L’asclépiade: de mauvaise herbe à fibre noble

Par Ugo Giguere

Faire d’une mauvaise herbe, un biomatériau noble. Voilà l’objectif que s’est fixé François Simard, ingénieur chimique et spécialiste du textile, en développant une toute nouvelle industrie autour de l’asclépiade. Une plante dont les fibres présentent des propriétés absorbantes et isolantes de haut niveau.

François Simard n’est pas un nouveau venu dans l’industrie textile. Le Sherbrookois établi à Granby a occupé le poste de vice-président à la recherche et au développement chez Steadfast où il a travaillé durant 20 ans.

«J’ai vu l’industrie textile péricliter au Québec et je me suis dit, je vais prendre mon bagage et le convertir en création d’emplois», raconte l’entrepreneur.

C’est en 2011 qu’un ami lui fait remarquer l’omniprésence de l’asclépiade et de ses filaments blancs. «On savait que c’était un excellent isolant thermique et un absorbant pétrolier, mais personne ne l’a jamais commercialisé parce qu’il n’y a pas d’approvisionnement», explique M. Simard.

Sentant le potentiel d’affaires, il met sur pied Protec-Style en mars 2012, puis sa branche spécialisée dans la fibre naturelle Encore 3 et finalement la coopérative Monark. Cette dernière se veut la solution à long terme au problème d’approvisionnement.

Grâce à la collaboration du ministère de l’Agriculture (MAPAQ), des producteurs agricoles se sont regroupés en coopérative pour se lancer dans la culture d’asclépiade rebaptisée «soyer du Québec».

Les agriculteurs intéressés sont invités à consacrer de petits lots de 10 hectares au soyer du Québec. Jusqu’à maintenant, six champs ont été semés à Granby, Ste-Thècle, L’Isle-Verte, Sherbrooke, Mirabel et Gatineau. Un projet de champ expérimental est d’ailleurs en préparation à Granby grâce à l’aide du Pacte rural.

De nombreuses applications

Deux propriétés font de la coquille de l’asclépiade un aspirant potentiel au nettoyage des catastrophes pétrolières. D’abord, la fibre repousse naturellement l’eau. Sans avoir à être traitée, la fibre n’absorbe pas l’eau, mais s’abreuve d’hydrocarbures.

Des données avancées par Encore 3, indiquent que la plante absorberait jusqu’à 70% plus d’huile ou de pétrole que les matières comparables. Devant un tel constat, François Simard en a fait son premier produit mis en marché.

«Toutes les entreprises qui manipulent de l’huile ou du pétrole doivent avoir une trousse en cas de déversement et c’est beaucoup plus performant que du bran de scie», souligne celui qui a reçu le prix Innovation chimie verte du Centre québécois de valorisation des biotechnologies.

En raison de sa fibre creuse, l’asclépiade représente aussi l’un des meilleurs isolants thermiques naturels. Selon des tests de performance ISO 11092, sa valeur isolante serait 33% plus efficace que la plume d’oie, deux fois plus efficace que le polyester et près de cinq fois plus performante que le polar.

La même caractéristique creuse en fait même une fibre idéale pour l’isolation acoustique puisqu’elle absorbe le son tout en demeurant légère.

Plus doux que la soie

Les filaments délicats et d’un blanc immaculé possèdent par ailleurs une autre qualité plus marginale… la douceur! Malheureusement, le fait qu’elle soit justement trop duveteuse et délicate rend sa manipulation complexe.

Il faudrait plutôt écrire «rendait», car Encore 3 a développé un enduit qui permet d’agglutiner les fibres et les rendre «plus dociles». «Ça se compare à de la soie, mais la force n’est pas sa force», fait remarquer François Simard.

Une fois traitée, l’asclépiade peut cependant être filée ou tricotée sans problème par un fabricant de vêtements. «C’est la fibre la plus écologique et naturelle qu’on ne peut pas trouver sur le marché!», s’enorgueillit l’homme d’affaires.

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