L’incroyable année d’Oli Féra

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Par Abdennour Edjekouane
L’incroyable année d’Oli Féra
Oli Féra. (Photo : (Photo: GranbyExpress-Abdennour Edjekouane))

PERSONNALITÉ.  Du point de vue culturel et artistique, 2022 a assurément été l’année de Viola Ferrando, plus connue sous le nom d’Oli Féra. L’autrice-compositrice-interprète de Granby a été couronnée lauréate au Festival international de la chanson de Granby (FICG) ainsi qu’au concours Ma première Place des Arts. Retour sur une année aux pas de course pour Oli Féra, la personnalité féminine de l’année du GranbyExpress.

Pour Viola Ferrando, 2022 a été une année incroyablement riche en rencontres, que ce soient avec d’autres artistes ou bien le public. 2022 signe définitivement la naissance de l’artiste Oli Féra, même si le cheminement artistique de la Granbyenne d’adoption n’a démarré qu’en 2016 à la suite à sa participation au concours Cégep en spectacle. Cependant, ce n’est qu’en 2022 qu’elle se lance dans la gueule du loup avec succès, en emportant notamment les honneurs au célèbre FICG, alors que quelque temps auparavant, elle jouait dans les métros de Montréal pour combler les fins de mois. « Je trouve ça inspirant d’être en mouvement, je suis une personne très nomade, mais je suis vraiment contente d’être à Granby. J’ai atterri là dans une période où j’avais besoin de me pousser des racines, j’avais besoin de ça dans ma vie, avoir un endroit où je me sens chez moi avant d’aller à la découverte d’autres endroits », souligne Oli Féra.  

Après avoir rejoint l’École nationale de la chanson, elle décide de faire ses preuves au FICG en 2022, alors que l’année auparavant, Viola Ferrando n’était qu’une bénévole dans le même festival. Se présentant sur scène sans complexe, elle finit également par être couronnée grande gagnante du célèbre festival. Pour Oli Féra, il y a clairement un avant et après FICG. « En général, je suis quelqu’un qui aime prendre son temps, mais j’ai aussi ce côté de sauter un peu dans le tas. Si je n’étais pas sortie lauréate du FICG, je ne sais pas si ça aurait déboulé autant, je ne suis même pas sûre que le EP paraîtrait en avril comme prévu. Mais là, il y a eu un momentum qui s’est crée et il y a une confiance envers moi-même qui s’est établie. J’avais confiance en la validité de mon projet. »

Si le FICG a permis à la jeune artiste de se faire voir, c’est sa rencontre avec Andre Papanicolaou, directeur musical du festival qui fut marquante, car ce dernier a su parfaitement mettre en scène l’univers singulier de la chanteuse. « Ça m’a ouvert des portes sur ce que je voulais faire notamment dans mes transitions musicales, de pouvoir amener les gens dans un univers, de les asseoir avec moi en se racontant des histoires », mentionne-t-elle. « Ce sont des histoires qui nous concernent tous, beaucoup de mes chansons sont écrites au « je », mais ça demeure toujours inclusif. Je parle d’émotions qui touchent le monde, c’est important pour moi dans ma démarche artistique de ne pas être dans le ‘’Me, My self and I ». J’essaie toujours d’aller chercher ce qui est universel. »

Une année 2022 où tout a déboulé

Avec les prix récoltés à Ma première Place des Arts et au FICG, Oli Féra a eu une opportunité en or de voyager à travers la province et de faire connaitre sa musique. Elle a notamment participé à des festivals à Montréal (Francofolies) et Tadoussac, et a effectué des résidences de création à Petite-Vallée et à Coaticook. Pour la jeune artiste, le fait de voyager avec la musique lui a permis d’aller à la rencontre de plein d’artistes et d’expérimenter avec plusieurs types de scène et de publics. « Tout ça m’a confirmée que, éventuellement, la vie de tournée, de faire des spectacles et être constamment en voyage, ça vient combler quelque chose à l’intérieur de moi que j’avais peur de perdre », confie-t-elle. « J’étais déjà une grande voyageuse, mais j’avais peur qu’une fois que je me serai tournée vers la musique, que j’allais toujours être chez moi ou dans le studio à faire de la musique et à ne faire que ça », indique celle qui redoute plus que tout le cliché de l’artiste renfermé dans sa tour d’ivoire.

Oli Féra était donc bien heureuse d’embarquer dans l’avion, trois jours seulement après la fin du FICG, pour se rendre en France, en Normandie précisément, pour tourner le clip de sa chanson Le bouquet, dans le cadre du partenariat entre Ma première Place des Arts et le Festival de cinéma Off-Courts à Trouville-sur-Mer. Une expérience inoubliable pour la jeune artiste qui a pu s’impliquer grandement dans la réalisation de son vidéoclip et découvrir ainsi une nouvelle facette de la création. Rien de plus naturel pour l’autrice-compositrice-interprète qui a également l’œil pour l’esthétisme et le visuel qu’elle veut mettre de l’avant avec ses chansons. « J’aime que ça puisse évoquer quelque chose, que lorsqu’on voit le clip, on s’attende à ce qu’il se passe quelque chose (…). Je trouve ça très intéressant d’être impliqué dans ce processus, parce que ça me permet aussi de créer d’une différente manière et montrer une autre facette de ma création. »

À noter qu’Oli Féra a également été récipiendaire d’une bourse culturelle de 5000 $ décernée par la Ville de Granby en septembre dernier. Cette bourse a permis à l’autrice-compositrice-interprète d’avoir accès à du coaching, notamment en ce qui a trait à la gestion des réseaux sociaux et la gestion de carrière.

Trouver sa place dans l’industrie

Depuis quelque temps, Viola Ferrando est plongée corps et âme dans l’industrie de la musique pour faire vivre Oli Féra. Pour l’artiste qui s’autogère presque complètement, l’intégration s’est pourtant très bien déroulée, grâce notamment aux cours qu’elle a suivis au sein de l’École nationale de la chanson à Granby et qui lui ont prodigué des outils judicieux pour comprendre l’envers du décor. « Avant d’aller à l’École de la chanson, je ne comprenais pas comment ça fonctionnait, tous les acteurs qui étaient en jeu et à quel point c’était une nécessité de faire de la planification en avance. Je comprenais tout le côté gestion et planification, mais je ne saisissais pas à quel point c’était une nécessité en musique », indique celle qui a également étudié en gestion d’entreprise agricole.

« Avant de comprendre c’était quoi l’industrie, je voyais ça un peu comme une grosse bibitte à dompter, du style David contre Goliath, mais pour moi l’industrie aujourd’hui, c’est juste énormément d’humains qui veulent le bien de la culture québécoise (…). Et je veux trouver ma place dans cette industrie dans laquelle je veux être moi-même, et arriver avec ce que je veux présenter, mon univers, je n’ai pas envie de faire du top 40 radios, et me conformer nécessairement. »

Si Oli Féra n’a que des mots élogieux envers l’industrie musicale et les acteurs qui la composent, elle avoue néanmoins que cette même industrie doit particulièrement s’attarder sur la place du spectacle et du « live », ainsi que de la place de la musique francophone dans le milieu culturel musical. « Il faut trouver comment aller rejoindre nos auditeurs, promouvoir notre culture et faire en sorte que les gens soient fiers de leur langue et de ce qu’on fait au Québec, parce qu’il y a tellement d’artistes qui sont excellents », souligne l’artiste qui est issue d’une famille anglophone, mais qui a quand même décidé de faire de la musique francophone pour rendre hommage à une langue « évocatrice » et « singulière ».

2023, une autre année chargée

Alors que 2022 s’est déroulée sur les chapeaux de roue pour la Granbyenne, l’année 2023 risque d’être encore plus chargée avec la parution prochaine d’un simple et d’un clip pour la chanteuse, ainsi que le dévoilement également d’un premier EP au printemps 2023, dont elle compte financer la promotion en partie grâce au montant gagné durant la finale du FICG. « Je vais voir comment ça se dessine, mais je suis ouverte à toutes les opportunités. Mais j’ai vraiment hâte de lancer le EP, parce que c’est le fruit de deux ans de travail, ou ce qu’il y a eu toute la partie créations et arrangement et l’enregistrement, c’est la naissance d’Oli Féra. »

Oli Féra assurera sa présence sur la scène québécoise durant toute la prochaine année en participant à des spectacles et à des festivals partout à travers la province, notamment aux FrancoFête en Acadie en novembre 2023. Ça sera la dernière étape avant son envol en Europe avec Étienne Fletcher au courant de l’année 2024.

Finalement, pour tous les artistes en devenir de la région, qui, à l’image de Viola Ferrando, ont peut-être été bénévole à l’édition 2022 du FICG, Oli Féra conseille de demeurer en tout temps soi-même et de toujours persévérer dans sa singularité. Mais le plus important, il s’agit de rester ouvert aux commentaires qui permettent de s’améliorer. « Il faut rester ouvert aux commentaires de toutes les personnes qu’on rencontre et qui sont des professionnels de l’industrie, qui ont tout vécu et qui ont de l’expérience. Il faut essayer de tracer sa propre voie dans tout ça et de rester originale. C’est ça qu’on trouve intéressant chez les artistes de nos jours, c’est des personnes qui sont singulières et uniques », conclut Oli Féra.

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