Il y a 40 ans…Waterloo détruite par un incendie historique

HISTOIRE. Dix-huit édifices détruits, 200 personnes à la rue, des pertes évaluées à 3 M$. Le 29 juin 1975, un incendie majeur a réduit en cendres une partie du centre-ville de Waterloo, marquant au fer rouge les résidents de la place. À l’aube des 40 ans de ce brasier historique, Granby Express relate les faits marquants de cette conflagration à partir d’archives et de témoignages.

Un simple jeu d’enfants s’amusant avec des allumettes a changé à jamais l’histoire de Waterloo le 29 juin 1975 lorsque des flammes ont pris naissance. «Ça s’est propagé. Des voisins brûlaient des choses dans des barils alors les gens n’en ont pas fait de cas. Le feu est passé au travers de garages de bois en rangée», se rappelle Joseph (Jos) Gallagher, qui était, à l’époque, chef adjoint des pompiers volontaires de Waterloo. Vers 16h, les sirènes appelant les pompiers au feu se sont mises à retentir en ville. Un long combat s’annonçait; les flammes avaient atteint la cour à bois du centre de rénovation Adam Lumber.

Qui plus est, de forts vents soufflaient sur la ville en ce dimanche après-midi favorisant la progression des flammes menant au pire incendie qu’a connu Waterloo au 20e siècle.

«En raison de la chaleur et de l’indice très élevé d’inflammabilité, les flammes se sont propagées avec une rapidité inouïe s’attaquant successivement aux immeubles avoisinants qui brûlaient en un rien de temps et s’écroulaient comme des châteaux de cartes», écrivait, dans l’édition du 30 juin 1975, un journaliste de La Voix de l’Est.

Quatre alertes ont été sonnées. Soixante-quinze pompiers de Waterloo, Granby, Valcourt, Lac-Brome, Cowansville et Farnham ont participé aux efforts d’extinction. «Ça n’a pas été long éteindre le feu. Ce qui a été long, c’était d’éteindre les petits feux», indique Paul-Éloi Dufresne, sinistré à l’époque et aujourd’hui, conseiller municipal de Waterloo. «On a été 24 heures là-dessus, si ce n’est pas plus», ajoute Jos Gallagher.

Trois pompiers ont été blessés durant le brasier. Un sapeur a souffert d’une fracture à une cheville, un a subi une brûlure à un avant-bras et un autre a été incommodé par la fumée. Une femme a dû être transportée à l’hôpital pour un choc nerveux. Un bilan somme toute positif malgré l’ampleur de l’incendie. 

Dégâts

Selon des archives consultées à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, le quadrilatère formé par le lac Waterloo, les rues Foster, Shaw et St-Joseph a été réduit en cendres. «À l’exception de quelques maisons arrachées aux flammes de justesse, tout ce quadrilatère n’était plus hier soir que ruines fumantes, donnant à penser qu’un gros avion s’y était écrasé», lit-on dans une découpure de La Voix de l’Est du 30 juin 1975.

L’incendie majeur, appelé conflagration à l’époque, a jeté au sol les Ameublements Waterloo, un magasin de bicyclettes, un dépanneur, un salon de barbier, le centre de rénovation Adam Lumber, un supermarché IGA, un magasin de fruits et de légumes et un bureau d’assurances. Des résidences ainsi que des appartements érigés aux étages supérieurs des commerces ont aussi été réduits en cendres.

Trente-trois familles, soit environ 200 personnes, dont la mère de Joseph Gallagher et la famille de Paul-Éloi Dufresne (voir autre texte), se sont retrouvées sur le pavé.  Un comité a été créé pour venir en aide aux sinistrés qui ne pouvaient bénéficier du support de la Croix-Rouge à l’époque.

Les pertes matérielles sont évaluées entre 2 et 3M $. Selon le chef des pompiers volontaires de l’époque, Déodat Cabana, qui s’était confié dans La Voix de l’Est du 2 juillet 1975, la disparition de la firme Adam Lumber à elle seule constituait une perte d’environ 1 M$.

Impact

Cet incendie historique a eu un impact sur la Waterloo d’aujourd’hui. «Il n’y a pas grand monde qui s’est construit là. Ça faisait partie du centre-ville», dit Paul-Éloi Dufresne. Certains commerçants ont préféré reconstruire sur la rue Foster, modifiant la configuration commerciale de la municipalité.

 

Une décennie incendiaire à Waterloo

Les années 70 ont été incendiaires à Waterloo. Outre la disparition du théâtre Shaw et la destruction d’une partie du centre-ville de Waterloo en 1975, les Waterlois ont vécu la perte de l’église Saint-Bernardin en juin 1974. «L’église a été rasée au sol dans le temps de le dire», peut-on lire dans une coupure de journal de l’époque, document consulté à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.

«L’imposant édifice, situé à l’angle des rues Foster et Lewis Ouest, a flambé en l’espace d’une heure seulement entre 15 heures et 16 heures. Quand les flammes se sont apaisées, seuls les murs de pierre restaient encore debout», écrivait un journaliste de La Voix de l’Est dans l’édition du 18 juin 1974. Si au départ la main criminelle était l’hypothèse privilégiée pour expliquer le brasier, l’incendie qui a causé la perte du lieu de culte serait dû à une surcharge de courant dans le système électrique de l’église.

Selon des propos recueillis dans un journal de l’époque, le chanoine Roland Frigon, qui était curé de la paroisse, évaluait la valeur globale de l’église à 1 M$. L’église Saint-Bernardin, construite en 1864, rénovée en 1878, en 1905 et en 1965, a complètement changé d’allure après l’incendie. Des matériaux non combustibles ont été privilégiés lors de la reconstruction.

 

L’incendie historique vécu par…

Paul-Éloi Dufresne, conseiller municipal et sinistré

«J’ai tout perdu.» Le 28 juin 1975, Paul-Éloi Dufresne a acquis un vieux chalet à proximité du lac Waterloo. Le lendemain, lui, son épouse et leurs quatre enfants y célébraient l’anniversaire d’un de leurs garçons qui soufflait ses 18 chandelles. Vers 16h, les festivités ont drastiquement pris fin. «Ça s’est mis à sonner. Je suis un ancien pompier. Juste de la manière que ça sonnait…», souffle-t-il. La famille a pris place dans la voiture. Quand M. Dufresne est arrivé à la hauteur de l’aréna, il a constaté l’ampleur du désastre. «Les enfants pleuraient. On est retourné au chalet», se remémore l’homme aujourd’hui âgé de 78 ans. Du brasier, il ne lui restait seulement qu’un réfrigérateur et une balayeuse qui se trouvaient au chalet. Leur résidence – et tout son contenu – avait été réduite en cendres. «Il a fallu se revirer de bord. Je n’avais pas une cenne», lance-t-il. Malgré ce coup dur, Paul-Éloi Dufresne dresse une belle leçon de vie. «Ce n’est pas la plus belle chose qui m’est arrivée, mais c’est une des meilleures. À partir de cette épreuve, j’ai tellement appris. C’était do or die. Ma femme et moi sommes retroussés les manches. Les quatre enfants aussi. Ils ont beaucoup appris. Ils m’accompagnaient là-dedans.»

Joseph Gallagher, chef adjoint des pompiers volontaires de Waterloo en 1975

Joseph Gallagher, alias Jos, faisait une sieste dans l’après-midi du 29 juin 1975. Il avait passé la nuit précédente à combattre l’incendie du théâtre Shaw. «Quand j’ai entendu la sirène crier, je me suis levé. Je pensais que c’était l’incendie du théâtre qui avait repris, mais je ne voyais pas de boucane. Je me suis rendu à la caserne et on m’a donné l’adresse, que c’était chez Adam Lumber et que ça allait mal. Les flammes étaient 25 pieds dans les airs», raconte-t-il. Le pompier a passé de longues heures à combattre, avec les moyens du bord, cet infernal brasier. «À la fin, les bornes-fontaines ne fournissaient plus. Les camions descendaient au lac», ajoute M. Gallagher.

Pascal Russell, maire de Waterloo

«J’étais chez ma grand-mère à l’extrémité de la ville. Dans ce temps-là, je courais les feux à vélo. J’ai entendu les sirènes et j’ai vu la fumée noire. Le lendemain, j’ai vu les parcomètres fondus. Je suis resté marqué. Il n’y avait que les cheminées debout. Je demeurais dans le carré Foster. Beaucoup de mes amis sont passés au feu.»

Ce qu’ils ont dit

«C’est mon plus gros feu à vie» – Joseph Gallagher, chef adjoint des pompiers volontaires de Waterloo en 1975. A été pompier durant 35 ans.

«C’était notre Lac-Mégantic» – Pascal Russell, maire de Waterloo

«Ça a marqué notre ville» – Patrick Gallagher, directeur du Service de sécurité incendie de Waterloo et fils de Joseph Gallagher.