La teinture végétale: un savoir-faire ancien remis au goût du jour
AFFAIRES. Il n’y a pas qu’Obélix qui est tombé dans une marmite quand il était tout-petit, c’est également le cas pour Lina Poudrier, qui a découvert sa passion pour la teinture végétale dans sa jeunesse. La propriétaire de l’Atelier TEZOM à Waterloo applique notamment ce colorant naturel sur des produits textiles tels que des vêtements. Un savoir-faire peu commun de nos jours qui tient ses origines de l’époque de l’homme de Cro-Magnon, il y a près de 30 000 ans.
La passion de la native de Saint-Calixte est devenue de plus en plus sérieuse au fil des années. Celle qui a déménagé sur la Rive-Sud de Montréal dans sa vingtaine a longtemps occupé un poste de directrice de comptes chez Desjardins. Un épuisement professionnel l’amène vers des changements importants, dont un déménagement en Estrie en 2019.
La future sexagénaire décide de convertir son passe-temps en emploi peu de temps après en mettant sur pied un atelier privé à Bedford.
« Ça faisait longtemps que j’avais un atelier où les gens ne pouvaient pas venir me voir. J’étais au deuxième étage d’un bâtiment et c’était difficile d’accès. Le fruit de mon travail restait caché. Je faisais beaucoup de marchés publics. Tout le monde pouvait aller à ma rencontre. […] J’ai décidé d’ouvrir la boutique [en janvier 2025] pour partager mon travail, mais surtout celui des autres », a détaillé Mme Poudrier.
Naturel
Ses conceptions se faisaient d’abord à sa boutique. Fabriquer des bandanas, des foulards et des écharpes en appliquant de la teinture végétale exige énormément de minutie. Pas une seule minute sans supervision n’est possible.
« Je me rendais compte que je perdais le nord quand je discutais avec des visiteurs qui venaient d’entrer. […] Les températures variaient trop. C’est pour cela que j’ai ramené la fabrication chez moi », a expliqué la fondatrice de la boutique.
L’aromathérapeute fait pousser plusieurs plantations et fleurs à son domicile de Waterloo du printemps à l’automne. Elle conçoit surtout ses produits en hiver. Parmi celles-ci, du cosmos rose, du cosmos sulfureux, du tagète, de la marigold, de la camomille des teinturiers et de la scabieuse noire.
Processus
Il faut deux jours pour concevoir un tissu à partir de teintures végétales. Une ribambelle d’étapes et de long temps de pause sont nécessaires.
Prenons l’exemple d’un tissu comme un foulard. Le tissu doit être nettoyé dès le départ. Pas cinq minutes, mais près d’une heure de lavage.
« Toutes les matières ont des résidus. Il ne doit plus en rester un seul. Sinon, la teinture ne pourra pas s’intégrer dans le matériau », a-t-elle détaillé.
Vient ensuite le passage dans un bain de tanin, une sorte de première couche avant le mordançage. Ce dernier, un autre type de bain, agit comme une colle invisible pour la couleur sur le tissu. Dans le meilleur des cas, l’entièreté de cette phase prend quatre heures.
Résultats différents
À partir de là, les méthodes varient. Lina Poudrier en utilise trois: l’impression botanique, la technique shibori et la disposition de pièces de métal rouillées sur le tissu.
« Pour l’impression botanique, on va mettre des feuilles ou des fleurs sur le tissu, on le roule [le tissu]. Ça peut prendre une à deux heures. Après, on laisse la vapeur [d’environ 60 degrés Celsius] agir. […] Je ne fais pas bouillir l’eau, car ça abîme la matière. Je préfère monter tranquillement en température. […] J’utilise un chaudron en acier inoxydable parce que ça va apporter une sorte de touche métallique plus chaude », a fait savoir l’artiste.
« Dans le cas de la technique shibori (méthode japonaise), on va plier le tissu en accordéon, en triangle ou autour d’un tube, puis serrer très fort avec des cordes ou des pinces en bois pour créer les zones de réserve (celles qui resteront blanches ou plus claires). Ça peut créer des formes intéressantes », a poursuivi la propriétaire de l’Atelier TEZOM.
Finalement, en ce qui concerne les pièces de métal rouillées, il arrive parfois à la Waterloise d’adoption de les rouiller elle-même…si elles ne le sont pas assez.
« Par exemple, si j’ai déjà une couleur orange sur le tissu, ça va devenir brun ou vert en les appliquant [les pièces de métal rouillées] dessus », a précisé celle qui a suivi des ateliers d’initiation à la teinture végétale à Eastman.
Une fois le tissu passé à la vapeur, refroidi et séché, il ne reste plus qu’à couper les ficelles, retirer les végétaux et le nettoyer. Le foulard est alors prêt.
