FICG 58: une soirée très éclectique

CULTURE. C’était soir de troisième demi-finale du Grand concours Hydro-Québec du Festival international de la chanson de Granby (FICG) ce jeudi. Voici un résumé de la soirée.

Système Féodal

Cette troisième demi-finale sera probablement considérée comme la plus éclectique des quatre. Pour partir le bal, c’était le métal progressif de Système Féodal. Habituellement niché, ce genre de musique tend à avoir de la difficulté à ratisser son public. On peut dire que c’est mission réussie pour le quintette.

De la variété, le groupe ne cessait d’en redonner. Dans Le sentier, la chanson commence tout doucement au piano, puis devient un morceau parfait pour des pièces théâtrales avec la pléthore de tonalités de son interprète Paul-Étienne Paquin, sa voix mélodique, ses passages ressemblant à de l’opéra. Ajoutez à cela un solo de guitare électrique, des transitions instrumentales et un jeu de lumière spectaculaire. Un début parfait qui a rendu le métal plus accessible que jamais.

La suite réservait quelque chose d’unique, alors que leur marathon de presque dix minutes de Prélude au roi a été scindé en deux parties. Quelle décision audacieuse avec une longue introduction instrumentale, une entrée apaisante du chanteur, suivi de la guitare électrique et de la batterie à fond avec une voix grave.

Ce n’était pas terminé. Une conclusion qui faisait penser aux caisses claires de marché utilisées lors de fanfares ou de rassemblements militaires.

Chose certaine, les spectateurs ont été conquis. Leur performance spectaculaire a été saluée par une longue ovation. La barre était assez relevée pour l’artiste suivante.

Sandrine Marin

Sandrine Marin a commencé à jouer de la musique… il y a seulement trois ans. Celle qui a récemment fait la première partie de certains spectacles de Marie-Mai n’a pas laissé transparaître le moindre soupçon d’inexpérience.

Tout au long de son trio de titres, on aurait cru entendre une réplique de Charlotte Cardin.

Élégie allie une voix en écho sans le moindre instrument, des touches de guitare électrique, de l’électro calqué sur son chant comme si elle était possédée par un esprit, ainsi que du métal.

Sa deuxième pièce, Brise mon coeur, peut sembler quelque peu pareille pendant un bon bout, avant de comprendre que l’augmentation de tempo signifie qu’elle veut à tout prix qu’on “brise son coeur”.

La Sherbrookoise débute de façon différente sur Minotaure. Plutôt que d’y aller en douceur, l’artiste nous transporte dans un enchaînement d’instruments assez fou: guitare, piano, synthétiseur et gros coups de batterie.

Une voix douce ne convient pas souvent à des sonorités plus fortes. Ce n’est pas le cas ici; ça marche. Elle enchaîne également les timbres de métal avant chaque refrain pour tenter de vaincre ce minotaure.

Albert Asselin

Non, le diplômé en musique jazz à l’Université de Montréal ne s’en est pas sorti indemne. Les mélodies arabiques et le piano typique d’un café français l’ont distingué dans Si je m’en sors indemne, mais sans plus. Le natif de Québec n’avait pas tellement le goût du risque en n’osant pas monter ses tonalités plus hautes ou plus basses.

On ne lui donnera pas deux fleurs pour l’oeuvre du même nom. Le stress s’est malheureusement emparé d’Albert Asselin, provoquant un manque de confiance… et cela était visible. Il a enfin tenté d’aller vers un ton plus élevé… sans réel succès. Sa voix était sur le bord de craquer.

Seul point positif: les guitares et la batterie qui résonnaient comme une combinaison de Jean Leloup avec le groupe Les Trois Accords.

Je m’en irai représentait son “havre de paix lors de moments difficiles”. Un morceau qui est arrivé à bon point pour lui. Fini l’électro, place aux légèretés de la guitare et à l’art de prendre son temps en ajoutant des instruments au compte-gouttes. L’artiste a bien géré l’élévation de sa voix. Bref, le type de piste plus intimiste qui convenait bien à Albert Asselin.

Sylvie Walker

Avec toutes ses années d’expérience, Sylvie Walker se doit de bien connaître les codes du folk.

Bien que le mélange de guitare et de batterie soit intéressant sur Cimetière et que ses palettes vocales ont une bonne variété, une chose fait défaut. En effet, elle joue la guitare de manière un peu trop simpliste, apportant une certaine monotonie dans l’ensemble.

La Saskatonienne aime écrire des chansons. Celles-ci représentent de la thérapie “moins chère”, a-t-elle indiqué à la blague avant de Dormir avec le diable.

Le folk a semblé absent de l’oeuvre. La guitare étant pratiquement inaudible dans des sonorités se voulant plus rythmiques. Le manque de confiance était flagrant là aussi.

Le seul véritable moment qui correspondait vraiment à l’ADN voulu de la chanson était la voix plus élevée de l’artiste lors des refrains qui permettaient de repousser le diable.

Ce personnage s’est sûrement emparé de la guitare de l’autrice-compositrice, mal accordée avant de commencer Eveline, mais aussi de Sylvie Walker elle-même. Un moment d’hésitation de quelques secondes à un certain moment dans le morceau et des structures mal ficelées.

Un coup manqué? À suivre…

Alex Gaudreault

On a été gâté avec Qui sait. Malgré son étiquette pop, Alex Gaudreault a joué de polyvalence avec du jazz en toute légèreté avec un peu de guitare et de batterie. La voix féminine du jeune homme de 22 ans peut surprendre à la première écoute, mais on s’y habitue au fil des pistes. Cette première chanson devient entraînante comme de la vraie pop par la suite.

Sur Par le temps, le Montréalais ne se gêne pas pour aller vite au chant ainsi qu’au piano, ce qui lui cause un manque de stabilité vocale.

Le titre s’avère plutôt un copier-coller du premier. La prise de risque est absente. C’est également le cas pour Dans ma tête, sur lequel le piano aurait pu être plus mis en valeur.

Clémence Dufour

La soirée s’est conclue de la même façon qu’elle a commencé: en beauté.

L’univers pop de Clémence Dufour est sans limite… et enchanteur..

De l’électro au rock, en passant par des cris angéliques, Dans nos archives restera gravé dans la mémoire des spectateurs.

La Saguenéenne a bien fait de choisir une touche minimaliste avec ses instruments dans son Couloir de la mort, qui raconte une amitié toxique de son passé. Sa voix envoûtante est mise de l’avant. L’autrice-compositrice-interprète nous offre même un solo de guitare électrique et une tonalité plus grave au passage.

Finalement, Les reliques de minuit est son oeuvre la plus folk de son répertoire. Clémence Dufour démontre qu’elle n’a pas froid aux yeux en osant des sonorités tout droit sorties des années 1990, mêlées à des accents acoustiques.

L’artiste continue de surprendre jusqu’à la toute fin avec un autre solo de guitare électrique (sombre cette fois-ci) qui cadre bien avec le thème de sa pièce, soit l’épouvante.

Elle se libère de son cauchemar grâce aux gros coups de batterie et sa voix plus élevée.