40e anniversaire du CALACS des Rivières: une prise de conscience plutôt qu’une célébration
COMMUNAUTAIRE. Sujet tabou dans la population lors de la fondation du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) des Rivières il y a 40 ans, les violences sexuelles et conjugales sont encore bien présentes de nos jours, malgré une prise de parole accrue sur ces enjeux. #MeToo, féminicides, prostitution, réseaux de trafic sexuel. Des phénomènes qui ont démontré l’importance de l’organisme à travers l’évolution de la société.
Pour la directrice du CALACS des Rivières, Chantal Brassard, le 40e anniversaire ne doit pas être célébré. Il doit plutôt permettre de souligner les besoins au niveau de la violence sexuelle.
« Ça fait 37 ans que je suis ici. Je n’aurais pas cru nécessairement que 40 ans plus tard, il y aurait encore des besoins. À l’époque, on se disait qu’on souhaite enrayer les violences sexuelles [nommées les agressions à caractère sexuel par le passé]. […] Oui, on peut célébrer l’implication, la mobilisation et le militantisme des femmes. En même temps, il y a encore des situations de violence sexuelle et il faut encore travailler sur les conséquences des violences », a-t-elle affirmé.
Cheminement
L’évolution de la société s’est traduite par une hausse du niveau de sollicitation. L’organisme fait plus de 1 000 interventions par année et reçoit également 150 à 200 nouvelles demandes d’aide.
« Par le passé, les gens se sentaient moins à l’aise de dénoncer. Cependant, la problématique s’est transformée au fil des années. Quand je suis arrivée, on parlait beaucoup de viol. Après ça, on a parlé d’agression sexuelle. On commençait à assister à une espèce de gradation au niveau de la violence sexuelle. Ensuite, on a parlé d’abus sexuel, qui semblait être un terme minimisant le tout. Maintenant, quand on parle de violences à caractère sexuel, ça vient englober plusieurs facettes et on parle vraiment de ses multiples visages aujourd’hui », a déclaré Chantal Brassard.
L’un des grands tournants en ce sens n’est nul autre que le phénomène #MeToo, particulièrement connu depuis octobre 2017 à la suite de l’affaire Harvey Weinstein.
Ce mouvement social a encouragé la prise de parole des femmes, l’exposition des nombreux visages de la violence à caractère sexuel et une prise de conscience sur la notion du consentement. C’est surtout cette dernière que la directrice du CALACS des Rivières considère comme le principal impact de cette période.
Adaptation
Parmi les autres moments marquants de l’association, Mme Brassard cite un projet visant à dresser un portrait de l’exploitation sexuelle en Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi, le changement de nom de l’organisme (CALACS de Granby autrefois) et son expansion d’il y a quelques années avec l’implantation d’un point de service dans Brome-Missisquoi.
« Ce qu’on voulait démontrer avec le projet, c’est qu’il n’y a pas seulement de l’exploitation sexuelle dans un grand centre comme Montréal, mais aussi en région. […] Ç’a vraiment démontré le besoin sur notre territoire. Depuis ce temps-là, notre programme a été maintenu par le ministère de la Sécurité publique [qui le finançait déjà] et il a pris de l’ampleur, notamment avec le projet AGATE [né en 2021 et vise à aider les personnes à sortir du milieu de la prostitution] », a indiqué Mme Brassard à propos du projet en exploitation sexuelle.
La mise en place du point de service dans Brome-Missisquoi a été bénéfique sur plusieurs aspects: temps de déplacement, proximité avec la clientèle de cette MRC, nombre de cas à aider. Une décision qui concordait bien avec le changement de nom.
« On a vraiment un point d’honneur d’être accessible pour l’ensemble du territoire, même si c’était à une heure de route. Maintenant, on a moins de distance à parcourir grâce à notre point de service dans Brome-Missisquoi », fait valoir la directrice du CALACS des Rivières.
Travail continu
Finalement, que pense-t-elle du nombre élevé de féminicides jusqu’ici cette année (soit six) et des efforts mis en place par le gouvernement, notamment avec la création du Tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale en 2021 (déployé dans l’ensemble de la province d’ici la fin de l’année) ?
« C’est certain que ça nous préoccupe, admet Chantal Brassard au sujet des féminicides survenus depuis le début de l’année. On ne peut pas passer ça sous le silence. Pour moi, c’est encore un symptôme qui prouve qu’il y a encore des inégalités flagrantes dans notre société. »
« C’est bien, mais ça ne règle pas tout. Oui, ça vient améliorer l’expérience du passage dans le système judiciaire. Toutefois, 90 % à 95 % des personnes victimes de violence sexuelle ne réussissent pas à se rendre en cour. […] Si ça se rend, c’est un investissement personnel, ça ramène des émotions et des conséquences de l’agression mises de côté pendant un certain temps. Ce sont des procédures qui s’éternisent. […] Améliorer le passage signifie aussi réduire le délai », conclut-elle concernant son avis sur le Tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale.
