Une coupe à blanc qui laisse perplexe

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Par Eric Patenaude
Une coupe à blanc qui laisse perplexe
Normand Fleury et Patrick Parent auraient aimé voir la Ville de Granby agir plus rapidement dans le dossier du boisé situé à deux jets de pierre de la rivière Yamaska. Selon eux, la réalisation d'une étude de caractérisation aurait permis d'établir l'importance de ce corridor écologique situé au coin des rues Matton et Saint-Urbain. (Photo : GranbyExpress-Éric Patenaude)

ENVIRONNEMENT. Le déboisement d’un boisé situé en plein cœur de la ville de Granby; à deux pas des berges de la rivière Yamaska, est inadmissible pour Normand Fleury et Patrick Parent. Selon les deux citoyens, le terrain sis à l’angle des rues Matton et Saint-Urbain n’aurait jamais dû subir un tel sort afin de légitimer l’arrivée prochaine de mini-entrepôts.

«Quand la Ville nous présente un plan de conservation des milieux naturels, est-ce que ça veut dire qu’on protège seulement cinq milieux naturels précisément? Et pour le reste, on peut tout raser parce que ça n’a pas d’importance», a exprimé Normand Fleury.

Bien qu’il ne soit pas contre le développement, M. Fleury juge que la Ville a manqué une belle occasion de préserver l’un des derniers boisés urbains. «Au niveau de la biodiversité et de la faune, plus on minéralise une ville, plus on augmente les effets de chaleur.»

Selon le citoyen, qui est également impliqué dans le Club d’observateurs d’oiseaux de la Haute-Yamaska, la réalisation d’une étude de caractérisation du milieu avant le début des travaux de déboisement aurait permis à la Ville d’établir l’importance de ce corridor écologique.

«S’il n’en reste plus de boisés dans les villes, c’est sûr et certain que des espèces (d’oiseaux) vont disparaître. Est-ce que ç’a été vérifié? Et en plus, les travaux ont été faits en pleine période de nidification.»

«On veut urbaniser donc il faut tout détruire en ville. Il est là le dilemme. On urbanise pour éviter l’étalement urbain. Mais en ville, on a des milieux fauniques riches et tout d’un coup, on décide de les scrapper pour mettre des entrepôts», s’insurge Patrick Parent.

Outre la préservation de la faune, l’avenir d’un gigantesque peuplier deltoïde épargné lors de l’opération de déboisement interpelle également MM. Fleury et Parent. Ces derniers auraient aimé voir la Ville agir afin de le classifier parmi les arbres patrimoniaux.

«De toute façon, ça ne sert plus à rien de faire une étude (de caractérisation). Il est déjà trop tard. Mais la Ville pourrait revoir sa réglementation pour agrandir la bande de protection à 30 mètres (10 mètres actuellement à Granby) comme le font certaines villes pour mieux protéger la rivière», a déclaré Normand Fleury.

À la Ville de Granby, on confirme que la tenue des travaux a été réalisée en respect des conditions du permis émis.

«Les permis ont été donnés et une validation a été faite sur le terrain hier matin (15 juin). Tous les arbres coupés se trouvent sur le terrain du propriétaire. Il reste des travaux à compléter et il y a encore un peu d’entreposage (d’arbres) sur le terrain; ce qui est autorisé par le permis», a indiqué le directeur du service de la planification et de la gestion du territoire à la Ville de Granby, Benoît Carbonneau.

Zoné industriel

Propriété de la compagnie FB-Corp, le terrain déboisé accueillera un bâtiment de 400 unités de mini-entrepôts et un lave-auto, dont la construction doit s’amorcer au printemps 2022. D’ici le coup d’envoi du chantier, d’autres travaux sont à compléter notamment le transport de 4000 voyages de terre de remblaiement pour rehausser le site. Un premier contingent de 2000 voyages de terre a déjà été livré sur les lieux.

«Ce terrain est zoné industriel et aucun changement de zonage n’a été fait pour notre projet. Il était à vendre depuis trois, quatre ans et on l’a acheté l’an dernier», a fait savoir Francis Blanchard, l’un des actionnaires de FB-Corp.

Selon l’homme d’affaires, l’abattage des arbres, à l’exception du grand peuplier, était inévitable en raison du relief du lot à développer sis à deux pas de l’entreprise Wolseley.

«Au niveau de la coupe d’arbres, on a tout coupé parce qu’on fait face à une problématique; le terrain est plus bas que la rue», a expliqué M. Blanchard.

Et le grand peuplier?

«On le sait que c’est le plus beau sur le site et on espère le garder. Mais on ne peut pas remblayer l’arbre avec six pieds de terre. La méthode pour le sauver reste à trouver», a commenté l’entrepreneur qui fait équipe avec Philippe Corriveau et Jake Trépanier.

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