L’école: un combat quotidien pour la réussite

Par Ugo Giguere

À ce temps-ci du calendrier, les élèves de cinquième secondaire commencent à compter les jours qui restent avant de décrocher leur diplôme. Si une bonne part d’entre eux ont vécu un parcours scolaire heureux, pour d’autres l’école aura été un véritable calvaire. Pour ceux-là, une impressionnante stratégie se déploie en coulisse dès la maternelle afin de les aider à mener ce combat quotidien.

Avant même qu’un enfant ne mette les pieds à la maternelle, des spécialistes peuvent déjà prédire à quel type d’élève ils auront affaire. Toutes sortes de facteurs peuvent influer sur la réussite d’un élève, mais pour faire en sorte qu’il atteigne ses objectifs une kyrielle de mesures sont mises en place tout au long de ses onze années dans le système scolaire.

À Val-des-Cerfs, on évalue cette clientèle à environ 6% du lot d’élèves, soit un peu moins de 900 individus. Des jeunes dont la réussite dépend d’efforts soutenus de leur part, ainsi que de toute une armée d’enseignants et de spécialistes impliqués dans la stratégie de support de l’élève.

Diane Girouard, directrice de l’école St-Léon à Cowansville, souligne que les enfants sont évalués dès leur passage à Passe-Partout ou en CPE. «Il y a un échange d’informations. Vers la fin mai, on a une première rencontre d’observation par les professionnels. On peut déjà commencer à dépister des choses en observant les enfants jouer et socialiser», explique-t-elle.

Ces rencontres d’observation ont lieu en présence de psychologues, psychoéducateurs, orthopédagogues, orthophonistes et enseignants. L’évaluation permet par exemple de créer des groupes particuliers. «Si des enfants ont des difficultés similaires, on peut les regrouper dans une classe et placer une ressource spécialisée», souligne Mme Girouard.

À l’autre bout de la chaîne, la directrice de l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc à Granby, Liette Béchard, constate que son équipe doit presque «se battre contre du déterminisme». L’environnement familial et le milieu de vie de certains enfants viennent parfois contrecarrer toute tentative d’intervention de l’école.

Pour un enfant qui présente des signes de trouble de comportement, de déficit d’attention, de difficulté d’apprentissage ou de trouble envahissant du développement, une première référence auprès d’un professionnel peut avoir lieu à son entrée à la maternelle.

Là débute un suivi en psychologie, orthophonie ou psychoéducation. Le dossier suit par la suite l’enfant tout au long de son parcours scolaire. «Avec le SPI (suivi personnalisé informatisé), on a accès à tout ce qui a déjà été essayé. Comme il y a beaucoup d’essai et erreur, c’est important de ne pas répéter des stratégies qui n’ont pas fonctionné», mentionne Diane Girouard. Les enseignants et les spécialistes partagent aussi leurs informations entre eux.

Éviter le retard

En plus de travailler le comportement de l’enfant, il faut l’aider à acquérir des connaissances académiques. Pour les cas graves de troubles comportementaux, certaines écoles comptent sur des classes Oasis. On en trouve quatre sur le territoire de Val-des-Cerfs.

«C’est un répit de 5 à 10 jours, mais qui peut aller jusqu’à huit semaines. L’élève travaille avec des éducateurs spécialisés et des psychoéducateurs. Ça lui permet ensuite de réintégrer sa classe», décrit la directrice de l’école St-Léon.

Pour éviter de prendre du retard, ces élèves poursuivent leur apprentissage et doivent réaliser les mêmes travaux que les camarades. D’ailleurs, tout au long du parcours primaire, on s’assure d’éviter les retards d’apprentissage.

Si un élève éprouve des difficultés dans une matière, des services d’orthopédagogie sont mis à sa disposition afin de combler les lacunes. Dans une situation extrême où le retard accumulé paraît impossible à récupérer, l’élève peut être amené à reprendre son année scolaire. Un recul qui lui donne tout le temps nécessaire pour rattraper son retard et aller de l’avant.

Douces transitions

Parmi les facteurs déterminants de la persévérance scolaire, on identifie les transitions comme des étapes à risque. Pour faciliter le passage primaire-secondaire, les écoles s’y prennent dès la 5e année. Saskia Mousseau, directrice adjointe de l’école secondaire Massey-Vanier songe même à reculer à la 4e année.

Des visites de l’école et des activités permettent aux jeunes d’apprivoiser les lieux et de démystifier les mythes de la «polyvalente». Du côté de l’école Jean-Jacques-Bertrand de Farnham, les enfants se familiarisent avec l’endroit beaucoup plus tôt par la force des choses. «Il n’y a pas de salle de spectacle à Farnham, alors les enfants viennent ici à partir de la 2e année pour venir à l’auditorium», indique le directeur Alain Bachand.

Malgré cette particularité, JJB comme Massey-Vanier et d’autres écoles secondaires organisent des journées d’immersion, même des soirées ou des nuits à l’école. «On veut qu’ils vivent un beau moment et leur permettre de rencontrer les surveillants et les intervenants», affirme Saskia Mousseau, responsable des secondaires 1 et 2 à Cowansville.

Là encore, les enseignants partagent des informations sur les forces et les difficultés de leurs nouveaux élèves. Encore là, les suivis spécialisés se poursuivent en cas de besoin. Des voies particulières s’offrent aussi aux jeunes selon leur champ d’intérêt et leurs capacités.

Pour les élèves en difficulté d’apprentissage, la voie Magellan de Massey-Vanier permet notamment de mettre l’emphase sur les matières de base. Les spécialisations en sport, musique ou art représentent aussi d’importants facteurs de motivation.

Le phénomène de transition s’applique aussi en 3e secondaire quand plusieurs élèves passent de l’Envolée à J.-H.-Leclerc ou de Mgr-Desranleau à JJB. «Il y a des groupes qui sont déjà en adaptation scolaire et qui continuent. Pour les autres, on s’assoit ensemble pour échanger des informations spécifiques. On peut mettre des mesures en place et établir des contrats particuliers avec les jeunes et leurs parents. Déjà on planifie des rendez-vous particuliers», énumère Liette Béchard, directrice de l’école J.-H.-Leclerc.

Objectif: qualification

Les mesures de mentorat prof-élève, de parrainage entre élèves, de motivation parascolaire, de récupération de matière, d’alternance travail-études ont toutes pour but la qualification de l’élève. Diplôme d’études secondaires, formation professionnelle, métier semi-spécialisé, formation préparatoire au travail, en sont des possibilités.

Si les intervenants n’hésitent plus à aborder avec les jeunes la possibilité de s’orienter vers les formations professionnelles, la situation demeure délicate. «Souvent, on se bute à des parents qui croient qu’on ne peut rien faire dans la vie sans un diplôme d’études secondaire», confie le directeur de Massey-Vanier Normand Phaneuf.

Au régulier, bien des élèves mises le tout pour le tout en fin de parcours au moment d’affronter les examens ministériels. «On fait des analyses avec les profs pour trouver qui est borderline», raconte Liette Béchard. Des blitz de rattrapage sont alors organisés pour amener les élèves à la réussite.

«Quand on fixe des objectifs à court terme, ça fonctionne. Ils savent que s’ils travaillent deux semaines intensives ils vont avoir un résultat», observe Alain Bachand.

Selon les données de Réussite Montérégie pour l’année 2011, seulement 60,1% des élèves de Val-des-Cerfs ont décroché leur diplôme d’études secondaires à l’intérieur du délai régulier de cinq années d’études.

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