Les prêts rapides, un marché lucratif à Granby

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Par Eric Patenaude
Les prêts rapides, un marché lucratif à Granby
Petites annonces dans les journaux, publicités sur le web, prêts variant entre 300 $ et 1500 $, aucune investigation, versement des fonds en moins de 24 heures. Le secteur des prêts rapides est prolifique, a constaté l'ACEF Montérégie-est lors de son enquête menée entre janvier et avril dernier. (Photo : GranbyExpress-Éric Patenaude)

FINANCES.  Qu’ont en commun «ouiounon.com», «Argent rapide.com», «pretsurdemande.com» et «Gestion ODC»? Elles sont parmi les 14 entreprises de la région de Granby à œuvrer dans le marché des prêts rapides. Des organisations qui proposent du «dépannage financier» à des taux d’intérêt pouvant dépasser les 150 %, a révélé une enquête menée par l’ACEF Montérégie-est. Une pratique dénoncée par l’organisme de défenses des droits des consommateurs.

Petites annonces dans les journaux, publicités sur le web, prêts variant entre 300 $ et 1500 $, aucune investigation, versement des fonds en moins de 24 heures. Le secteur des prêts rapides est prolifique, a constaté l’ACEF Montérégie-est lors de son enquête réalisée entre janvier et avril dernier. C’est à la suite d’un dossier publié dans le Journal de Montréal en janvier dernier que l’organisme a décidé de faire sa propre recherche.

«Plusieurs entreprises sont reliées au même propriétaire et c’est peut-être ce qui explique qu’il y en ait autant à Granby», mentionne Roger Lafrance, conseiller budgétaire à l’ACEF Montérégie-est.

«Ce qui nous choque un peu, c’est qu’en 2018, le gouvernement du Québec a modifié la Loi sur la protection du consommateur justement pour contrer ces entreprises de prêts rapides notamment en transformant tous les frais annexes au contrat en taux d’intérêt. Mais notre enquête nous a permis de voir que rien n’a changé sur le terrain et c’est ce qu’on dénonce», renchérit le porte-parole de l’ACEF.

Selon M. Lafrance, un consommateur, qui contracte un prêt de 500 $, devra rembourser au bout du compte un montant de 775 $ dans un délai de trois mois, soit un taux d’intérêt annuel de 223 % lorsqu’on convertit tous les frais de crédit en taux d’intérêt.

«Ces entreprises contournent la loi en prétendant qu’elles chargent des frais de courtier. Dans d’autres cas, on transforme des prêts en crédits variables pour facturer en toute légalité puisqu’elles ont le droit d’imposer des frais d’adhésion et de courtier.»

Rappelons qu’au Canada, le taux usuraire est fixé à 60% par année», selon le Code criminel. Alors qu’à l’Office de protection du consommateur, on juge «abusif» un taux d’intérêt annuel de 35 %.

«C’est à l’Office de protection du consommateur de s’assurer que la loi est appliquée. Sinon à quoi ça sert d’adopter une loi si elle n’est pas respectée», déclare le représentant de l’ACEF Montérégie-est.

Un appel aux banques et aux caisses

Travailleurs avec un mauvais dossier de crédit, personnes immigrantes sans historique financier au pays et une clientèle aux quatre coins de la province. Le terrain de jeu est parfait pour les joueurs impliqués dans les prêts rapides. Bien qu’elles soient légales, ces sociétés exploitent la vulnérabilité des gens, estime M. Lafrance, de l’ACEF Montérégie-est. Selon notre interlocuteur, le milieu bancaire doit faire partie des alternatives.

«Les banques et les caisses accordent de moins en moins de petits prêts. On amène plutôt les gens vers d’autres formes de crédit. Pour une certaine tranche de la population, il faudrait qu’elle ait accès à du crédit traditionnel et non pas à des prêts rapides avec des taux d’intérêt à 150, 200 % par année. » «Nous, ce qu’on demande au ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, et à l’OPC, c’est de réunir les banques et les caisses pour trouver une solution parce qu’on a une strate de gens qui a besoin de ce genre de crédit.»

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