Aristide et sa terre d’accueil

COMMÉMORATION. Pour Aristide, ce vendredi 20 juin a une saveur particulière. Le natif de la République centrafricaine a fui l’horreur pour recommencer une nouvelle vie dans sa terre d’accueil: le Canada. Récit d’un nouvel arrivant accosté à Granby depuis trois mois en cette Journée mondiale des réfugiés.

À la demande de Solidarité Ethnique Régionale de la Yamaska (SERY), le jeune homme de 26 ans est venu raconter le lourd récit de sa courte vie. Victime collatérale d’un conflit politique et militaire déclenché vers la fin de 2020, orphelin, persécuté, agressé, démuni puis déplacé vers le Cameroun. Lettre à la main, l’homme raconte son parcours désordonné en toute transparence. «C’est un immense honneur de partager un pan de mon histoire», confie-t-il à la trentaine de personnes présentes à cet hommage rendu aux réfugiés.

Une fois arrivé au camp de réfugiés en terre camerounaise, le sort d’Aristide ne s’améliore pas malgré les promesses avancées par une ONG (organisation non gouvernementale) qui lui avait fait miroiter de bonnes conditions. La guigne lui colle à la peau. C’est à ce moment qu’il fait la rencontre de Safia, celle qui deviendra éventuellement sa femme. Or, Aristide est de confession chrétienne alors que sa compagne suit les enseignements de la religion musulmane. La conversion à l’Islam pour l’amoureux de leur fille devient sèchement une exigence pour les beaux-parents. Refusant de se soumettre, Aristide reçoit des menaces de mort.

Direction Canada

Aristide rêve d’un monde meilleur. Son rêve se réalise en 2025 après avoir passé cinq ans dans un camp de réfugiés. Avec l’aide du Haut-commissariat aux réfugiés, Aristide, sa femme Safia, et leurs jumeaux, Aristophone et Ariane âgés de 2 ans, montent finalement à bord de l’avion qui doit les amener vers une contrée plus sécuritaire.

«À la grâce de Dieu, le Canada nous a ouvert les portes me permettant enfin de vivre libre et uni en famille (…). Je tiens à remercier le Gouvernement du Canada de m’avoir accueilli à un moment où j’avais besoin d’espoir», avoue le vingtenaire arrivé à Granby en avril dernier.

Oui, Aristide se plaît dans son nouveau coin de pays. «Franchement, pour dire vrai, c’est un sentiment de liberté. Ici, je sens que je peux vivre avec ma famille et avoir des opportunités de travail.» «Je ne veux pas que mes enfants vivent ce que j’ai vécu», ajoute l’homme qui rêve de devenir électricien.

Plus de 130 pays

Au quotidien, SERY accompagne des gens venus d’ailleurs provenant de plus de 130 pays. À savoir s’il y a trop ou pas assez d’immigrants, le DG de l’organisme, Frey Guevara, a une vision bien à lui du dossier.

«Le discours politique est basé sur les chiffres et on oublie l’être humain. Si on veut en parler des chiffres, on peut en parler. La catégorie humanitaire (réfugiés, demandeurs d’asile, personnes parrainées), c’est une minorité. Plus de 70 % des personnes immigrantes appartiennent à l’immigration économique», conclut-il.