Un jeune Granbyen se braque contre l’intimidation

ÉDUCATION. Suite à un épisode d’intimidation récemment survenu à l’école secondaire L’Envolée de Granby, un ancien élève de 21 ans, Dardan Isufi, monte aux barricades, invitant également ses concitoyens à lever le bouclier.

La semaine dernière, l’étudiant en sciences politiques de l’Université McGill acheminait aux journaux locaux une lettre d’opinion faisant mention d’un cas dont il a été informé et dont a été victime un élève de secondaire 1. L’instigateur a cosigné cette missive intitulée «L’Envolée : l’intimidation sévit encore dans nos écoles» avec quatre autres jeunes adultes granbyens étudiant dans diverses sphères, soit Véronique Larouche, Sandrine Khuon, Cédric Champagne et Charlotte Lessard. S’il ne pointe du doigt ni la direction de l’école ni la Commission scolaire du Val-des-Cerfs, le groupe informel déplore que l’intimidateur en question n’a été «aucunement pris en charge» et la victime, «doublement victimisée» suite à sa dénonciation.

Si ce dossier est désormais considéré comme classé, le jeune homme n’est qu’à demi-rassuré. «Il y a clairement un manque de ressources et je ne parle pas nécessairement de travailleurs sociaux. Par exemple, l’animateur à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire (AVSEC) est partagé entre plusieurs écoles, maintenant. […] Le problème, il vient d’en haut», explique-t-il, faisant référence aux coupures des dernières années dans le réseau de l’éducation.

Selon lui, le manque de ressources spécialisées dans les écoles et la surcharge des professeurs sont également au cœur du problème. Il estime que la mise sur pied de différents comités et d’activités supplémentaires permettrait aux étudiants de mieux se connaître et de développer des liens positifs dans un autre contexte.

Pour éviter d’autres tragédies

Triste coïncidence ; le jour même de la parution de ladite lettre d’opinion dans La Voix de l’Est, un adolescent de 15 ans de Saint-Bruno-de-Montarville, Simon Dufour, se donnait la mort. Le garçon qui s’est jeté devant un train était victime d’intimidation à l’école, selon sa famille. Il faut éviter à tout prix qu’un tel drame ne survienne à nouveau et en tirer une leçon, croit Dardan Isufi.

«Ça m’inquiète! Il n’avait que 15 ans et il a sauté devant un train. C’est grave! On vient de perdre un être humain, une personne qui aurait contribué à la société […].On ne peut pas dire que c’est la faute de personne. Ce serait trop facile de s’en laver les mains.»

Il espère que sa sortie médiatique poussera d’autres citoyens à se positionner contre l’intimidation en milieu scolaire et les invite à prendre la balle au bond de la façon dont ils le souhaiteront. «J’espère qu’un mouvement va se créer et que d’autres vont embarquer, des personnes qui ont de l’expertise. Moi, je n’en ai pas nécessairement. Tout ce que j’ai, c’est des études et une conscience sociale», image-t-il.

Les jeunes ne sont pas abandonnés

Joint par le GranbyExpress, le directeur des services éducatifs à la Commission scolaire du Val-des-Cerfs, Carl Morissette, assure que l’épisode relaté dans la lettre d’opinion a adéquatement été pris en charge. Il spécifie que comme toutes les écoles du Québec depuis l’adoption de la loi 56, en juin 2012, L’Envolée possède un plan de lutte contre l’intimidation et que les cas qui se présentent au sein de l’institution sont réglés avec une approche éducative. Les membres de la direction et l’équipe-école s’impliquent d’ailleurs pour contrer ce fléau, fait-il valoir. «Est-ce que la situation est parfaite? Certainement pas. Mais il n’y a pas de situation d’intimidation qui est laissée en plan par manque de ressources».

M. Morissette ajoute que l’enjeu de l’intimidation est pris au sérieux par la commission scolaire. Le décès de Simon Dufour conscientisera certainement encore davantage et poussera sans aucun doute les différentes écoles à se questionner quant aux cas survenus dans leur enceinte au cours des derniers mois, croit-il. «Ça remue beaucoup, parce qu’effectivement, on se rend compte que ça peut arriver dans n’importe quel milieu. J’imagine que cette école-là avait aussi un protocole et des façons de faire. Ça ramène l’importance de cet enjeu-là à l’avant-plan».