Explosion de cas d’intoxication chez les jeunes à l’urgence de Granby

Par Caroline Boisclair

En 2012-2013, 43 jeunes intoxiqués par l’alcool, les médicaments ou la drogue ont consulté l’urgence de Granby. Si la tendance se maintient, le nombre grimpera à 65 en 2013-2014, une augmentation de 51%. Alertés par cette forte augmentation, de nombreux intervenants des milieux scolaire, communautaire et policier s’unissent au CSSS de la Haute-Yamaska afin de sensibiliser la population à cette troublante réalité.

L’intoxication aux médicaments représente 74% des cas reçus à l’urgence de Granby, tandis que 23% est relié à l’intoxication à l’alcool. L’intoxication aux drogues est plus rare, soit 3%.

La clientèle est de plus en plus jeune puisque les premières expériences de consommation ont lieu vers l’âge de 12 ans.

Malgré tout, le nombre de jeunes de la région qui consomment et qui s’intoxiquent est beaucoup plus élevé, mais la plupart ne consultent pas l’hôpital.

L’un des problèmes constaté concerne la qualité de la «substance» consommée. Elle est fréquemment «coupée» avec d’autres choses, ce qui entraîne des cas de psychoses, des délires et des comportements très agressifs, affirme la psychiatre Marie-Hélène Trudeau.

«On connaît une partie de ce qui a été consommé par voie urinaire, mais l’autre partie, on ne sait pas», mentionne la psychiatre celle qui a sonné l’alarme. 

Selon les statistiques de la Direction de santé publique de la Montérégie, 43% des élèves ont eu au moins un épisode de consommation excessive d’alcool, 15% des élèves consomment de l’alcool au moins une fois par semaine et 11% consomment du cannabis.

«Les jeunes qu’on voit à l’urgence, c’est la pointe de l’iceberg, indique Chantal Gariépy, directrice des programmes famille-enfance-jeunesse et santé publique au CSSSHY. On dit souvent qu’il faut tout un village pour élever des enfants. Il faut toute une communauté pour aider les ados qui vivent des problématiques de consommation. On a jugé nécessaire de nous sensibiliser, et de trouver les partenaires essentiels pour nos actions. On a du travail à faire à ce niveau-là.»

Les centres de réadaptation en dépendance et le Centre jeunesse de la Montérégie sont du nombre.

«Il ne faut pas se le cacher : une intoxication aigue, ça cache très régulièrement des difficultés sous-jacentes des problèmes plus larges que le simple fait d’avoir consommé. Si on ne s’en occupe pas à ce moment-là, évidemment, le jeune va revenir», fait valoir le coordonnateur du Centre de réadaptation en dépendance Le Virage de Granby, Steve Watters.

Cet organisme traite annuellement entre 600 et 700 demandes de services, et estime de 125 à 140 références d’adolescents.

Accessibilité

L’an dernier, les élèves des écoles secondaires de la CSVDC ont répondu à un questionnaire portant sur l’accessibilité aux drogues et à l’alcool.

Près de 80% des jeunes percevaient qu’il était «facile» de se procurer de la drogue.

Le nombre diminue à 75% lorsqu’il est question de l’alcool.

«Les jeunes sont soumis à une forte pression pour consommer», explique Kathlyn Morel, directrice générale adjointe aux Services éducatifs de la CSVDV.

Des programmes de prévention de la toxicomanie ont d’ailleurs été mis en place dans toutes les écoles secondaires de la région.

Cette prévention représente l’un des objectifs du plan stratégique 2013-2016 de la commission scolaire.

«Lorsqu’on a entendu ces projections de statistiques des jeunes qui se présentent en état d’intoxication, ça nous a préoccupés», souligne l’agent à la prévention et aux relations communautaires au Service de police de la Ville de Granby, Marc Farand.

Il rappelle que la Haute-Yamaska peut compter sur une escouade régionale mixte (ERM) composée d’enquêteurs de la Sûreté du Québec, de la police de Bromont et de la police de Granby pour prévenir la consommation de drogues et retracer les trafiquants.

«Cette escouade initie les dossiers, ils font enquête, vont aller chercher leurs preuves, les mandats, pour finalement perquisitionner chez les trafiquants dans un but de traduire ces trafiquants-là devant les tribunaux et dans le but d’enlever la drogue qui pourrait être vendue auprès des jeunes», rappelle M. Farand.

Toute personne détenant des informations à ce sujet peut communiquer de façon confidentielle avec la ligne Échec au crime au 1-800-711-1800.

 

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires