Loi 2: des médecins de l’AMOY se préparent à quitter le réseau de la santé
SANTÉ. Le mouvement de départs de médecins à la suite de l’entrée en vigueur de la Loi 2 sur la réforme de la rémunération touche désormais la région. Selon l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska (AMOY), une vingtaine de professionnels ont déjà manifesté leur intention de quitter le réseau de la santé pour poursuivre leur pratique ailleurs à moins d’un recul de Québec.
Réunis à Granby en assemblée générale, les quelque 80 membres de l’AMOY présents ont fait le point, jeudi, sur les derniers détails entourant le nouveau contrat de travail imposé par le ministre de la Santé, Christian Dubé.
La Loi 2 sur la rémunération des médecins reste toujours en travers de la gorge des omnipraticiens après son adoption sous baîllon, le mois dernier. Chose certaine, pour la présidente de l’AMOY, la Dre Anne-Patricia Prévost, le ministre Dubé n’est plus l’homme de la situation pour dénouer l’impasse entre les omnipraticiens et Québec.
«Mme Duranceau (la présidente du Conseil du trésor) et M. Dubé ne semblent pas être sur la même longueur d’onde. Il y en a un qui martèle son projet et qui ne lâche pas le morceau et l’autre qui tente de trouver des voies de passages (…). On veut demander une rencontre avec Mme Duranceau pour valider cette perception», indique la Dre Prévost.
Perte d’effectifs en vue
Départs de médecins vers d’autres provinces, retraites devancées, fermetures potentielles de cliniques médicales. Et au moment où Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) se font la gueule, des cliniques et des groupes de médecine familiale sont dans l’incertitude face à d’éventuels retraits de médecin. «Tant et aussi longtemps que le gouvernement ne va pas reculer, ici, il y a des cliniques qui vont fermer, des médecins vont partir à la retraite ou aller ailleurs et des patients vont souffrir», mentionne la présidente de l’AMOY.
Des propos corroborés par la vice-présidente de l’AMOY, la Dre Elizabeth Dougherty. «Sur notre territoire, la clinique de Bromont est particulièrement touchée. Ces médecins (à Bromont) ont levé la main et je suis convaincue qu’il y en aura d’autres.»
Pour les docteures Prévost et Dougherty, la réforme du réseau de la santé aurait bien pu se faire sans recourir à une loi matraque, estiment-elles. «Ça fait plus deux ans qu’on étudie des solutions. On en a mis en place des solutions en plus d’en avoir proposé (….). Et ça va passer par la collaboration interprofessionnelle pour avoir un système efficace au même titre que le chirurgien a besoin d’une inhalothérapeute ou d’une salle d’opération. On a besoin d’une travailleuse sociale, d’une infirmière pour trier les patients, d’une secrétaire», déclare la Dre Prévost.
Selon la présidente de l’AMOY, le manque à gagner en personnel interprofessionnel serait de l’ordre de 25 % à l’heure où se parle. «Imaginez-vous avec plus de patients avec une loi qui fait fuir la main-d’oeuvre. Il faut mettre un terme à la Loi 2 et se rasseoir pour étudier les propositions.»
«Moi, je suis en cabinet privé, je paye un loyer, des infirmières. Au bas mot, ça me coûte 160 000 $ en salaires par année que j’assume présentement et ça m’exclut. Demain matin, je ne pourrai pas les garder. Je ne paierai pas pour aller travailler», exprime la Dre Dougherty.
Pour se sortir de ce cul-de-sac, les deux représentantes de l’AMOY réclament le recours à l’arbitrage comme l’ont fait d’autres provinces pour en arriver à une entente avec leurs médecins. «Le gouvernement propose l’arbitrage dans d’autres secteurs alors pourquoi on n’y aurait pas droit. On le demande depuis le début», laisse entendre la Dre Prévost.
Rappelons que l’AMOY représente environ 300 omnipraticiens répartis dans les secteurs de Saint-Hyacinthe, de Granby et de Cowansville.
