L’IA et le monde municipal: une nouvelle relation qui demande une démarche sérieuse
INTERACTION. ChatGPT, Gemini, Microsoft Copilot, Meta Ai et compagnie. Les modèles d’intelligence artificielle (IA) évoluent à tambour battant. Ces assistants sont de plus en plus présents dans le quotidien des gens, des entreprises et du monde municipal. Une bonne ou une mauvaise affaire? Chose certaine, le débarquement de ce nouvel outil ne doit pas être pris à la légère dans un milieu professionnel. Une politique sur l’IA, c’est bien, mais une bonne réflexion avant son adoption est une étape tout aussi cruciale, selon Dominic Martin, professeur à l’École des sciences de la gestion à l’UQAM.
L’an dernier, au Québec, près de 13 % des entreprises ont eu recours à des applications d’intelligence artificielle (IA) à des fins de production, selon l’Institut de la statistique du Québec.
«L’usage de l’IA dans les municipalités, c’est similaire à l’usage qu’on peut observer dans les grandes entreprises. Une ville comme Montréal a beaucoup plus de moyens donc son utilisation va s’apparenter à une grande entreprise tandis qu’une municipalité comme Bromont, on s’approche plus d’une entreprise moyenne. Même les petites municipalités peuvent l’utiliser», affirme le professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, Dominic Martin.
Rédaction de courriels, production de contenu, automatisation du service à la clientèle (robot conversationnel). L’IA offre une bagatelle de possibilités pour toute organisation municipale.
«Est-ce que c’est bon ou pas bon (l’IA)? Il y a beaucoup d’enjeux dans le monde municipal tout comme en entreprise. Mais il y a un risque additionnel dans les municipalités pour deux raisons. La première, ça reste des organismes publics qui ont des pouvoirs supplémentaires que des entreprises privées n’ont pas. Et la deuxième, ils ont accès à des données privées et des informations personnelles sur la population. Donc, il faut faire encore plus attention sur les manières d’utilisation de la technologie», soutient le professeur Martin.
Du mordant
Petite, moyenne ou grande municipalité. Tôt ou tard, l’IA fera partie de l’arsenal d’outils; d’où l’importance d’encadrer son emploi à l’interne. Un premier pas en ce sens a d’ailleurs été posé du côté de Bromont (voir texte page 6).
«Pour Bromont, c’est une initiative intéressante et très louable», allègue le professeur de l’UQAM qui a survolé la première politique de la municipalité de Brome-Missisquoi. «Mais ce n’est que la première étape de la prise en charge des enjeux éthiques entourant l’IA.»
Outre le dépôt d’un cadre, des suivis réguliers sur l’usage de l’IA doivent également faire partie des bonnes pratiques, estime M. Martin.
«Dans ce genre de politique, le processus est aussi important que le résultat final. C’est durant ce processus qu’on réfléchit sur les éléments importants (…). Et idéalement, on veut une politique qui a du mordant et qui mène à la mise en place de comités et à des changements de pratique sur le terrain.»
La sécurité et l’éthique
Les premiers pas de l’IA n’ont rien à voir avec les avancées des assistants d’aujourd’hui. Et de quoi sera fait l’IA dans cinq, dix voire 15 ans? Fait établi, les gens de l’industrie ne lésinent pas sur les milliards de dollars dans son développement. Un bon indicateur qui laisse croire que les usages à venir devraient croître de façon exponentielle.
«C’est une nouvelle technologie qui évolue à la vitesse grand V et on la découvre à peu près aussi vite que l’industrie qui développe de nouvelles plateformes et applications. À travers cela, il y a tous les enjeux de sécurité et d’éthique (les risques de discrimination, de violation de vie privée). Ça doit être pris très au sérieux», laisse entendre M. Martin.
