L’unité mobile La TRACE: semer de l’espoir, une rencontre à la fois

COMMUNAUTAIRE. Mardi 13h, l’auteur de ce papier se rend aux abords de la bibliothèque municipale de Roxton Pond pour aller rejoindre l’unité mobile de travail de rue de l’organisme Impact de rue Haute-Yamaska, LA TRACE. Deux travailleurs de rue*, dont Alexander, acceptent de le recevoir pour lui faire vivre une immersion à bord du véhicule d’intervention.

De prime abord, aucun citoyen n’est venu durant l’entièreté de la période, d’une durée de 2h30, sauf des usagers de la bibliothèque pour en savoir plus sur l’unité mobile.

Malgré l’absence de visiteurs, l’artisan de l’information en a tout de même profité pour s’entretenir avec Alexander.

Pour les travailleurs de rue, bâtir un lien de confiance rapide avec un individu peut être un défi.

« Ça dépend toujours de la personne, de leur approche et de ce qu’il recherche. Chaque demande va être différente. Tu peux avoir des gens qu’on va voir une fois par année, juste parce qu’ils ont un besoin à un moment précis. La confiance, eux-autres, ils vont nous la donner immédiatement. […] Parfois, aller chercher quelqu’un qui est moins ouvert, on peut le rejoindre plus facilement en ayant un lieu comme le nôtre, plutôt que sur le coin de la rue », admet Alexander.

Plus qu’un lieu de rencontre

Comme le mentionne celui qui est travailleur de rue depuis un an et demi, chaque rencontre est différente, et la façon d’intervenir varie selon les besoins. En effet, l’unité mobile est climatisée durant l’été et distribue des repas ou des boissons chaudes l’hiver, notamment de la soupe ou du chocolat chaud.

« Juste comme ça, la personne va s’ouvrir à nous. Elle va voir ça comme une attraction de chaleur ou climatisée. On va être capable de trouver de manière plus précise une solution ou un référencement à faire vers un autre organisme qui lui correspond. Puis, si c’est du matériel stérile de consommation, on en a toujours avec nous. On peut également fournir les informations nécessaires sur leur utilisation, les risques liés à la combinaison de substances, etc. », affirme-t-il.

« Je n’ai aucune attente le matin »

Selon Alexander, le succès dans l’aide pour une personne ne se mesure pas à court terme. Les impacts à long terme déterminent si la situation d’un individu a changé pour le mieux.

« Le but d’un travailleur de rue, c’est de ne plus avoir d’emploi. Nous sommes probablement les seuls à travailler dans l’espoir que notre profession devienne un jour inutile. Si tous les problèmes étaient réglés, nous serions heureux. Mais on sait tous que ce n’est pas une réalité qui va s’en venir. Je pense quand même qu’on fait une différence chez les gens dès le début, car on sème une graine », ajoute l’intervenant.

Cesser d’apposer des étiquettes

On le sait, l’itinérance prend de l’ampleur au Québec. Le coût de la vie, le prix élevé de l’essence et l’inflation en sont les principaux facteurs.

L’itinérance est souvent associée à des « personnes vivant dans la rue ». Alexander observe toutefois des changements à cet égard. Il mentionne avoir rencontré un individu « sans domicile fixe » la semaine précédant l’entrevue, qui, au quotidien, ne correspondrait pas nécessairement à l’image que plusieurs se font du phénomène.

« C’est un début de situation d’itinérance. Malheureusement, il y a toujours des stéréotypes sur l’apparence des gens. Le visage de l’itinérance a changé. Ce n’est plus quelqu’un en sac à dos avec quelques petits objets. […] Un itinérant demeure avant tout un citoyen. C’est triste de le voir se faire déshumaniser. Se retrouver à la rue peut arriver à n’importe qui aujourd’hui, même à des personnes de 55 ans et plus », dénonce-t-il.

Un autre élément fréquemment relié à l’itinérance est la consommation. Encore de nos jours, plusieurs personnes tendent à croire qu’elle est à l’origine du phénomène, en faisant notamment référence à l’alcool ou à la cigarette. Alexander croit que la définition du mot est bien plus large.

« L’alcool, c’est la pire des consommations sur le marché. Pourtant, une grande partie de la population en prend. Aussi, on a décriminalisé le cannabis, mais on le banalise toujours. […] Une pilule de toutes sortes, c’est de la consommation. Tes 13 heures d’Instagram, c’est de la surconsommation. Le café, c’est une addiction. On ne peut pas qualifier un itinérant de drogué. Toute personne est un consommateur », souligne l’employé d’Impact de rue Haute-Yamaska.

Opportunités d’apprendre

Afin de sensibiliser davantage les jeunes aux réalités vécues par les gens en situation de précarité, Alexander propose une piste de solution : instaurer des heures de bénévolat obligatoires dans le parcours scolaire, une expérience qu’il a lui-même vécue lors de son passage au secondaire.

L’intervenant va plus loin en suggérant d’en faire une condition dans l’obtention d’un diplôme d’études secondaires (DES).

« J’aimerais ça que nos jeunes ne voient pas juste la vie glamour projetée sur les réseaux sociaux. Je voudrais qu’ils voient la réalité de notre monde avant de devenir adultes. C’est quelque chose qui pourrait leur arriver un jour; on ne sait jamais », conclut-il.

*: la travailleuse de rue accompagnant Alexander a requis l’anonymat.