Une bonne recette d’éducation faite maison

ÉDUCATION. Après avoir elle-même dispensé les cours à ses quatre enfants, Louise Poirier, a vu, l’automne dernier, le quatrième d’entre eux intégrer officiellement les bancs d’école. La maman waterloise a accepté de partager cette expérience avec le GranbyExpress, question de lever le voile sur cette décision souvent taboue qu’est celle de promulguer l’éducation dans le confort de son foyer.

Le calme plat s’est réinstallé dans la cuisine familiale, qui se métamorphosait auparavant en salle de classe de 9h à 15h en semaine. Avant Jean-Étienne (11 ans),  trois filles y ont aussi retrouvé chaque jour de la semaine leur enseignante et maman : Anne-Katéri (13 ans), Blandine (16 ans) et Marie-Jeanne (19 ans). Tous les membres de la fratrie ont aujourd’hui réintégré l’école régulière, dès la cinquième ou la sixième année du primaire. Le cadet a fermé la marche en septembre, sonnant le glas d’un chapitre important pour la famille.

S’inspirant de différents programmes (celui des frères Lyons, le Montessori ainsi que le Hattemer) et les adaptant en cours de route aux besoins de chacun de ses élèves, Mme Poirier dit avoir naturellement porté le chapeau d’enseignante auprès d’eux. «L’école, pour moi, ça a été quelque chose de naturel. J’ai commencé à faire l’école à mes enfants quand ils avaient un an ou deux ans avec des jeux de Montessori. Il n’y a jamais eu de commencement officiel de l’école, ça s’est fait comme une continuité», se souvient-elle.

Si Mme Poirier admet avoir vécu un certain deuil lorsque le cadet s’est rendu en classe pour la première fois, le jeu en aura totalement valu la chandelle, estime la maman. Au final, cette grande aventure familiale aura permis à ses membres d’être encore plus soudés. «Les gens trouvent notre famille extraordinaire. Je ne veux pas me vanter, mais c’est ce qu’on me dit souvent, parce que mes enfants sont heureux, qu’ils ont une super complicité entre eux et qu’il n’y a pas de réactions conflictuelles», explique-t-elle. Ce mode de vie leur a d’ailleurs permis de voyager pendant un an en Europe en 2008, d’où est originaire le père, Laurent Fontaine.

Celle qui est retournée sur le marché du travail il y a quelques mois à titre d’animatrice de pastorale est d’autant plus heureuse que l’expérience, riche sur le plan personnel, en a également été une positive au niveau scolaire. Admettant avoir vécu un petit stress lorsque l’aînée, sa toute première élève, s’est jointe au cursus régulier, la grande rentrée de chacun s’est bien déroulée. «Au niveau académique, ils étaient dans la bonne moyenne et même plus fort. Je dirais que c’est surtout au point de vue de leur personnalité qu’ils se sont fait remarquer comme des jeunes vraiment le fun», fait valoir Mme Poirier, qui admet avoir adapté ses méthodes et ses enseignements en cours de route, en devant elle-même assimiler beaucoup de notions afin d’être à même de les retransmettre.

Loin d’être isolés

Désirant témoigner du positif ressortant de cette grande démarche, l’aînée, Marie-Jeanne, a également accepté de discuter avec le GranbyExpress. Celle qui s’exprime avec une maturité exceptionnelle et de façon on ne peut plus posée estime avoir eu la chance de développer de forts liens avec sa mère, en plus d’avoir assimilé certaines bribes de matière de façon «encore plus profonde», par exemple en français. «Ce n’est pas vrai que parce que tu fais l’école maison que tu as moins de connaissance», lance-t-elle, avouant qu’une légère adaptation, par exemple avec les termes utilisés, a néanmoins été nécessaire lors de son arrivée dans le système scolaire.

Si l’une des critiques formulées à l’égard de l’école maison touche l’isolement des enfants, cette dernière plaide avoir pu compter sur un solide réseau social. Recevoir son éducation chez soi n’est pas nécessairement synonyme d’isolement, plaide celle qui étudie aujourd’hui à l’École nationale de la chanson de Granby. «Les gens craignent qu’on ne soit pas capable de s’intégrer dans un groupe ou de vivre dans la société. Ce n’est pas vrai, parce qu’on a des loisirs en à côté, tu vois du monde, tu te fais d’autres réseaux d’amis», assure-t-elle.

Faire confiance aux parents

À l’heure où le gouvernement provincial prévoit intensifier sa surveillance relativement à l’éducation dispensée hors des murs afin de s’assurer qu’elle respecte certains barèmes et que tous les enfants soient respectés dans leur droit à l’éducation, Mme Poirier estime que toutes les familles ne peuvent être mises dans le même panier. «Il faut faire confiance aux familles qui font l’école maison, parce que pour la plupart, c’est vraiment positif. Il y a quelques cas difficiles, mais il ne faut pas que cette minorité vienne entacher l’image de tous ceux qui ont fait ce choix-là», plaide la dame de 48 ans.

Elle cite par exemple le mouvement de déscolarisation (ou <I>unschooling<I>), qui consiste à répondre aux questions de la vie quotidienne de l’enfant en intégrant des notions de différentes disciplines, sans qu’un horaire ne soit formellement établi et qu’un programme ne soit suivi à la lettre. «Je trouve ça un peu dommage, parce que ça fait une certaine ombre sur ceux qui font l’école maison», explique-t-elle, admettant que certains parents seront peut-être froissés par sa prise de position.

Un choix à soupeser

Louise Poirier conseille aux familles qui seraient tentées par l’expérience de l’école maison de ne pas prendre cette décision à la légère. «Il faut que tu aies envie de le faire. Si tu le fais et que c’est une corvée, ça ne va pas réussir. Ton enfant va le sentir et ça ne va pas bien se passer. C’est une vie que tu adoptes, donc il faut que tu sois content de ton choix», explique-t-elle. S’il n’y a pas «de chemin meilleur qu’un autre» selon la mère, il semble que les Fontaine-Poirier aient trouvé leur propre recette : une voie qui a nécessité quelques compromis, une grande dose d’amour ainsi qu’un immense désir d’être fidèles à leurs convictions.