FICG 58: une “boule dans la gorge”, un revenant et quelques ambitieux
CULTURE. C’était soir de deuxième demi-finale du Grand concours Hydro-Québec du Festival international de la chanson de Granby (FICG) ce mercredi. Voici un résumé de la soirée.
David Dionne
Quelque chose clochait lors de son arrivée sur scène. Une voix qui se casse trop facilement n’est pas normale.
Coup de théâtre: il a une “boule dans la gorge”. Il interrompt sa performance pour le signifier, de quoi ajouter une couche de pression supplémentaire sur ses épaules avec cette contrainte. Ça ne pouvait pas aussi mal commencer pour le natif de Sorel-Tracy. Heureusement pour lui, le public l’a ovationné lors de chacune de ses chansons.
Dans un style indie-folk, une “boule dans la gorge” peut devenir un atout. Cela n’a pas été le cas lors de Dans ton sang. Une composition des plus décousues avec des sonorités acoustiques assez répétitives. L’auteur de ses lignes est incapable de la décrire tellement l’oeuvre semblait manquer une identité claire.
Sur Palier 2, il franchit enfin une bonne étape. On pouvait enfin sentir l’indie-folk en l’artiste. Sa voix plus adoucie et les mélodies méditatives sont calquées pour un moment de confort en nature loin de tout.
David Dionne a ensuite osé sur Marguerite, dont le titre est inspiré du nom qu’il donnerait à son bébé si c’était une fille. Une chanson plus intimiste et conversationnelle à la Alexandre Poulin, dotée de douces sonorités de cloche à vache.
Alexandrine Larson
Quand on parle d’oser, Alexandrine Larson a bien su le faire. Du tam-tam dans une chanson folk? C’est de cette façon qu’elle a débuté avec La nyctale et le faon…pour ensuite mélanger le tout avec de la guitare et de la batterie, puis une voix à la fois douce et grave.
Cette fable autobiographique qui évoque les hauts et les bas traversés en compagnie de sa soeur donne le goût d’écouter et de danser librement dans cette légèreté qu’elle propose. La Montréalaise continue dans cette douceur sur Quelque part, qui raconte une peine d’amour personnelle. Un incroyable agencement entre une voix en écho, de l’électro doux et de la guitare, semblable au style de Daniel Bélanger.
Ce n’est pas tout. L’artiste se risque en élevant sa voix comme un chant d’opéra sur Les battures. Un pari réussi dans un son qui donne l’impression d’être tout près de l’eau d’une plage grâce à la guitare et l’électro.
Elle conclut la pièce tel un phénix en déployant ses ailes en libérant sa voix.
Tristan Guay
Après le joyeux festin servi par Alexandrine Larson, la barre était relevée pour le participant suivant, Tristan Guay.
S’il souhaitait se distinguer dans le folk, le participant au Grand concours Hydro-Québec en 2022 devait utiliser son autre genre, soit l’indie-rock.
Malheureusement, l’ordre des chansons était loin d’être le meilleur. Commencer par une chanson rock; Les marées, faite sur mesure pour des spectacles dans des stades à grande capacité…et passer à du folk tout de suite après (Jardin des regrets) n’était pas la chose à effectuer. Un moyen facile de potentiellement perdre l’intérêt du public.
La deuxième moitié de l’oeuvre est intrigante. Le Gatinois nous amène vers un rock des années 1970.
La culture québécoise, Tristan Guay l’a tatouée sur le coeur, ce qui a inspiré Lévesque. On retiendra un style que préconise habituellement Patrice Michaud, soit de mélanger divers instruments qui permettent une folle aventure musicale de quelques minutes, tout en laissant les instruments s’exprimer comme des paroles.
Bref, aucune vraie prise de risque pour l’artiste. Oui, des chansons bonnes pour les radios commerciales par ses paroles simples et des riffs accrocheurs, mais plus près du pop-rock que de l’indie-rock.
Flore & JADE
Le quintette y est allé d’une introduction captivante sur Café Klem, alors que Flore (la chanteuse du groupe) a commencé en étant assise à une table avec un café. Quoi de mieux que des sonorités s’apparentant à du latino? Un concept prometteur!
Les promesses n’ont toutefois pas été remplies. Guitare, batterie, voix… tout était monotone.
Une tonalité trop douce lors des refrains, pas la meilleure chose non plus. Tenter d’improviser un tantinet d’opéra, encore moins.
Par la suite, Je sais, je sais comportait son lot d’incohérences. Entre des guitares qui semblaient mal accordées, le micro de la chanteuse tenu trop près de la bouche et un solo de basse énigmatique, la pièce était un peu plus entraînante uniquement grâce aux grands coups de batterie.
Le groupe a heureusement terminé sur une bonne note. Réunissant notamment le père, le frère et le copain de Flore, Histoire de famille cadre bien avec l’ADN pop jazz du quintette. La guitare acoustique a été priorisée, le rythme est léger, la voix douce s’agence bien. Deux bémols: un solo de guitare électrique pas nécessaire et des paroles parfois répétitives.
Patrick Lac
On a ici une histoire assez touchante. Après neuf ans loin de la musique, Patrick Lac a fait son retour dans cet univers l’an dernier.
Celui qui habite à Nelson en Colombie-Britannique depuis quelques années a bien débuté en faisant sonner sa guitare comme du ukulele sur le bord d’une plage lors des premières secondes de Fort McMurray. Le morceau ressemble ensuite aux airs de Doors de Noah Kahan, l’un des titres de son plus récent album, The Great Divide.
Pardonnons-lui la voix légèrement cassée. Après tout, il se dérouille peu à peu. Neuf ans, c’est long.
Ses longues pauses sans parole ni instrument, bien calculées avant ses refrains, donnent du tonus à la pièce.
Le natif d’Outaouais pensait tomber sur un volcan lors de sa deuxième chanson (Pyromane). Il a plutôt chuté brutalement sur terre.
Ce futur single qui paraîtra vendredi a été pensé il y a 12 ans. Plus le titre avance, plus que le son rock monte en crescendo. L’éclairage jaune et rouge laissait présager qu’une explosion volcanique était sur le point de survenir. Finalement, cela n’aura pas été le cas. Une transition vers du folk. Chose certaine, il n’a pas “brûlé les ponts” comme il prétend le faire au cours du morceau.
La voix en écho pendant des coups de pied sur la pédale de batterie ne s’est pas avérée une bonne idée sur Lac Miroir.
Encore une fois, des promesses non respectées. Demander à la foule de taper des mains était intéressant. Une montée en crescendo convenable cette fois-ci? Toujours pas. Les sonorités répétitives des guitares et de la batterie n’ont pas aidé. Bref, plutôt décousu.
SABAYA
La cerise sur le sundae nous a gâtés avec sa pop et son RnB…et pas à peu près.
Du piano en crescendo, combiné à l’ajout graduel de plusieurs instruments, un refrain avec le “Coeur qui bat” (le titre de la première chanson), la batterie à la toute fin et une voix bien ajustée au tempo. La perfection.
Pour sa seconde pièce Ensemble, la Franco-Ivoirienne d’origine a offert également une incursion dans l’univers folk.
SABAYA a conclu en faisant tourner bien des têtes avec Ça tourne. La Montréalaise d’adoption a été ambitieuse. Une réussite sur toute la ligne.
Un retour au piano. Une voix douce. Vient ensuite de l’opéra. Les mélodies se transforment en véritable comédie musicale, combinées à des sonorités dépoussiérées des synthétiseurs des années 1980.
Pendant le premier refrain, l’artiste se lève pour chanter debout au micro. La soirée se termine avec l’ajout de la batterie et des cris. Une façon honorable de libérer ses émotions (et de conclure).
