Granby allergique au bruit?

Par Ugo Giguere
Granby allergique au bruit?
Les Granbyens sont-ils devenus intolérants à toute activité susceptible de générer du bruit?

INTOLÉRANCE. Constat d’infraction pour un moteur de piscine jugé trop bruyant, motocross, dek hockey, entreprises vs quartiers résidentiels, il semble que chaque décision du conseil municipal de Granby soit guidée par son potentiel à générer ou non du bruit. Les Granbyens sont-ils devenus intolérants à l’activité humaine?

C’est un peu ce que semble croire le maire Pascal Bonin à lumière des récentes controverses. Il y a quelques mois, des citoyens étaient prêts à empêcher le confiseur Gédé bonbons à s’installer dans leur quartier, rue Reynolds, par crainte que les rares camions génèrent du bruit.

Plus récemment, des conseillers municipaux ont refusé à la famille Bérard d’organiser une compétition d’endurocross sur leur terre de la rue Bousquet par crainte que les engins dérangent les voisins éloignés.

Rappelons aussi l’histoire d’une dame condamnée à payer une contravention parce que son moteur de piscine incommode une voisine. Il faut aussi ajouter à la longue liste l’opposition de quatre conseillers à la tenue d’un festival gospel sous prétexte qu’il se déroulera en bordure d’un quartier résidentiel.

«Sincèrement, réellement, je pense qu’on est rendu trop loin. Les gens veulent une ville avec des emplois et ils veulent une ville festive, mais il faut comprendre que chaque activité économique fait du bruit», a répondu le maire Bonin invité à partager ses réflexions sur la situation.

À son avis, les décisions des dernières années, dont le controversé règlement contre le bruit le dimanche, «ont propulsé l’intolérance face au bruit». Et le malaise ne risque pas de s’estomper.

«Là, c’est le retour de l’activité économique. Il va y en avoir du charroyage, ça fait partie de la vitalité d’une ville», a-t-il ajouté en référence notamment aux résidents de la rue Mountain, excédés par le passage régulier des camions sur les terres Miner et Martel.

D’autres citoyens, résidents du secteur des rues Kristelle et Laurie, se plaignent aussi du bruit excessif causé par la circulation routière sur la rue Simonds Sud. Ceux-ci réclament depuis plusieurs semaines que la limite de vitesse soit revue à la baisse.

Trop d’interprétation?

Lors de la période de questions des citoyens, à la séance du conseil municipal du 16 juin, Caroline Dufour a interpellé le conseil au sujet de la réglementation. Son cas a déjà fait les manchettes, alors qu’elle a contesté, en vain, un constat d’infraction pour le bruit de son moteur de piscine.

Bien qu’elle croyait avoir bouclé le dossier, l’histoire semble se répéter avec le nouvel appareil qu’elle a installé. «J’essaie de comprendre ce qu’il se passe», a-t-elle lancé aux élus, en suggérant que la règlementation est laissée à l’interprétation de chacun.

Une position que semble partager le maire Pascal Bonin.

«Je trouve ça abusif le règlement. Il est ainsi fait que si vous jugez que vous êtes brimé, un inspecteur se déplace et vérifie si l’intensité du son est dans les règles. Est-ce qu’on va être rendu aux airs climatisés et aux thermopompes?», s’interroge celui qui se dit en faveur du «vivre et laisser vivre».

Pascal Bonin entend d’ailleurs se pencher sur une possible refonte de la réglementation municipale entourant le bruit. «Il ne faut plus que les gens puissent se servir de la Ville comme slingshot entre voisins», dénonce-t-il.

Professeur adjoint à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, Guillaume Rousseau relève que la norme en matière de bruit est bien souvent «la raisonnabilité». Il admet cependant que l’encadrement du bruit est sujet à interprétation et c’est à chaque municipalité de fixer ses balises.

 

Règlement de la Ville de Granby sur le bruit

«Il est interdit à toute personne de causer, de provoquer ou de permettre que soit causé, de quelque façon que ce soit, du bruit de nature à troubler la paix, la tranquillité et le bien-être d’une ou de plusieurs personnes du voisinage.»

 

Règlement controversé sur le bruit le dimanche

«Entre 21h et 6h du lundi au vendredi, entre 17h et 9h le samedi et en tout temps le dimanche, il est interdit à toute personne d’exécuter ou de faire exécuter des travaux susceptibles de faire du bruit de façon à nuire à la paix, à la tranquillité et au bien-être d’une ou de plusieurs personnes du voisinage, notamment scier ou fendre du bois avec des moyens mécaniques, faire de la soudure, effectuer des travaux de menuiserie, de débosselage ou de construction.»

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