le communautaire réclame un filet social plus solide  

Photo de Abdennour Edjekouane
Par Abdennour Edjekouane
le communautaire réclame un filet social plus solide  
Nicolas Luppens et les membres de la CDC Haute-Yamaska lors du rassemblement pour revendiquer un meilleur plan de financement pour les organismes communautaires. (Photo : GranbyExpress-Abdennour Edjekouane)

ORGANISMES COMMUNAUTAIRES. C’est ce matin que les organismes communautaires se sont réunis devant le Centre communautaire St-Benoit pour réclamer un financement équitable dans le cadre de la campagne Engagez-vous pour le filet social lancé par le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA).

Pénurie de main-d’œuvre, sous financement, grand territoire à couvrir et toujours plus de demandes d’aide, la situation des organismes communautaires est qualifiée de « crise historique » par les organismes communautaires du territoire dans le Rapport d’impact sur la pénurie de main-d’œuvre 2021-2022, rendu publique par la Corporation de développement communautaire de la Haute-Yamaska (CDC Haute-Yamaska) en mars 2022. Les demandes du CDC Haute-Yamaska et ses membres sont simples: plus de financement, et de manière équitable entre les causes. « Le sous-financement chronique des organismes et la pénurie de ressources humaines créent un cocktail explosif pour les organismes. Ce qu’on voit sur le terrain, malheureusement, ce sont des coupures de services, parce qu’on veut assurer la rétention du personnel. On assiste aussi à un exode historique des travailleurs du communautaire », a déclaré Nicolas Luppens, directeur général de la CDC Haute-Yamaska. 

Pour rappel, durant la campagne électorale de 2018, la CAQ s’engageait à des investissements historiques dans le communautaire. Or, il n’en est rien, sauf pour une petite poignée de secteurs, comme celui de la violence conjugale, informe M. Luppens. « On salue que ce secteur-là soit bonifié, mais ça vient créer d’autres fossés par rapport aux autres organismes, c’est un couteau à double tranchant. C’est bien d’investir dans certains secteurs, mais il faudrait que ça se fasse pour d’autres organismes. Il y’a plein d’autres problématiques à gérer et tous les organismes sont essentiels « , a souligné M. Luppens.

Pour ce faire, les organismes membres de la CDC se placent sur la même ligne que l’ensemble des organismes communautaires à l’échelle de la province, qui s’accorde à demander au gouvernement un investissement de 460 millions de dollars de plus par année à leur mission globale, et ce, d’ici le budget 2023. « Un rattrapage est demandé sans quoi, c’est le flet social que notre société s’est doté qui va s’effriter davantage. Sans cela, ce sont les citoyens les plus mal pris qui verront l’accès aux services se détériorer et cela engendrera d’autres impacts sur le plan de la santé de la population et des inégalités sociales », font savoir les membres de la CDC.

Un filet social qui s’effrite

« On travaille avec les humains, et ce travail doit être reconnu. Si on n’était pas là, ça ne fonctionnerait pas dans la société. À un moment donné, il va falloir une fois pour toutes reconnaitre le communautaire », revendique Martine Saint-Germain, directrice des Cuisines collectives Haute-Yamaska.

Parmi les organismes les plus touchés, la Dynamique des Handicapés de Granby et Région (DHGR) s’est vue imposer un agrandissement de son territoire asservi, passant de la Haute-Yamaska à l’ensemble de l’Estrie et de ses neuf MRC. Mais c’en est trop pour Marie-Christine Hon, coordonnatrice et seule employée de l’organisme. « J’ai eu un tout petit financement additionnel, mais c’était franchement ridicule (…). En fait, si on a un agrandissement de territoire qui nous a été imposé, on doit aussi avoir un financement pour engager quelqu’un qui représentera le territoire. Moi, je ne peux pas me diviser par quatre », note la coordonnatrice. 

Même son de cloche du côté du Groupe Action Solution Pauvreté (GASP), où Karine Lucier, qui travaille en itinérance, est également à bout de souffle. « On veut plus de logements sociaux et abordables, mais aussi plus de services pour les suivis. On donne des sous pour construire des logements pour les gens en itinérance, mais on n’offre pas de service de suivi après ça (…). Je n’ai pas de financement du tout, je suis la seule employée et on ne sait jamais d’une année à l’autre si on va continuer nos opérations ou fermer », relate la coordonnatrice.

Quelques chiffres tirés du Rapport de la CDC:

· 71 % des organismes répondants ont des besoins actuels de recrutement;

· 70 % des répondants affirment que les services ont déjà été affectés ou le seront dans les prochains mois;

· La moyenne du besoin financier par organisme est chiffrée à 130 000 $ annuellement.

Le prochain gouvernement qui sera élu le 3 octobre sera attendu au tournant par la CDC Haute-Yamaska, ses membres et les 4000 autres organismes du RQ-ACA qui espèrent un plan ambitieux à la hauteur de leurs attentes et de leurs besoins. 

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires