Circonscription de Granby: l’énigme politique qui résiste au temps

POLITIQUE. La circonscription de Granby a connu son lot de redécoupages de carte électorale depuis sa création en 1829. Le comté s’est rétréci au fil des modifications avant de s’agrandir pour la première fois de son histoire pour les prochaines élections provinciales grâce à l’ajout de la municipalité de Saint-Alphonse-de-Granby. Malgré tous les remaniements, les courants politiques n’ont cessé de changer.

Depuis l’entérinement de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1867, qui a mené à la mise en place de la Confédération canadienne, des députés du Parti libéral du Québec, de l’ancienne forme du Parti conservateur du Québec (qui a existé de 1850 à 1935), de l’Action libérale nationale, de l’Union nationale, du Parti québécois, de l’Action démocratique du Québec et de la Coalition avenir Québec, se sont succédé ou alternés dans la circonscription.

Beaucoup de changements, même situation

Les redécoupages de carte électorale ont pourtant été majeurs. Il faut dire que la forme d’origine de ce qui était autrefois connu comme le comté de Shefford regroupait six cantons (l’ex-canton d’Ely, Stukely, Shefford, Roxton, Milton, Granby) et le Village de Brome. Il a ensuite été renommé Granby en 2011, ne comptant que la municipalité homonyme durant 15 ans.

Selon des chiffres fournis par l’historien à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska (SHHY), Mario Gendron, couvrant une période qui s’échelonne de 1867 à 2008, la population du comté a élu un député d’un parti d’opposition lors de 15 des 38 élections.

Ainsi, en prenant tous ces facteurs en considération, quelle est la véritable identité politique de Granby ?

« C’est tellement complexe. Ça demanderait une analyse politique rigoureuse. […] Ce que je peux dire, c’est qu’il [le comté] était plutôt progressiste au début. Il y avait un sentiment anti-clergé assez radical en raison de nombreux scandales en ce sens au niveau local. […] Après, c’est plus nébuleux. On votait surtout pour la personne quand elle avait un rôle important [ministre ou premier ministre] au gouvernement, même encore aujourd’hui. […] Quelqu’un qui est sans charisme et inconnu du grand public n’a aucune chance ici. Ça touche aussi les candidats ayant le plus de chance d’être élu », affirme-t-il.

Un facteur presque comme les autres

La montée graduelle du nombre de personnes francophones dans la région influence les élections suivantes, favorisant notamment l’Union nationale, ajoute M. Gendron.

« Les libéraux n’étaient jamais bien loin derrière eux [les candidats de l’Union nationale]. […] Puis, tu devais souvent suivre le vote de ton père. Par exemple, s’il était rouge [libéral], tu votais rouge », explique l’historien.

La population de la municipalité de Granby a elle aussi cru de façon spectaculaire, renforçant ainsi peu à peu son poids au sein de la circonscription. Encore là, d’autres nuances qui ne permettent pas de résoudre l’énigme.

En effet, d’après d’autres données fournies par Mario Gendron, 4,6 % des gens du comté étaient granbyens en 1871, ce qui n’est pas significatif. Toutefois, ce taux bondit à 35 % en 1935, puis à 57 % en 1961.

« Les citoyens de la municipalité de Granby votaient majoritairement pour le parti au pouvoir. […] Oui, c’était fortement contrôlé par les libéraux parce que les familles Boivin et Leclerc exerçaient une influence notable pendant plusieurs années, mais il y avait une frange conservatrice qui trouvait que la modernisation se faisait à un rythme trop rapide », précise-t-il.

Mystère

L’analyse pôle par pôle des compositions d’origine de Shefford représente une autre bonne tentative de décortiquer pour un portrait « plus fin ». L’historien voit un inconvénient cependant.

« Ça va donner les mêmes résultats, les mêmes différences et écarts entre des partis. C’est à se demander également si des personnes de Valcourt ou de Lawrenceville se sentaient à part entière dans Shefford. Bref, ce sont toutes des choses insondables d’une certaine manière », conclut M. Gendron.