Des transferts « forcés » d’élèves qui passent mal
ÉDUCATION. Lettres « froides », manque de transparence, incohérences dans le processus, mauvais ordre de critères, paresse bureaucratique. Des parents d’élèves du Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs (CSSVDC) dénoncent la façon dont sont menés les transferts d’élèves imposés en vue de la prochaine rentrée. Ils estiment que leurs enfants sont traités comme de simples numéros et que leur réalité humaine -allant de l’anxiété aux troubles alimentaires -est largement ignorée dans la prise de décision.
Catherine Carignan-Levasseur et Julie Vallières, mères d’enfant unique qui étudient à l’école des Perséides, à Granby, se sont jointes à la démarche de Steve Lacoste. Ce dernier est à l’origine d’une pétition réclamant des changements à la politique d’admission et d’inscription des élèves (PO-05), laquelle a recueilli près de 700 signatures au moment de mettre sous presse.
La fille de Mme Carignan-Levasseur éprouve des difficultés socioaffectives depuis ses débuts à l’école. L’adaptation a été tout sauf simple.
Après des mois de « petits pas », elle réussit enfin à se construire un cercle d’amies proches et avoir « le cœur léger à son retour de l’école » la plupart du temps.
Élément déclencheur
Le 19 mai, Catherine Carignan-Levasseur reçoit une lettre de l’école sollicitant des volontaires pour le transfert de quatre élèves qui fréquenteront la deuxième année l’an prochain vers l’école Eurêka, faute de places. Quelques jours plus tard, une tuile lui tombe sur la tête: sa fille fait partie des quatre élèves.
« On va prendre une enfant qui a mis du temps à s’adapter et la déraciner pour recommencer ailleurs: se faire de nouveaux amis, s’adapter à une nouvelle école et réapprendre les repères qui permettent de se sentir chez soi », affirme-t-elle.
La fille de Julie Vallières est confrontée à une situation similaire. De nature timide, elle a toujours eu de la difficulté à composer avec les changements.
« Elle a de la misère à manger son lunch en raison de son anxiété et revient à la maison sans avoir mangé. Aujourd’hui, elle va mieux et vient tout juste de trouver ses repères même si je dois encore l’accompagner jusqu’à la clôture chaque matin. […] On va vraiment lui enlever tout ça? […] Je ne vais pas lui donner un diagnostic pour la protéger de tout ça et lui apposer une étiquette inutile. »
« Paresse bureaucratique »
Dans les deux cas, Val-des-Cerfs s’est fié au premier des cinq critères de l’ordre du processus déterminant les élèves à être transférés, soit « un élève résidant à distance de marche le plus près de l’école d’accueil, n’ayant pas de fratrie dans le secteur ».
La distance ne représente pas l’écart entre la résidence de l’élève et l’école. C’est plutôt le temps requis le plus court pour un autobus entre ces deux points.
« Ma fille avait une grande sœur, décédée d’un cancer il y a une dizaine d’années. […] La considérer comme une enfant “sans fratrie” dans cette décision qui bouleversera son quotidien montre à quel point la procédure est froide et déconnectée de la réalité des familles », ajoute Julie Vallières.
