Des paroissiens pleurent la vente de «leur» église

Par Ugo Giguere

La nouvelle était attendue, mais le choc demeure entier pour les paroissiens de Notre-Dame. Leur église, «l’église mère» de Granby, est cédée à la Ville. Un clocher à 1M$, des fenêtres qui fuient et des factures de chauffage à 10 000$ par mois en hiver auront eu raison de la plus petite paroisse de la municipalité.

Après avoir annoncé la nouvelle aux fidèles lors des messes de samedi et dimanche, le curé Serge Pelletier et le président de la fabrique Pierre-Paul Gingras ont rencontré les médias lundi matin. Avec l’accord de l’évêque Mgr François Lapierre, la paroisse cède son église pour 1$ à la Ville de Granby.

Lundi soir, GranbyExpress.com a assisté à une soirée d’information à laquelle une cinquantaine de paroissiens ont répondu présents. La perte de leur lieu de culte représente tout un défi pour les fidèles et leur foi chrétienne. Certains se plaignent du manque de solidarité des autres paroisses, d’autres aimeraient le retour des revenus du bingo et une personne a même accusé le curé de favoritisme!

«Je ne vais pas me fâcher, mais j’en ai envie. Je n’aime pas St-Eugène, je n’aime pas Notre-Dame et je n’aime pas St-Joseph. Je n’aime pas les lieux, j’aime les gens. J’essaie d’aimer les gens», a répliqué le curé Serge Pelletier devant une boutade d’un paroissien qui insinuait qu’il «aimait bien St-Eugène». Il faut savoir que le curé Pelletier habite le presbytère St-Eugène.

En tant qu’homme d’Église, le guide de la paroisse a invité sa communauté à vivre sa foi autrement, à s’adapter à son époque. «Est-ce qu’on peut faire des assemblées dans nos maisons? Je suis ouvert à ça, a-t-il indiqué. Il faut apprendre à fraterniser, à être des frères et sœurs. Je pense qu’on n’a pas mal de chemin à faire là-dessus.»

Le sujet des bingos est aussi venu s’insérer dans la discussion. Ces soirées de sous-sol d’église ont longtemps représenté une manne. Aujourd’hui, ces jeux d’argent sont concentrés dans un immeuble de la rue Bourget et sont gérés par Loto-Québec.

«Ce sont devenues des salles de jeu. Avant, les gens venaient pour donner à l’église en s’amusant. Maintenant, les gens jouent pour gagner de l’argent. Je ne suis pas à l’aise d’être associé à une salle de jeu», a soutenu le curé appuyé par une majorité de paroissiens.

Rencontrée à la sortie de l’église, Rita Fontaine-Labrecque n’a pas caché que la nouvelle l’avait ébranlée. La dame de 82 ans est une fidèle paroissienne de Notre-Dame depuis 40 ans. Elle aurait aimé que les paroisses mieux nanties de la ville viennent en aide à l’église mère.

«Pendant des années, on a donné à toutes les autres et là, personne ne vient nous aider», a-t-elle déploré. À ses côtés, Denis Desjardins poursuit la même réflexion. «On donne, mais l’ascenseur ne revient pas.»

Pour M. Desjardins, si le projet de bibliothèque défendu par le maire Richard Goulet pouvait se concrétiser, il s’agirait d’une bonne nouvelle. Le citoyen qui se dit peu pratiquant croit que la bibliothèque permettrait de préserver l’intégrité du patrimoine.

Mission impossible

Pierre-Paul Gingras a comparé la situation de la Fabrique Notre-Dame à une «mission impossible». D’année en année, l’organisme perd entre 20 000$ et 50 000$. Une situation qui perdure depuis déjà plusieurs années. Cette année, la Fabrique affiche déjà un déficit alors qu’on termine à peine le huitième mois.

L’équation est simple, Notre-Dame est la plus grande église de Granby, l’une des plus grandes du diocèse, mais elle compte la plus petite communauté. La pratique religieuse est en baisse, les contributions chutent, alors que toutes les dépenses augmentent.

Pour illustrer le gouffre financier auquel fait face la paroisse, Serge Pelletier a révélé que le clocher nécessitait des travaux d’un million de dollars pour qu’il soit sécuritaire. En contrepartie, il rappelle que les concerts de la Fondation du CHG qui remplissent l’église pendant deux soirs ne rapportent que 45 000$!

«On a aussi organisé une vente de garage. On a récolté un gros 110$… peut-être 140$», a-t-il blagué. Toutes les avenues ont été envisagées, dont celle de vendre à des intérêts privés. L’évêché n’était cependant pas chaud à l’idée. Le curé Pelletier a évoqué les épisodes de St-Fabien à Farnham et de l’église de Pike River qui se sont soldés en désastres.

Pas de changements

Bien que la nouvelle soit annoncée et que la Ville de Granby va officiellement devenir propriétaire de l’église sous peu, rien ne change pour le moment. Les messes, les baptêmes, les mariages, les organismes communautaires au sous-sol, toutes les activités se poursuivent de façon normale.

Le maire Richard Goulet a d’ailleurs donné le feu vert à la Fondation du CHG pour la tenue de son spectacle de Noël 2013! Celui-ci dit privilégié le projet de bibliothèque, mais il doit d’abord obtenir l’accord du conseil, ensuite rencontrer les citoyens et finalement obtenir du financement à Québec et Ottawa.

De nombreuses étapes doivent aussi être respectées avant la fermeture de l’église. Entre autres, la sépulture du curé Gill, enterré au sous-sol doit être déplacée vers un cimetière. On devra aussi disposer des objets sacrés et à une vente aux enchères pour le reste du mobilier.

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