Décès d’une travailleuse de Luv Shack: le monoxyde de carbone en cause

ACCIDENT DE TRAVAIL. La travailleuse retrouvée morte dans un foodtruck de la compagnie Luv Shack, à Granby le 18 mai dernier, a été exposée à une  concentration mortelle de monoxyde de carbone (CO) produite par une génératrice à essence. C’est ce qui ressort de l’enquête menée par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESSST).

Les conclusions de l’investigation relative à cet accident de travail, le premier à survenir au Québec dans de telles circonstances,  ont été présentées mercredi matin aux médias. La victime, Lucie Lamarche de Granby, s’est rendue ce jour-là vers 15h15 à la place de la Gare où était stationné le camion de cuisine de rue; elle devait à ce moment procéder à sa fermeture.

Or, une génératrice d’une puissance allant jusqu’à 5,5 k W confinée à l’intérieur était alors en marche. «Il y a eu un fonctionnement de 25 minutes dans le lieu fermé, ce qui a mené à l’accumulation de monoxyde de carbone jusqu’à ce que soit atteinte la concentration mortelle à l’intérieur», explique l’ingénieur et inspecteur pour la CNESST, Luc Lefebvre. La dame de 58 ans n’aurait eu le temps que de monter à bord et d’éteindre l’équipement avant de perdre rapidement conscience dû à ce gaz inodore.

L’employeur, n’arrivant pas à rejoindre l’employée, s’est déplacé sur les lieux vers 18h15 et a retrouvé la dame inanimée. Les paramédics dépêchés dans le stationnement  ont transporté la travailleuse au centre hospitalier où son décès est constaté.

La CNESST a réalisé une simulation afin de faire la lumière sur les événements; des concentrations estimées entre 10 000 et 15 300 parties par million (PPM) de CO ont été répertoriées par les spécialistes de l’instance. «À partir de 1200 parties par million, on a un danger immédiat pour la vie humaine. Selon le centre anti-poison belge, une personne exposée à des concentrations de 12 800 PPM (subit) une perte de conscience immédiate et son décès survient entre une et trois minutes», vulgarise M. Lefebvre.

En mode prévention

Souhaitant éviter que d’autres tragédies similaires ne surviennent, la CNESST est en mode prévention. L’instance compte, entre autres, diffuser son rapport d’enquête à l’Association  des restaurateurs de rue afin que ses membres soient informés de ce cas. Ce document contient notamment des recommandations à l’intention d’entreprises utilisant de l’équipement servant à assurer l’alimentation électrique de certains appareillages.

«La première est de placer à l’extérieur les génératrices. On recommande aussi de suivre les recommandations des fabricants de génératrices qui génèrent du monoxyde de carbone», précise Hélène Hamann, directrice santé et sécurité du Service de la prévention-inspection à la CNESST.

Deux autocollants apposés sur la génératrice utilisée par Luv Shack mettaient d’ailleurs en garde son utilisateur. L’un d’eux spécifiait qu’elle ne devait pas être utilisée «à l’intérieur d’un bâtiment où les vapeurs nocives de monoxyde de carbone peuvent s’accumuler ». La CNESSST conseille également fortement aux employeurs œuvrant avec ce type d’appareil de former leur personnel  sur son utilisation sécuritaire et de les informer sur les dangers inhérents au gaz qu’il émet.

Cinq décès causés par le CO ont été répertoriés en province entre 2013 et 2017. C’est vraisemblablement  la première fois qu’un accident mortel survient dans les installations d’un camion de cuisine de rue au Québec.