La leçon de vie de Daniel Turcotte

Par Caroline Boisclair
La leçon de vie de Daniel Turcotte
Heureusement

C’est avec une force inébranlable et une grande sagesse que Daniel Turcotte s’est battu jusqu’à la dernière seconde contre la maladie de Lou Gehrig, qui l’a emporté le 18 juin dernier.

«Il va me manquer… C’est un ange merveilleux qui est monté au ciel», a confié avec beaucoup d’émotion sa conjointe Geneviève Dubois à GranbyExpress.com.

L’histoire du Granbyen de 51 ans, qui avait fait le tour des médias locaux, avait touché bien des gens. Après avoir éprouvé des douleurs au dos à la fin de 2012, il a reçu le diagnostic le 24 janvier dernier. Les médecins estimaient qu’il lui restait entre deux ans et cinq ans à vivre, période au cours de laquelle il perdrait une à une ses fonctions vitales.

Armé d’une force inébranlable, il a encaissé la nouvelle et a voulu prendre un médicament qui freinerait les effets de la maladie. Le problème, c’est que ce médicament coûtait 672$ par mois, et son état dépérissait plus rapidement que son dossier médical, lui, ne progressait. Il avait fait une sortie publique afin de demander l’assouplissement des règles gouvernementales pour les personnes en fin de vie.

Des amis ont décidé d’organiser un souper-bénéfice le 23 mars afin d’amasser de l’argent qui lui permettrait de se les procurer le plus rapidement possible. Plus de 10 000$ avaient été amassés. Lors de cet événement, où Daniel Turcotte voulait «célébrer la vie», il était déjà privé de l’usage de son bras droit et de ses jambes.

Médication inefficace

«Les médicaments, il les a eus, mais ça n’a rien changé. Il s’est même inscrit dans un protocole de recherche à l’Institut de neurologie de Montréal et ça l’a rendu trois fois pire. Il courait après son souffle et il ne pouvait plus tenir sa tête, ça n’avait pas de bon sang! Il a servi de cobaye en se disant que ça pourrait aider d’autres personnes, mais lui, ça ne l’a pas aidé», raconte Geneviève Dubois.

Selon les statistiques, l’espérance de vie pour les personnes atteintes de la SLA (sclérose latérale amyotrophique) est de deux ans à cinq ans. Mais dans certains cas, la progression de la maladie peut se faire de façon très accélérée, comme ce fut le cas de Daniel Turcotte. Lors des derniers moments, le gavage et la trachéotomie sont nécessaires. Mais pour le conjoint de Geneviève Dubois, c’était hors de question.

«C’est sûr que c’est chiant, ç’a été rapide, mais je remercie le Bon Dieu parce qu’il a gardé la parole jusqu’à la fin», laisse tomber Mme Dubois.

Daniel Turcotte a fait son entrée à la maison Au Diapason le 11 juin, le jour même où l’installation de la rampe d’accès pour son fauteuil roulant était complétée à son domicile. « Il l’a prise une fois, pour aller à Bromont… », glisse Geneviève Dubois, qui s’occupait de son amoureux 24h sur 24 depuis février dernier.

Combatif

«Il était combattif. Tous ses muscles lui faisaient mal, et jamais il ne s’est plaint. Je lui disais: «Révolte-toi!, mais il me répondait que ça ne donnait rien de perdre son peu d’énergie là-dessus. Il était doté d’une immense sagesse», insiste sa conjointe. «Il a souri et il a ri jusqu’à la fin. Il était tellement fort mentalement. Jamais il n’a pris d’antidépresseurs. Tout le monde me disait que j’étais forte, mais je répondais que non, que j’étais forte grâce à lui.»

Durant la semaine qui a précédé son départ, Daniel Turcotte a pu voir tous les membres de sa famille, ses amis et son entourage. Et il y tenait. «Il a profité de la vie jusqu’à la fin. C’est vraiment une leçon de vie», souligne Geneviève Dubois, qui affirme avoir énormément changé grâce à la force de son amoureux.

«Nous avons été ensemble seulement un an et demi avant l’annonce de la maladie, mais en si peu de temps, j’ai eu tout ce que j’avais toujours voulu avoir; le grand amour et me marier. Il n’est plus là, mais il m’a tout donné…»

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