Normalement, quand je me lève, elle est déjà partie.»

À 9h00, dit-il, il avait un mauvais «feeling», mais il ne savait pas encore que sa conjointe des cinq dernières années avait déjà perdu la vie. «À la pause, on se texte et je n’avais rien. Je n’en ai pas fait de cas parce qu’où je travaille, je n’ai pas tout le temps de signal», dit-il. Il remet ça à l’heure du dîner. Toujours rien. «Le gars qui s’occupe de la CSST au travail est venu me chercher et m’a dit que j’avais un appel dans le bureau. C’est tout sauf normal ça. Il y a un policier de Granby qui m’a dit que Cynthia avait eu un accident et que des policiers de Bromont allaient venir me voir», se souvient péniblement M. Gosselin.

Même s’il se doutait que c’était grave, il la textait frénétiquement, sans réponse. «Ça a pris 20 minutes et deux flics de Bromont sont venus me voir…», dit-il, incapable de finir sa phrase. «Excusez-moi, je suis encore fragile. C’est cinq ans», ajoute-t-il, alors que des larmes coulent sur ses joues.

Cette journée-là, Cynthia Hardy avait débuté son quart de travail vers 7h10. Pendant 1h30, elle a effectué diverses manœuvres avec son chariot élévateur, jusqu’à qu’elle dirige son engin à reculons vers la rampe d’accès où elle a frappé un muret de béton. Le chariot élévateur s’est renversé latéralement. Cynthia Hardy a alors été éjectée et s’est retrouvée coincée entre le sol et le cadre de protection du chariot.

Deux causes

À priori, trois causes plausibles ont été identifiées par les enquêteurs de la CSST, mais seules deux d’entre elles ont été retenues. Dans un premier temps, quelques instants avant le drame, Cynthia Hardy, une Waterloise de 35 ans, a emprunté, en marche arrière, une pente qui la menait vers la porte 5 de l’usine située sur la rue Édouard à Granby. «La cariste dirige son chariot élévateur vers la contrepente droite, heurte l’extrémité du muret de béton puis se renverse sur le côté», lit-on dans le document de 36 pages. La CSST retient donc la collision avec le muret et le renversement du bolide comme première cause.

De plus, au moment des événements, Cynthia Hardy ne portait pas sa ceinture de sécurité. Cela a eu pour conséquence de la faire chuter. «La travailleuse s’est retrouvée écrasée entre le sol et la structure de protection du chariot élévateur», indique la CSST.

Pourtant, Mme Hardy avait suivi une formation sur la sécurité. Des mesures de surveillance avaient aussi été mises en place par Sani-Eco. «Une surveillante de cour avertit les travailleurs lorsqu’il y a manquement qui vise, par exemple les casques, les dossards, la ceinture, le klaxon, la vitesse. Chaque manquement est consigné dans un registre et Cynthia Hardy n’avait jamais eu de manquement à la sécurité», mentionne Julien Bérubé. Le visionnement des caméras de sécurité permet aussi de constater que le matin même, Mme Hardy avait bouclé, à au moins deux reprises, sa ceinture de sécurité. «Pour ces deux fois, on l’a voyait clairement s’attacher. Elle avait le réflexe de boucler sa ceinture. Les raisons et les explications à savoir pourquoi elle n’était pas attachée, ça reste indéterminé. On ne connait pas le moment exact où elle s’est détachée», enchaîne M. Bérubé.

La glace?

Outre la collision avec un muret de béton et le non-port de la ceinture de sécurité, la présence de glace sur la pente d’accès a été étudiée par l’organisme gouvernemental. Malgré les -23 degrés Celsius au thermomètre, du vent et la présence de glace sur la surface empruntée, la CSST a rejeté la thèse du dérapage. «Par les caméras de surveillance, on a pu voir Mme Hardy emprunter à six reprises la pente, et ce, sans problème», précise Julien Bérubé, inspecteur à la CSST.

La présence d’une trace de pneus complètement droite dans la neige témoigne de l’absence de dérapage. «Avant l’accident, il y a eu un va-et-vient pendant 35 minutes sur cette pente. Le travailleur a dit que ce n’était pas glissant. Il n’y a aucun élément qui laisse croire à un dérapage ou à une tentative de virage», concède M. Bérubé.

Sani-Eco soulagée

Dans son rapport d’enquête, la CSST ne blâme pas Sani-Eco. L’expertise effectuée sur le chariot élévateur impliqué dans l’accident mortel démontre qu’il était en bon état et était conforme. Il possédait également un dispositif de sécurité fonctionnel. L’enquête a aussi démontré que Cynthia Hardy avait été formée selon les règles de l’art, que l’environnement de travail était adéquat et qu’une politique surveillance avait été mise en place. Le seul correctif que Sani-Eco a dû apporter, à la demande de la CSST, c’est de bloquer l’accès à la contrepente. Deux ballots de carton, pesant 1 800 lbs chacun, ont été installés. Ce mur est d’une hauteur de 42 pouces.

Si les conclusions du rapport de la CSST n’effacent pas la mort de Cynthia Hardy, l’entreprise Sani-Eco se dit satisfaite. «Ça n’enlève pas le décès qui nous attriste énormément. Il y a quelqu’un qui a perdu une fille, une blonde, une amie. En tant qu’entreprise, s’il y a bien quelque chose qu’on ne veut pas avoir, c’est un décès, qu’on soit responsable ou non. C’est très lourd. Mais le rapport démontre qu’on travaille bien», indique Sylvain Gagné, copropriétaire de Sani-Eco.

 

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