Une mise en demeure pour faire taire la Ville de Granby

Par Ugo Giguere

GranbyExpress.com a appris que des cadres de la Ville de Granby et le maire Richard Goulet ont été visés, fin avril, par une mise en demeure de la firme d’architectes Cimaise – FBA. À la suite des nombreuses erreurs et omissions aux plans du chantier de la caserne dénoncées par le conseil municipal, Cimaise-FBA accuse la Ville de diffamation.

Interrogé sur les événements, le directeur général de la Ville de Granby Michel Pinault a confirmé l’existence de cette mise en demeure. Les personnes visées sont le maire Richard Goulet, le directeur général Michel Pinault, le directeur du service d’incendie Pierre Lacombe et l’ingénieur du service des travaux publics Gaétan Belhumeur.

«Ils ont demandé qu’on réitère notre confiance en Cimaise – FBA. Ils nous ont envoyé la mise en demeure le 30 avril et nous ont demandé de dire ça en séance le soir même», a expliqué le DG.

Rien n’a été fait lors de la séance publique et selon M. Pinault, Granby aurait répliqué par une lettre à son tour. «On a dit que Granby n’avait pas l’intention d’arrêter les démarches», soutient-il. Rappelons que la Ville a signifié son intention de réclamer les dépassements de coûts occasionnés par les erreurs et omissions aux plans d’ingénierie de CIMA+ et d’architecture de Cimaise – FBA.

Les plus récents chiffres fournis par le conseil municipal établissent les dépenses supplémentaires dues aux erreurs des professionnels à 390 943,28$.

«Pas responsable»

Dans ladite mise en demeure rédigée par Me Anthony Leclerc, de la firme Fournier Leclerc avocats, dont GranbyExpress.com a pu obtenir copie, on constate que Cimaise – FBA tente de minimiser son niveau de responsabilité.

«Nous désirons vous rappeler que le principal mandat de notre cliente (Cimaise – FBA) est de surveiller le chantier et de coordonner les services», peut-on notamment lire.

Ailleurs dans le document, on peut lire que «vous savez pertinemment que notre cliente (Cimaise – FBA) n’a aucune responsabilité pour l’augmentation des coûts dans le projet d’agrandissement».

Cimaise – FBA a été engagée pour faire la surveillance de ses propres plans et c’est aussi cette dernière qui est responsable de la firme d’ingénierie CIMA+, à qui elle a sous-traité le volet génie.

L’avocat de la firme d’architecture intime l’ordre aux employés et représentants de la Ville de Granby de «cesser de diffamer [sa] cliente» qu’il dit s’efforcer «d’exécuter son mandat de façon impeccable». Celui-ci réduit ainsi la responsabilité de Cimaise-FBA à la seule surveillance des travaux.

Me Anthony Leclerc adresse aussi des reproches aux personnes visées alors qu’il écrit: «à «chacune des fois que vous êtes questionnés sur les dépassements du projet d’agrandissement, vous pointez du doigt notre cliente.»

Finalement, il demande à la Ville de Granby de changer de discours. «Nous demandons à ce que lorsque questionnés, vous cessiez tous et chacun, de même que la ville, d’atteindre à la réputation de notre cliente relativement au projet d’agrandissement.»

Selon ce qui est rapporté par l’avocat, Cimaise – FBA aurait subi «des contrecoups importants causés par l’atteinte non justifiée à sa réputation».

Cibles étonnantes

Ce qui étonne dans la mise en demeure expédiée à la Ville, c’est que jamais Pierre Lacombe, ni Gaétan Belhumeur ne sont intervenus publiquement dans le dossier de la caserne. D’ailleurs, le directeur du service d’incendie a refusé d’émettre tout commentaire comme il l’a fait depuis le début du dossier.

Gaétan Belhumeur s’est dit étonné de la démarche. «Je n’ai pas vraiment de commentaire à faire à ce sujet-là, je n’ai aucune idée pourquoi c’est arrivé», a-t-il soutenu.

L’ingénieur est celui qui rédige les rapports au conseil municipal sur le suivi des travaux. «Tout ce que j’ai fait ç’a été de quantifier les problèmes au niveau des extras. Ce sont des faits», indique-t-il.

Aurait-on visé les employés municipaux pour prévenir la fuite d’information? «Ces gens-là n’ont fait que leur travail. Il faudrait le demander à celui qui a envoyé la mise en demeure», répond Michel Pinault. Pour sa part, le DG soutient n’avoir jamais fait mention du nom «Cimaise – FBA» dans ses commentaires aux journalistes, mais toujours utilisé l’expression «les professionnels». «Vous avez déduit le nom de la firme», ajoute-t-il.

Denis Favreau, architecte associé de Cimaise – FBA, n’a pas retourné les appels de GranbyExpress.com.

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