Granby fait appel à un économiste de la construction

CONSTRUCTION. Pour la toute première fois, la Ville de Granby s’apprête à embaucher un économiste de la construction pour le projet de centre aquatique. Un service professionnel méconnu que l’on pourrait qualifier d’«assurance contre les dépassements de coûts».

Pour ce premier défi du Bureau de projets dirigé par Daniel Surprenant, la Ville de Granby a choisi d’ajouter un professionnel de plus sur le chantier. «C’est un très gros projet, on veut s’assurer d’une gestion serrée des coûts», résume M. Surprenant. L’estimation de départ fixe la valeur du chantier à 30 M$.

L’économiste en construction qui se verra octroyer le mandat par appel d’offres sera partie prenante de tous les aspects du projet. «Il vient en support aux deux firmes qui réalisent les plans et devis. C’est un expert en construction capable de reconnaître les meilleures façons d’économiser des coûts», ajoute le responsable du dossier.

Après les chantiers chaotiques de la caserne d’incendie et du centre sportif Léonard-Grondin qui ont entraîné dépassements de coûts et procédures judiciaires, doit-on y voir un désaveu envers les firmes de professionnels?

«Ce n’est pas un désaveu, mais une pratique plus pointue et améliorée, répond Daniel Surprenant. C’est un gros chantier. Des centres aquatiques de 30 M$, on n’en fait pas souvent. La formation d’ingénieur n’est pas précise sur la pratique et les coûts. L’enjeu est toujours le coût et les délais, alors on amène des économies en amont.»

L’économiste sera impliqué dès le processus d’analyse de la valeur. Il sera intégré au brainstorming entre architectes et ingénieurs afin d’optimiser la conception du bâtiment.

Cette ressource sera aussi disponible pendant la construction. «Dans les cas litigieux, si on a besoin de travaux supplémentaires, on peut le consulter pour savoir si le prix est réaliste», souligne le directeur du bureau de projets.

Assurance contre les dépassements de coûts

Vice-président de l’Association des estimateurs et économistes de la construction du Québec (AEECQ), André Lavoie n’hésite pas à comparer les services de ses membres à une assurance contre les dépassements de coûts.

«L’économiste confirme l’évaluation budgétaire et valide l’estimation avec le projet des professionnels. On s’assure que l’on développe selon les paramètres convenus au départ», insiste celui qui occupe aussi le poste de directeur des estimations à la Société québécoise des infrastructures.

L’après Commission Charbonneau

De l’avis de Daniel Surprenant, de plus en plus de municipalités font appel aux services d’un économiste en construction. Lui-même aimerait implanter cette pratique à Granby. Une conséquence des révélations de la Commission Charbonneau sur l’industrie de la construction? «Sans aucun doute, c’est sûr que les villes surveillent plus ce que font les professionnels. C’est un œil objectif extérieur», croit-il.

Une impression confirmée par le vice-président de l’Association des estimateurs et économistes de la construction du Québec (AEECQ). André Lavoie soutient que l’association reçoit un nombre plus important d’appels de gens qui s’intéressent au travail de la centaine de membres de l’AEECQ. Son pendant canadien compte environ 1000 membres.

«Dans le reste du Canada, l’économiste est partie prenante dans un projet. Au Québec, on confie les budgets aux professionnels, mais des fois ils ont tendance à être confiants ou optimistes dans leur projet. Il y a très peu de programmes sur l’estimation et les budgets dans les universités pour les architectes et les ingénieurs», compare M. Lavoie en ajoutant que l’École de technologie supérieure offre une bonne formation.

Afin de répondre à la demande croissante, l’AEECQ tente d’accréditer de nouveaux membres, mais les candidats se font rares. «Ça prend des connaissances, une vision plus large de l’économie de la construction. Il faut avoir assez de vécu», indique-t-il.