Des infirmières à bout de souffle appelent à l’aide

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Par Eric Patenaude
Des infirmières à bout de souffle appelent à l’aide
Des membres de la FIQ-SPSCE sont sortis de leur mutisme, cet avant-midi, afin de dénoncer les conditions de travail dans lesquelles ils doivent travailler notamment du côté de l'Hôpital de Granby. (Photo : GranbyExpress-Éric Patenaude)

SANTÉ. Une vingtaine d’infirmières de la FIQ-Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE) ont fait une sortie en règle ce samedi devant l’Hôpital de Granby pour dénoncer l’état critique du réseau de la santé à deux jours du scrutin du 3 octobre. 

Un taux d’occupation des civières dans les urgences chiffré à 113 %, 405 personnes en attente d’hébergement permanent, plus de 12 000 personnes en attente de chirurgie, dont 1775 depuis plus d’un an, plus de 630 départs de professionnels de la santé. Le portrait actuel du réseau de la santé en Estrie laisse présager des semaines et des mois à venir encore plus pénibles pour le personnel déjà à bout de souffle, selon la présidente par intérim de la FIQ-SPSCE, Stéphanie Goulet. 

«Les conditions de travail se sont détériorées à un point tel que nos membres nous disent: sauve qui peut.» «On a 2500 membres qui ont signé un contrat d’engagement de 15 000 $ en novembre et décembre dernier pour rester travailler à temps complet pendant un an à la suite de la décision du ministre Dubé. De nombreuses personnes nous ont fait savoir qu’elles allaient quitter pour une retraite anticipée ou carrément changer de carrière à la fin de ce contrat», a indiqué Mme Goulet.  

Selon le syndicat, des bris de services sont sur le point de survenir dans les hôpitaux de Granby et de Cowansville et ailleurs dans le réseau de la santé estrien. «Nos membres sont tenus en otage sur les lieux de travail, on leur demande continuellement de faire des 16 heures de travail la fin de semaine et même la semaine (…). On est ici aujourd’hui pour interpeller le futur gouvernement qui sera élu lundi soir. Ce qu’on vous demande, c’est de vous mettre au travail et de vous mettre vous aussi en temps supplémentaire obligatoire afin de trouver des mesures structurantes et surtout négociées», a déclaré Stéphanie Goulet, de la FIQ-SPSCE.

Pour renverser la situation, la FIQ-SPSCE réclame des solutions notamment l’adoption d’une loi sur des ratios sécuritaires et l’instauration d’incitatifs financiers significatifs et négociés. «La population a droit à des services  humains de qualité. Nos membres ont aussi droit au respect», a fait savoir la représentante de la FIQ.

Des cris du coeur

Épuisées, surchargées et sur le point de craquer, des infirmières de Granby et de Cowansville ont profité  de la tribune pour dénoncer leur milieu de travail qui, selon elles, est au bord du gouffre.

«La sécurité des patients est souvent à l’enjeu. On doit prioriser des soins pour pouvoir distribuer la médication, faire l’hygiène de base et l’alimentation. Les signes vitaux, on les mets de côté, on ne fait pas marcher les patients…on les laisse au lit, car on va au minimum avec les ressources que l’on a (…). En 15 ans, je n’ai jamais vu autant de démissions pour aller au privé ou pour occuper un autre emploi», a confié Mélanie Cabana, infimière-auxiliaire à l’Hôpital de Granby.

Changement d’horaire de dernières minutes, quarts de travail prolongés, congés refusés, vie personnelle et familiale affectée. Le verre est sur le point de déborder pour plusieurs infirmières. C’est le cas de Vanessa Lavigne, infirmière au bloc opératoire à Granby. «Au bloc opératoire, on est à temps complet du lundi au vendredi, mais on a aussi des gardes à assurer pour un service d’urgence de 24 heures. On est entre neuf et 12 infirmières qui font des gardes et on est censé être 24. Notre tour vient vite (…). Nos gardes ont augmenté de 50-60 % dans les dernières années, on fait tous deux gardes par semaine et une garde aux trois, quatre semaines…on est tous en train de s’épuiser. C’est du TSO (temps supplémentaire obligatoire) caché (…). Ma fille de 7 ans me demande de changer d’emploi.»

«Nous avons fait une sortie publique il y a plus d’un an pour dénoncer nos conditions de travail et le TSO. Nous sommes malheureusement au même point. Le TSO, c’est à toutes les semaines (…). Il faut arrêter de se mettre la tête dans le sable… le système public de la santé s’effondre. Le gouvernement doit agir», a commenté Stéphanie Lapointe, assistante-infirmière en chef à l’urgence de l’Hôpital BMP.

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