Un 30e anniversaire «gênant» pour SOS Dépannage-Moisson Granby

SOLIDARITÉ. Fondé en novembre 1987 pour prêter main-forte temporairement dans un contexte économique difficile et caractérisé par des mises à pied, SOS Dépannage –Moisson Granby existe toujours 30 ans plus tard, un anniversaire que l’organisme préfère d’ailleurs ne pas célébrer.

«Dans notre tête, c’était pour deux ans et après ça, l’économie reprendrait et on fermerait la banque alimentaire», explique d’entrée de jeu le fondateur, Norman Dunn. Ce dernier ajoute que le conseil d’administration ainsi que lui-même ont pris la décision de ne pas souligner cet anniversaire. «Je ne veux pas me vanter de ça. Je trouve ça gênant qu’on soit encore obligés, au Québec, d’avoir des banques alimentaires. Pour moi, ça n’a pas de sens et ce n’est pas normal», fait-il valoir, avouant être partagé entre la fierté du travail accompli et la honte.

Si 30 ans ont passé depuis la mise sur pied de l’organisme venant en aide aux moins nantis, la pauvreté, elle, n’a pas pris congé en trois décennies, constate avec regret M. Dunn. En plus des services de dépannage alimentaire et de banque alimentant d’autres organismes du territoire en nourriture, un jardin collectif est aussi offert par l’organisme.

Favoriser la responsabilisation

Celui qui agit également comme directeur général de l’organisme veut poursuivre les efforts afin de soutenir ceux qui en ont le plus besoin, mais pas de n’importe quelle façon. Selon lui, il est impératif de les amener à poser des gestes et à trouver des solutions afin que le dépannage alimentaire demeure, pour eux, une aide de dernier recours.

«C’est toujours gênant, venir dans une banque alimentaire, les gens arrivent avec la tête entre les deux jambes. […] Ce qu’on leur dit, c’est qu’on veut trouver une solution avec eux pour faire en sorte qu’ils ne soient plus obligés de revenir», explique l’homme coloré, qui a lui-même fait face à d’importantes problématiques par le passé.

Par exemple, ce dernier s’applique à passer au peigne fin le budget de la personne se présentant pour recevoir un coup de pouce. Différentes pistes sont explorées afin de l’amener à améliorer sa situation. «L’important, c’est que les êtres humains mangent. En même temps, c’est bien beau nourrir, mais il faut aussi leur apprendre à pêcher», explique celui qui se destinait d’abord à une vocation de curé.

SOS Dépannage-Moisson Granby se distingue également par le fait qu’il ne distribue plus, comme le font d’autres organismes, les traditionnels paniers de Noël.  «On les a enlevés et on a arrêté l’automatisme», rappelle M. Dunn, estimant que la faim n’a pas de saison. Au lieu d’être offertes exclusivement pendant le temps des Fêtes, les denrées recueillies à l’occasion de la Guignolée de décembre forment des réserves qui permettront à l’organisation de mener à bien ses activités à l’année.

La tête hors de l’eau

Si les dix premières années ont été synonymes de déficits et de vache maigre, se souvient M. Dunn, l’organisme semble désormais détenir une recette gagnante. Les services sont offerts grâce aux revenus générés par deux entreprises d’économie sociale, le Magasin général vendant au grand public des articles usagers et le Café des trois pommiers, un service de restauration bien connu des gens du secteur.

Ce dernier, servant des repas cuisinés maison, fait également office de lieu de rassemblement pour les gens de tous âges et de tous horizons et contribue concrètement à briser l’isolement.

Tout n’est toutefois pas gagné. À preuve, le coût des repas offerts au grand public  par le restaurant est récemment passé de neuf à dix dollars, une décision qui a dû être prise en raison de la hausse constante des aliments.

Reprendre confiance

En plus d’amener des sous dans les coffres, le Magasin général et le Café des Trois Pommiers, en place depuis respectivement 20 et 12 ans, permettent à une douzaine de personnes de réintégrer le marché du travail et d’acquérir de nouvelles compétences qui leur permettront d’ensuite poursuivre leur parcours professionnel. «Dans le fond, ce que je voulais, c’est semer la confiance que la personne a perdue et lui dire qu’elle a un rôle à jouer dans la société. Moi, j’ai confiance en ces gens-là», fait valoir Norman Dunn.

À l’heure actuelle, 46 employés œuvrent pour SOS Dépannage-Moisson Granby, incluant ceux et celles prenant part à une initiative de réinsertion. Environ 120 bénévoles gravitent également autour de ses différentes activités. L’organisation vient en aide à quelque 8000 personnes annuellement.