Jacques Riendeau: Suprerhéros ordinaire

Fasciné par les bandes dessinées, Jacques Riendeau a forgé sa personnalité à l’image de superhéros comme Batman et Superman. Des figures paternelles de substitution qui ont fait de lui un défenseur acharné de l’injustice. Un rebelle qui élève la voix et qui se désole devant un monde qui refuse de changer.

 

Bénévole à temps plein depuis 23 ans, l’intervenant communautaire pour la défense de droits a fait le choix de vivre d’aide sociale pour travailler à améliorer la condition de vie des gens dans le besoin. «Je me suis dit qu’en tant qu’intervenant j’allais travailler à améliorer ma condition, mais ce que je constate, c’est que ma condition ne s’est pas améliorée, alors que celle du communautaire oui», souligne-t-il.

 

Tout en se défendant d’afficher une attitude pessimiste, Jacques Riendeau se qualifie plutôt de réaliste. «Je marche aux résultats et si on avait avancé, il y aurait moins de pauvreté!», résume celui qui agit aussi comme «expert-conseil» auprès de plusieurs organismes.

 

Selon lui, les gouvernements ont compris que la pauvreté est «la seule ressource exploitable qui ne s’épuisera jamais.» Des propos qui peuvent sembler cyniques, mais notre personnalité du mois est convaincue que tant que le système économique ne change pas, c’est impossible d’imaginer un monde sans démunis.

 

La pauvreté de l’intérieur

Avant d’en arriver là, l’histoire de Jacques Riendeau a connu bien d’autres aléas. Aîné d’une famille de huit enfants installée à Sainte-Agathe dans les Laurentides, le gamin prend rapidement de grandes responsabilités. L’absence d’un père employé de nuit fait de lui la figure forte de ses frères et sœurs.

 

Alors qu’il est âgé de 14 ans, ses parents se séparent. L’événement déclenche ensuite une réaction en chaîne chez l’ado qui quitte l’école avant la fin de sa troisième année de secondaire. Quelques années plus tard, il part à la recherche de sa mère qu’il croit à Montréal. Une aventure qui le mènera à l’itinérance dans les rues de la métropole jusqu’à ce qu’une bonne âme le sorte de là.

 

De 18 à 23 ans, il enchaîne les petits boulots, dont plusieurs comme agent de sécurité. Des emplois qui lui permettent surtout de s’adonner à sa passion: l’écriture.

 

Il confie avoir commencé à écrire des poèmes à 12 ans «toujours pour offrir à quelqu’un». Aujourd’hui, ses cartons renferment 17 romans (dont une épopée fantastique en 12 volumes), deux recueils de nouvelles et une douzaine de contes pour enfants, 2 500 charades, des devinettes, des énigmes et une foule d’autres réflexions sérieuses ou humoristiques.

 

Grâce à des contacts avec des enseignants sur Facebook, il a par la suite distribué ses manuscrits à plusieurs écoliers, dont certains ont même lu les 12 tomes! Encouragé par les commentaires des enfants, il espère encore trouver un éditeur.

 

C’est à la suite d’une séparation que le père de famille s’est installé à Granby. Il a alors 33 ans et deux enfants, dont un bébé, sur les bras. Sans argent, sans meubles, il se retrouve chez SOS Dépannage où on l’aide à s’installer.

 

Par des contacts, le nouvel arrivant se retrouve à l’association des personnes assistées sociales de Granby. Un organisme pour lequel il va travailler durant 10 ans. Son dynamisme dans le milieu communautaire ouvre les yeux et on le recrute même pour siéger sur le conseil d’administration d’une maison pour femmes violentées. «Je suis un des rares hommes qui ont siégé sur un C.A. de groupe de femmes», indique-t-il.

 

Au fil des années, il a œuvré auprès d’organismes en santé mentale, de la Corporation de développement communautaire et de bien des regroupements régionaux et tables de concertation.

 

Reconnu comme «la conscience» du milieu communautaire, l’homme de 53 ans qualifie le domaine de «tiers secteur qui complète les services publics à faible coût». Le milieu se contente trop souvent de «mettre un plaster sur une hémorragie, image-t-il. Ce n’est plus le communautaire qui mène les luttes sociales.»

 

«Ça m’a pris 10 ans pour comprendre que tu ne peux pas aider quelqu’un qui ne veut pas changer et 20 ans pour comprendre qu’on ne peut pas aider un monde qui ne veut pas changer», déplore M. Riendeau.

 

Pas facile de décrocher

Grand-père «quatre fois», celui qui milite dans le communautaire depuis la mi-vingtaine veut passer à autre chose. Si tout se passe comme prévu – cette fois – il devrait se retirer du milieu au plus tard en 2013.

 

«Depuis 2004 que j’essaie de décrocher!», s’exclame celui qui finit toujours par revenir «pour dépanner». Il avoue s’être fait jouer un tour, lorsqu’il s’est présenté à l’Autre versant pour emprunter l’imprimante de l’organisme d’alternative en santé mentale.

 

«La directrice m’a dit oui, mais un service en attire un autre.» Jacques Riendeau se retrouve alors sur le conseil d’administration et bientôt président! Un poste qu’il occupe depuis cinq ans et qu’il doit quitter au plus tard en 2013.

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