Mécontents, les policiers en mode radicalisation

Mécontents, les policiers en mode radicalisation

Réunis en assemblée extraordinaire le 4 août dernier

MÉCONTENTEMENT. La grogne continue de se faire sentir dans les rangs policiers à Granby. Réunis en assemblée extraordinaire le 4 août dernier, les membres de la Fraternité des policiers et policières de Granby (FPPG) ont voté à l’unanimité la radicalisation des moyens de sensibilisation.

Malgré le fait que plusieurs policiers étaient en vacances et que d’autres étaient en service, une quarantaine de membres, parmi les 71 policiers permanents représentés par la FPPG, ont pris part à l’assemblée extraordinaire. «On avait le quorum. J’avais une bonne salle», confirme le président de la FPPG, Frédéric Boulet.

Port du pantalon cargo et d’une casquette à slogan, affiches aux quatre coins de la ville, autocollants sur les autopatrouilles et sur les vestes pare-balles, les policiers, qui n’ont pas le droit à la grève, multiplient les moyens pour faire connaître leur mécontentement. Si la Ville de Granby a demandé à ce que les autocollants apposés sur les autopatrouilles soient retirés, les policiers ne sont pas à court d’idées. «Nous avions deux autocollants par véhicule, soit un sur chaque portière. Dès maintenant, nous avons un nouvel affichage sur les véhicules, mais il n’est pas collé. On s’adapte. On est résilient», poursuit M. Boulet, en répétant que le service aux citoyens ne sera pas altéré dans cette radicalisation. «En tant que policier, nos moyens sont limités. […] Le seul moyen qu’il nous reste et qui est légal, c’est de s’afficher», enchaîne-t-il.

Mais au dire de ce dernier, la Ville de Granby ne reconnaît pas ce droit. La FPPG s’est d’ailleurs adressée à la Commission des relations de travail (CRT) pour dénoncer ce qu’elle considère comme être de l’intimidation et une atteinte directe à la liberté d’expression. Une audience est prévue le 4 septembre. Cette demande à la CRT s’explique par le fait que la Ville ne «nous laisse pas s’exprimer librement en [s’] affichant très modestement. […] On va débattre de notre droit à la liberté d’expression. On veut aussi démontrer que les collants ne causent pas de dommage aux véhicules», dit M. Boulet en indiquant que Granby fait partie d’une minorité de villes qui n’a pas toléré l’affichage.

«Souffrir»

Une récente déclaration du directeur général de la Ville de Granby dans La Voix de l’Est a eu l’effet d’une bombe dans la communauté policière, envenimant ainsi la situation. «Le 30 juillet, le directeur général a indiqué qu’on allait devoir souffrir des dispositions du projet de loi sur les régimes de retraite», poursuit le policier Boulet. Cette sortie médiatique a ajouté au mécontentement général, comme une «cerise sur un sundae passé date».

«Ça fait trois ans et demi que nous sommes sans contrat de travail. Si on prend chaque rapport annuel depuis la fin de notre convention, on a été performant à tous les égards et on se ramasse avec une réponse de la sorte. On ne l’a pas compris. Les gars et les filles sont abasourdis de cette attitude à notre égard. Si on avait cherché le trouble avec une escalade de moyens, on aurait compris», enchaîne Frédéric Boulet. «Le <I>souffrir<I> est important dans notre mécontentement.»

De son côté, Michel Pinault, le directeur général de la Ville de Granby, affirme que l’utilisation du mot «souffrir» a été faite dans le contexte où «l’ensemble des employés municipaux, à l’exception des policiers, a participé aux états généraux. J’ai employé le mot souffrir dans le sens de vivre avec les conséquences, de supporter, d’être assujetti, parce qu’ils n’ont pas signé les états généraux. Les employés qui ont signé les états généraux vont être concernés par le projet de loi 3, mais moins.»

Au début du mois de juillet, M. Boulet a demandé à rencontrer le maire de Granby, Pascal Bonin. Après avoir formulé une seconde demande, les deux hommes ont convenu de se rencontrer le 13 août prochain. «Le but de cette rencontre est d’expliquer le mécontentement et d’exposer le revers de la médaille. Ce projet de loi va beaucoup trop loin. Il ne restructure pas les régimes de retraite, il les tue.»

Le directeur général de la Ville de Granby, Michel Pinault, indique que l’administration municipale a accepté de rencontrer les policiers afin de les laisser s’exprimer. «On veut savoir ce qu’ils en pensent, même si on s’en doute. On lit les journaux, on suit le dossier. Nos policiers ont emboîté le pas au mouvement provincial. Par respect pour le syndicat, on va entendre ce qu’ils ont à nous dire et comprendre leurs préoccupations.»

Affichage non-toléré

Les multiples affichettes apposées sur de nombreux poteaux situés aux quatre coins de la ville, au cours de la nuit du 5 au 6 août, ne sont pas tolérées par l’administration municipale, prévient Michel Pinault. «On évalue actuellement la situation et on va voir l’ampleur que ça va prendre avant d’agir», dit le directeur général.

Il ne cache pas que la Ville va sûrement aborder ce point de discussion lors de la rencontre du 13 août. «On va les entretenir sur nos préoccupations. On a fait enlever les autocollants sur les autopatrouilles à leurs frais. On tolère les autocollants sur les vestes pare-balles», rappelle M. Pinault.

Et l’arbitrage?

Le processus d’arbitrage, quoique très long, poursuit son cours. Frédéric Boulet, président de la Fraternité des policiers et policières de Granby (FPPG) estime qu’il est complété à 45%. «Notre preuve est complétée à 90%. Ensuite, la partie patronale doit présenter la sienne. Nous avons des dates prévues jusqu’en février 2015. Je ne m’attends pas à avoir une décision avant la fin de 2015», indique-t-il.

Dès que celle-ci sera rendue, les deux parties devront se rassoir à la table de négociation afin de régler la convention 2014-2015-2016.

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